Chronique de révolutions en demi-teinte

Trois dirigeants auront payé leur écot aux mouvements intervenus dans nombre de « pays arabes » en 2011. Zine el-Habidin Ben Ali en Tunisie, Hosni Moubarak en Egypte et Mouammar Kadhafi en Libye.  En quelques mois, ces dictateurs ont disparu : Ben Ali s’est enfui, Moubarak est en procès et risque la peine de mort et Kadhafi a été tué dans des conditions troubles. D’autres pays comme le Bahreïn, l’Arabie Saoudite et la Jordanie ont connu les mêmes prémices de révolte mais le lancement de nouvelles réformes à degré variable ont étouffé les contestations des peuples. Un après le début des premières insurrections, quel constat peut-on faire ?

Sidi Bouzid, le berceau de la révolution 

On se rappelle tous de Mohammed Bouazizi, 26 ans, jeune homme qui s’immole par le feu à la suite de la confiscation de sa marchandise. L’homme conteste et décide de faire cet acte pour dénoncer l’injustice. L’homme brûle, le peuple s’enflamme… Les Tunisiens commencent à manifester pour des raisons sociales: le chômage et la pauvreté. Très vite ces manifestations s’étendent à Tunis et prennent une tournure politique: « Ben Ali dégage ». Le vendredi 14 janvier, devenu un jour férié en Tunisie, marque officiellement le départ de Ben Ali et de sa famille en Arabie Saoudite, trop affaiblis face à la Révolution du jasmin.

Passation refusée par Kadhafi et Moubarak 

Les Egyptiens, encouragés par la Révolution du jasmin prennent le relais. Pendant 17 jours, ils se rassemblent sur la place Tahrir au Caire pour demander le départ au plus vite d’Hosni Moubarak. En vain, le dictateur égyptien tente de défier le peuple et de garder le pouvoir. C’est le vendredi 11 Février, que celui-ci annonce son retrait définitif. Mais le peuple réclame plus, il doit être jugé avec ses deux enfants. A ce jour, le procès est toujours en cours et la peine de mort pourrait lui être appliquée.

Fin février, c’est au tour de la Libye de contester. Mouammar Kadhafi se révélera le tyran le plus combatif et déterminé. Le combat va durer plus de 8 mois, entre manifestations, insultes du Colonel à la télévision locale, des milliers de morts et l’intervention militaire des Occidentaux. Le 20 Octobre, Kadhafi est capturé par les rebelles et lynché sauvagement avec son fils Moatassem. Saïf el-Islam est capturé et fini par se rendre tandis que sa fille Aïcha se réfugie en Algérie.

Après le printemps arabe, face à l’automne islamiste

Des élections sont organisées le 23 octobre en Tunisie et le 17 novembre en Egypte. C’est une désillusion totale pour beaucoup, alors que ces deux peuples espéraient une nouvelle ère démocratique, les islamistes sont en tête. En Tunisie, le parti islamiste Ennahda l’emporte ainsi que celui des Frères musulmans en Egypte. Ce phénomène s’explique par l’organisation efficace de ces partis islamistes ainsi qu’une importante présence dans le tissu social : distribution de nourriture et d’argent (principalement) pour les plus démunis. De plus, la présence d’un grand nombre de partis politiques semble laisser perplexe ces deux peuples qui leur reprochent leur manque d’implication dans le processus économique du pays.

Après la création d’une nouvelle assemblée constituante en Tunisie, un nouveau président est choisi, Moncef Marzouki (leader du parti politique CPR). Son alliance avec le parti islamiste Ennahda est une surprise générale pour tous les Tunisiens. La déception remplace la satisfaction et la peur de revivre sous un gouvernement dictatorial se fait ressentir. En Egypte, les élections présidentielles sont prévues pour le mois de juin prochain. La Libye quant à elle se voit offrir, un nouveau Conseil national libyen se voit créer le 20 février 2011 avec à sa tête Moustapha Abdel Jalil. A l’époque du colonel Kadhafi, il était le ministre de la Justice malgré une opposition certaine entre les deux personnages. En effet, Moustapha Abdel Jalil soutient une politique proche de celle véhiculée par la Charia et donne beaucoup d’espace politique aux islamistes possédant une stratégie d’accession au pouvoir radicale.

Tariq Ramadan explique le « Printemps arabe »

Et aujourd’hui ? 

Un an après ces révolutions, une rupture fondamentale est intervenue avec une phase de transition très instable. Une phase dans laquelle les islamistes sont les grands vainqueurs avec des salafistes qui prennent un rôle déterminant. Le 31 décembre , à l’occasion du dernier jour de l’année, les salafistes ont envoyé des courriers aux plus grands hôtels/discothèques en Tunisie les menaçant de commettre des attentats si « la fête était trop célébrée ». La sécurité reste minimale, en Egypte les conflits entre les coptes et les musulmans continuent alors que la Tunisie voit ses forces de l’ordre faire grève !

L’inquiétude reste donc fondée et chaque pays ressent un goût d’amertume d’une révolution « inachevée ». En Tunisie, les femmes craignent la perte de beaucoup de leurs droits. Et l’Egypte pourrait être à la frontière de la guerre civile. Les nouveaux gouvernements promettent une démocratie avec pour fondement moral, l’Islam. Mais peut-on aujourd’hui, être optimiste face à une politique qui s’associe tant à la religion ?

Lynda el-Awadey

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