Avec « Belle Famille », l’écrivain signe avec brio un deuxième roman dont le leitmotiv est un romantique effroi.
C’est un talent. Un talent précoce. Trop précoce diront certains, un peu comme on a pu le voir chez l’énervant et néanmoins talentueux Marien Defalvard, qui utilise à outrance le linceul du silence pour écrire délicatement sur des blessures. Et je sens que je dois déjà écrire son nom, avec toute la mesure qui s’impose chez un écrivain encore naissant : Arthur Dreyfus. Un nom qui rappelle un certain capitaine condamné et qui a bénéficié d’une sublime défense, celle de Zola. Arthur Dreyfus est un littéraire qui, dans sa scolarité, a tout étudié : Hypokhâgne au Lycée Henri 4, Sciences politiques et le Celsa à Paris. Il ne manque plus que l’ENA, mais veut-on faire l’ENA lorsque l’on ne veut pas devenir Président ou caissier chez Auchan ? La question est ouverte.
Arthur Dreyfus, né en 1986, a publié une première nouvelle, à 23 ans (alors que moi, au même âge, j’écris quelques saillies prétendument expertes sur des sujets que j’effleure du doigt). Cette nouvelle, baptisée « Il déserte », est déjà remarquée par la critique et devient même publiable ! Il reçoit, un an plus tard, pour son premier roman, « La synthèse du camphre », quelques prix littéraires sans intérêt qui crédibilisent l’écriture d’un jeune homme à l’allure plutôt élégante, à l’écriture plutôt raffinée et au teint plutôt blafard. En outre, il est journaliste pour « Technikart » (ce magazine snobinard) et animateur radio sur « France Inter » d’une émission sans trop d’intérêts. Mais c’est l’écrivain qu’on retiendra, celui qui vient de publier « Belle Famille », un livre nostalgique qui revient sur un fait divers.
Un fait divers qui a rythmé les années 2000. En 2007, la petite Madeleine Mc Cann disparaît en pleine nuit au Portugal. Les parents dînaient chez des amis et à 21h le père, soucieux de retrouver ses enfants, découvre la disparition de la plus jeune, Maddie. Débute alors une course effrénée à travers l’Europe pour une affaire qui a mis le monde entier en émoi. Dont Arthur qui a décidé, quelques années, de romancer l’Histoire, mais qui lui a donné une tournure « hexagonale », donc bien française, en remplaçant la petite fille par un jeune garçon du même âge (Maddec) et en changeant le nom Mc Cann par Macand. En retraçant la chronologie en saupoudrant le tout d’une prose minutieusement imaginée, Arthur Dreyfus s’impose d’ores et déjà comme un grand, copiant Stendhal qui, en 1830, a volé l’affaire Berthet pour écrire « le Rouge et le Noir ».
C’est une œuvre détaillée, avec une écriture qui ne se limite pas qu’aux détails et à l’énumération de faits. C’est un livre éminemment littéraire car il nous installe dans les méandres froids d’un crime commis, en ajoutant le bon mot et le phrasé sensuel auquel, j’en suis sûr, lecteur, l’auteur va nous habituer au fil de ses romans.
Mounir Belhidaoui
Belle Famille,
par Arthur Dreyfus,
Gallimard, 242 p., 17,65 euros.
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