Vers l’avènement du bipartisme en France ?

Morin, Chevènement, Nihous, Boutin… les retraits de candidatures s’accélèrent à deux semaines de la clôture des parrainages le 16 mars prochain. Mais au delà du « rationalisme politique » que l’effacement de ces « petits candidats » représente, l’amplification du mouvement vers un « bipartisme à la française » est de plus en plus avérée.

En effet, quoi qu’on en dise, en dépit de l’impact démocratique que ces candidats délaissés par l’opinion publique et les médias symbolise, leurs divergences d’opinions avec les candidats favoris du système étaient minimes. Le cas Morin par exemple. Associé au système sarkozyste pendant des années via sa fonction de ministre de la Défense, ses réserves d’avec le Président en place ne concernaient que quelques lois jugées liberticides telles celles liées au fameux discours sécuritaire de Grenoble ou encore celle réprimant le port de la burqa. Cette vision des libertés individuelles, assez élargie par la doctrine centriste, ne représentait pas de réelle incompatibilité avec le pouvoir en place. Même la vision extrêmement pro-européenne de ce centriste de droite (peut-on encore parler de centre ?) n’avait plus rien à envier avec l’attitude de Nicolas Sarkozy, de plus en plus « complaisant » avec l’Union Européenne.

Le cas Boutin est également symptomatique. Sa vision catholico-conservatiste et sa volonté de replacer la morale au centre de la vie publique (le Vatican si tu m’écoutes ?) a été écoutée et intégrée, aux vues de la volonté affichée du Président de la République de « revenir aux valeurs ». L’article qu’il avait publié à quelques jours de sa candidature dans le Figaro magazine étant un exemple en or. L’interdiction du mariage gay fait partie des symptômes, cheval de bataille de cette candidature tirée par les courants les plus réactionnaires du christianisme, lui permettant d’être en totale adéquation avec une droite de moins en moins libérale sur les questions de société.

Chevènement également. Cet homme de gauche « fâché » avec le socialisme libéral et « euro-naïf » a appelé dès son retrait de la course à l’Elysée, à voter pour Mélenchon, rare homme de gauche ayant lui aussi arrêté de dire « amen » à Bruxelles afin de préserver au possible la pérennité de l’emploi ouvrier.

Mais au delà d’une uniformisation des courants, nous arrivons plutôt vers l’élaboration de deux blocs politiques, à l’anglo-saxonne, où un même parti politique regrouperait plusieurs courants. La droite irait des libéraux démocrates de Morin et Boorlo vers les radicaux de la droite populaire de Vanneste. Quand à la gauche elle « surferait » sur une nostalgie du socialisme révolutionnaire mélenchoniste (Montebourg), Mélenchon qui s’empressera sûrement au deuxième tour de la présidentielle (son débat avec Le Pen l’ayant plus ou moins prouvé jeudi dernier sur France 2) de rejoindre la « sociale-démocratie capitaliste de Hollande », permettant à la gauche de former elle-aussi un vaste ensemble « multiple mais unitaire ».

Eh oui l’américanisation du monde est plus présente qu’on ne le croit…

Nathan Cahn

Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Etudiant Parisien en droit et en journalisme. Partial mais juste La vingtaine Elève de l'ESJ Paris et de la Sorbonne Paris I (L2 Droit) Armé d'ambitions Aime le Whisky

Une réponse à “Vers l’avènement du bipartisme en France ?” Subscribe

  1. Romain Halbfisch 28 février 2012 at 20 h 35 min #

    Je ne suis pas vraiment d’accord, certes il y a eu des retraits de candidatures ce qui nous éloigne de plus en plus d’un scénario à la 2002. Cependant trois choses.
    D’abord la multiplication des candidats en 2002 fut un cas d’exception dans l’histoire de la République, d’ailleurs en partie le fruit d’une stratégie politique de Jospin qui voulait « créer une dynamique à gauche ».
    Ensuite le traumatisme causé par le 21 avril 2002 a fait jurisprudence, ce retrait des candidats est donc d’avantage du à une peur de « nouveau 21 avril » qu’à un alignement sur le modèle anglais.
    Enfin le système français a toujours été celui d’une dualité de la vie politique, divisé entre girondins et montagnard puis gauche et droite. Dualité avec cette spécificité de la libre expressions des différentes nuances au sein des deux familles politiques. On se retrouve donc avec le modèle classique de deux courants politiques qui s’affrontent mais parmi lesquels des petits partis profitent de l’élection pour faire entendre leur nuance selon quelle soit plus ou moins forte: pendant la pré campagne pour certains (Boutin, Morin qui par leur agitations ont influencé le programme de Sarkozy ou obtenu des places), pendant la campagne officielle pour d’autres (le centre qui a toujours été à droite en France, les écolos et les communistes aujourd’hui incarné par Mélenchon qui ont une idéologie divergente des socialistes).
    Mais ce n’est pas converger vers le bipartisme que de faire deux blocs opposés lorsqu’arrive la question fatidique: « faut-il couper la tête au roi? », car c’est toujours celle là qui anime le deuxième tour de l’élection présidentielle.

    Et puis pour aller un peu plus loin c’est même l’inverse: les système bipartites tendent à se rapprocher de notre modèle: tea parti divergent des républicains aux USA, libéraux en Angleterre sans parler de l’Allemagne où les nouveaux partis fleurissent.

Laisser un commentaire