La BCE dessine une nouvel horizon pour l’Europe

Retour sur les perspectives ouvertes par la décision de la Banque Centrale Européenne (BCE) de racheter directement de la dette aux Etats en crise.

Le 6 septembre la BCE a annoncé qu’elle allait sortir du cadre prévu par ses statuts pour acheter directement de la dette aux Etats demandeurs en situation de crise. Ce petit choc sismique dans le microcosme financier européen va au-delà de l’effet d’aubaine en cette période de crise pour ouvrir de nouveaux horizons à l’Europe.

Du monstre libéral froid à l’institution réactive.

En prenant cette décision la BCE est allée à l’encontre de ce qu’elle avait été jusque là pour ses détracteurs : un monstre libéral froid. Froid car tant ses statuts que la politique de son directeur Jean-Claude Trichet avait un objectif inflexible et coupé de toutes les conjonctures économiques. Cet objectif était celui de maintenir une inflation en dessous de 2 %  grace un taux d’intérêt directeur élevé. Ainsi, alors que la Fed et la Banque Centrale anglaise avaient réagi à la crise des subprimes en baissant leur taux directeur pour relancer l’économie, Trichet était lui fier de présenter inlassablement son taux directeur à 1.5 %. Dommage pour lui (et malheureusement pour d’autres), derrière la crise des subprimes se cachait celle des dettes européennes. Libéral car la BCE privait chaque pays d’un outil de relance keynesien majeur : la politique monétaire. D’autant plus qu’en restant inflexible sur un taux directeur empêchant la création monétaire elle imposait la même logique financière à tous. On comprend bien l’aspect suicidaire tant sur un plan économique que politique de cette posture : quelle logique d’imposer les mêmes taux directeurs à des économies aux situations si différentes telles que la Grèce  ou l’Allemagne ?

Dans ce contexte le changement de cap qu’a entamé la semaine dernière la BCE fait figure de rupture dans la politique monétaire de l’Euro. En acceptant d’acheter directement de la dette aux Etats en difficultés l’institution bancaire aujourd’hui dirigée par Mario Draghi revient sur sa posture libérale. En effet les Etats pourront désormais activer le levier de la politique monétaire expansionniste. Economies asphyxiées vous pouvez souffler, en faisant baisser vos taux d’intérêts la BCE facilitera l’accès au crédit à vos investisseurs et à vos consommateurs !

En reconnaissant qu’il faut à situations particulières mesures particulières elle acquiert une compétence d’adaptabilité et de réactivité, salvateur en temps de crise.

Rassurons les euro-sceptiques

Dans son mécanisme la BCE a annoncé qu’elle imposerait aux Etats faisant appel à elle des conditions de restructuration budgétaire. Déjà les eurosceptiques crient à l’atteinte à la souveraineté et à l’imposition de mesures d’austérité. Qu’ils se rassurent, une fois engagée dans le rachat de dette d’un pays, la BCE ne sera pas en mesure d’imposer quoi que ce soit car elle ne pourra pas arrêter son intervention de risque de déclencher une crise systémique. C’est la règle du « too big to fall » qui s’impose : si la BCE, après s’être engagée à « relaxer » les taux d’intérêts de l’Espagne se retire en estimant que le gouvernement ne mène pas la politique d’austérité qui lui convient, elle fera s’écrouler le pays. Ce dont elle ne peut se permettre à cause de la possible réaction en chaîne qui s’en suivrait (effondrement de la France, de l’Allemagne etc.) L’exemple de Lehmann Brother fait ici office de jurisprudence.

Mais au-delà d’être une réponse à la crise des dettes qui tourmente aujourd’hui l’Europe, le tournant pris par la BCE dessine un nouvel horizon pour l’Europe. Elle prouve la capacité des institutions européennes à se réformer. Aujourd’hui notre Banque Centrale commune prouve à l’Europe et au monde qu’elle sait être autre chose que ce monstre froid évoqué en début d’article, se munissant d’un mécanisme de relance qui permettra à l’euro de répondre au yuan et au dollar, ces monnaies dopées à coups de fluctuation des taux directeurs. Espérons que cette voie soit suivie par les autres institutions européennes car c’est de cette Europe que nous avons besoin : réactive, réformiste et combative.

Romain Halbfisch

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