Un silence de plomb

Nadir Dendoune, jeune journaliste algéro-franco-australien (eh oui) s’est fait arrêter le mois dernier par la police irakienne, alors qu’il se trouvait en train de prendre des photos à Dora (sud de Bagdad) pour le compte du Monde Diplomatique et du Courrier de l’Atlas. Son arrestation, certes révoltante (il était pourtant en possession d’un visa presse) n’est pas en soit l’information majeure. Inutile de rappeler les risques et les aléas du métier de journaliste, en particulier dans les pays où la démocratie rime avec une bonne vieille blague de comptoir.

Car si aujourd’hui Nadir Dendoune se trouve être la source d’une frustration grandissante au sein de la population maghrébine française, c’est bel et bien parce qu’il est l’archétype même du deux poids deux mesures médiatique. En effet, son arrestation arbitraire ne fut que très peu relayée par nos médias nationaux, alors qu’au même moment, le pouvoir en place et les chaines d’information en continu nous abreuvaient de la libération de Florence Cassez. Aucun communiqué gouvernemental, peu d’articles, silence de mort sur les chaines d’information. Nadir Dendoune ne serait qu’un fantôme de l’histoire si la communauté arabe française ne s’était pas mobilisée.

Mais pourquoi ce silence ? Serait-ce en raison de sa tri-nationalité ? Rappelons-nous qu’Ingrid Betancourt, qui fut la cible d’une campagne de soutien sans précédent, avait cependant la double nationalité franco-colombienne, et que son amour pour ce petit pays d’Amérique du sud n’était un secret pour personne. Serait-ce en raison de son soutien à la cause palestinienne ? L’intéressé avait en effet estimé que la chaine Canal + avait fait en sorte de dissimuler son tee-shirt sur lequel il était écrit « Palestine » lors de son passage au Grand Journal le 24 septembre 2012. Aussi séduisant cet argument puisse-t-il être, rappelons nous du cas Georges Malbrunot. Grand reporter spécialiste du monde arabe (actuellement journaliste au Figaro), il avait lui aussi bénéficié de comités de soutien sans précédant, lors de ses 124 jours de détention en Irak durant l’année 2004. Pourtant, son attachement à la cause palestinienne était, elle aussi, bel et bien affirmée, que ce soit à travers ses livres (sur l’Intifada, sur Georges Habache …) qu’à l’égard de ses déclarations. De plus, Nadir Dendoune fut à l’origine d’un documentaire tourné dans les territoires palestiniens, sans pour autant avoir été la cible de la moindre arrestation.

Mais alors pourquoi ? Sommes nous malgré nous devant un exemple de racisme médiatique avéré ? On se rappelle pourtant que le fixeur de Florence Aubenas, Hussein Hanoun Al Saadi, lui aussi fait prisonnier en 2005 par Al Qaida avec la journaliste en Irak durant 157 jours, avait pourtant lui aussi été la cible des médias. Surtout que cette affaire serait l’occasion idéale pour « taper » sur un pays arabe sur le point d’être libéré des forces armées occidentales. Certains diront que Nadir Dendoune ne fut point enlevé, son arrestation résultant d’une arrestation officielle des forces de police de l’Etat irakien. Mais que dire alors du cas Florence Cassez ?

Quoi qu’il en soit, notre pays devra tôt ou tard répondre et s’expliquer sur ce silence de mort.

Nathan Cahn

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Etudiant Parisien en droit et en journalisme. Partial mais juste La vingtaine Elève de l'ESJ Paris et de la Sorbonne Paris I (L2 Droit) Armé d'ambitions Aime le Whisky

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