Affaire Cahuzac : mais à qui profite la crise ?

Le calendrier de la République est aussi ponctuée de jours noirs. Le 4 décembre 2012 dernier en était un : ce jour-là, Mediapart révèle que le ministre du Budget a détenu un compte bancaire non déclaré au sein de la banque UBS à Genève. Quatre mois plus tard, le 2 avril 2013, l’homme avoue sur son blog avoir détenu un compte bancaire au sein de cette banque ainsi que dans une autre à Singapour et démissionne de ses fonctions de ministre le lendemain, dans la honte. Fin de l’histoire?  Pas tout à fait… A croire qu’il fallait qu’un seul domino ne tombe pour que le reste suive.

Deux jours plus tard, c’est au tour du trésorier de campagne de François Hollande d’être pointé du doigt. Selon une enquête du Monde, l’ex-trésorier de campagne du président de la République en 2012,  Jean-Jacques Augier, a investi dans deux sociétés offshore dans les Iles Caïmans via son holding financier Eurane. Il n’en fallait pas plus pour que le monde politique, déjà affaibli, n’implose. Qu’on se le dise : il s’agit bien d’une opération en infraction avec la Loi française au regard de laquelle il est interdit de créer une société pour abriter des activités internationales distincte de son patrimoine pour échapper au fisc. La maison socialiste est attaquée de plein fouet. La suspicion doit céder le pas au retour à la raison et à la morale républicaine, théoriquement mère de toutes les vertus en politique et qui encadrait le faisceau de promesses de campagne de François Hollande.

« Transparence », le mot est mis sur la table. A cet égard, Jean-Marc Ayrault a prié, en ce début de semaine, tous les ministres de publier leur patrimoine avant le 15 avril. Alors que selon un sondage BVA-Orange rendu public le 8 avril, 63% des Français pensent que les politiques sont corrompus cette affaire Cahuzac joue un rôle déclencheur additionnel. Le Gouvernement réagit. Aurait-il dû le faire plus tôt, avant que les plats ne soient cassés, que l’honneur républicain ne soit écorné ? Certainement. Désormais, il est temps d’essuyer les éclaboussures.

Pendant ce temps-là à qui profite la crise Cahuzac ? Peut-être pas à ceux que l’on attendaient. Les chantres du populisme avaient prédit une percée des fronts : de gauche et… national, comme de bien entendu. Il semble que cette fois, ce ne sont pas les tenants du discours antisystème qui tireraient profit du discrédit général. Le Front national reste stable dans les sondages (29%) et Jean-Luc Mélenchon perd 3 points de cote de confiance (NDLR : BVA-Orange rendu public le 8 avril).

La faute à une parole politique qui s’est musclée, à l’image d’un Jean-Luc Mélenchon à la limite du respectable (cf. les attaques portées à l’encontre de Pierre Moscovici, celui qui « parle la langue de la finance internationale »). La faute également à l’implication du Front national dans des affaires. L’arroseur arrosé ?  Jean-Marie Le Pen est lui aussi entré dans la tourmente depuis que Mediapart affirme que le gardien du « tous pourris » aurait lui ouvert un compte en Suisse en 1981.

Mais à qui profiterait donc la crise actuelle ? Reposons la question et faisons les comptes : si ce ne sont pas les partis majoritaires, ni les extrêmes… la réponse pourrait se trouver au centre ? Les sondages iraient en ce sens : les Français reporteraient leur confiance sur des personnalités dites « modérées » à l’image de François Fillon, François Bayrou, Jean-Louis Borloo ou Laurent Wauquiez qui ont tous gagné 3 points de confiance. Les centristes ont la vie belle.  Maigre lot de consolation pour une France qui ne croit plus en ses élus…  Car une une question est sur toutes les lèvres : A qui le tour ? Mediapart n’a peut-être pas terminé de nous apporter son lot de surprises… et les Français n’en ont pas terminé d’être déçus.

Joelle Hist

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Autoproclamé "meilleur d'entre nous". Et si j'étais jaloux de M.Juppé ?

4 réponses à “Affaire Cahuzac : mais à qui profite la crise ?” Subscribe

  1. Elena 25 avril 2013 at 18 h 52 min #

    Qu’ils fassent ou non une déclaration de patrimoine en quoi cela changerait-il du climat politique actuel? On voit déjà les passoires et les autres attendent d’être découverts pour s’en aller. C’est décevant depuis le début et on en est toujours à sombrer un peu plus chaque jour!

    • Joëlle Hist 9 mai 2013 at 15 h 07 min #

      La question n’est pas seulement à quel moment on va sombrer mais quels serait les instruments pour redonner confiance aux citoyens dans les institutions de la République.

      Aujourd’hui la fracture entre citoyens et ses dirigeants est réelle et le rêve français est assez loin. C’est peut-être le modèle de gouvernance qu’il faut revoir aujourd’hui.

  2. Edouard 27 avril 2013 at 19 h 59 min #

    Je ne comprends pas que va changer cette fameuse déclaration de patrimoine. On nous ment. Toujours et de plus en plus, l’Etat nous contrôle. Cahuzac n’est qu’un morceau du puzzle, le seul démasqué parmi tant d’autres.

  3. Arthur 16 mai 2013 at 12 h 50 min #

    C’est une belle rigolade cette déclaration de patrimoine. Je pense que ça a donné l’effet inverse, publier des patrimoines avec des vélos c’est vraiment du jamais vu.

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