La Culture sacrifiée sur l’autel de la rigueur ?

« N’y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m’apprenant qui l’a pris ? »  (Molière, L’Avare, 1688, acte IV, scène 7).

Il est l’heure de faire les comptes. Dans le dernier plan de financement, un effort de redressement de 30 milliards du budget de l’Etat est instauré pour 2013. Et certains ministères vont devoir se serrer la ceinture : Agriculture, Ecologie, Egalité des territoires, Logement et Ville. Tous doivent baisser leurs dépenses. Et le ministère de la Culture n’est pas épargné.

Bercy a annoncé en octobre une baisse de 4,3% de son budget et les prévisions sont déclinantes pour les prochaines années, avec un budget tombant à 2,35 milliards d’euros en 2015 contre 3,55 milliards en 2013. Bonjour tristesse

Les raisons invoquées ? La compensation des coûts de la politique de l’emploi, de la guerre au Mali et une très faible croissance. Des perspectives qui assombrissent dangereusement l’horizon du secteur.

De plus, ces mesures sont cumulatives de celles déjà prises en 2012 : réduction des subventions accordées aux établissements culturels, perte de la gratuité pour les moins de 26 ans, espacement des grands travaux… Et de nombreux projets culturels en pâtissent : renoncement  à la Maison de l’Histoire de France, du musée de la Photographie, baisse de 14,4% des crédits aux monuments historiques, menace sur le projet annuel Monumenta du Grand Palais. La liste des victimes est longue.

Mise en danger de l’exception culturelle ?

« Les grands projets culturels annoncés par le précédent gouvernement sans être financés seront abandonnés, ou, pour certains, redimensionnés ou reportés » a annoncé la Loi de finances pour 2013 le 28 septembre 2012. Hélas une telle politique de sacrifice ne peut que nuire à l’exception culturelle, concept de droit international et de politique culturelle. Cet ensemble de dispositions vise à faire de la culture une exception dans les traités internationaux, notamment auprès de l’OMC. Elles spécifient que les Etats sont souverains et autorisés à limiter le libre-échange de la culture sur le marché pour soutenir et promouvoir leurs propres artistes.

En France le principe de diversité culturelle est lié au concept d’exception culturelle à la française, bien qu’il consiste d’avantage en la défense des arts nationaux vis-à-vis d’une industrie américanisée, considérée dangereuse pour la diversité.

Au sein de cette exception culturelle s’affronte une vision économique de la culture, une industrie du divertissement, et une vision considérant l’art et la culture comme fondatrice d’identités des sociétés. C’est André Malraux qui a été le chantre de cette dernière vision. Démocratisation, diffusion et création étaient les trois finalités qu’il avait définies pour sa politique culturelle. Il écrivit le premier article du décret de son ministère, à sa formation, en commençant par ces mots : « le ministère chargé des Affaires culturelles a pour mission de rendre accessible les œuvres capitales de l’Humanité. »

Cette tension entre ces deux visions de la Culture s’inscrit pleinement dans l’actualité à cause de ces baisses annoncées du budget du ministère de la Culture. Les processus de création et de diversité de projets culturels, qui forment l’essentiel de « l’exception culturelle à la française », nécessitent énormément d’argent. Or, aujourd’hui, cet argent, le gouvernement ne l’a pas. Toute la difficulté est donc de trouver des sources de financement alternatives.

Le marketing culturel : une solution aux maux économiques culturels ?

Depuis quelques années émerge en France un nouveau concept de marketing : un marketing culturel, inspiré des pays anglo-saxons. Ce marketing culturel est l’adaptation et l’application des techniques marketing au secteur de la culture. Il se caractérise néanmoins par une politique produit plus spécifique pour laquelle le produit peut être une exposition, un spectacle, une œuvre. Autrement dit il consiste à faire entrer les marques et le business dans les musées.

Corinne Estrada, présidente de l’agence Agenda, promeut un marketing culturel à l’anglo-saxonne. Dans un entretien passé à Stratégies, elle évoquait le succès du cas du Tate Modern à Londres, qui en 2000 fut la première institution culturelle à parler marque et à conduire une stratégie de conquête des visiteurs débarquant de l’Eurostar.

Face à la baisse des subventions publiques, alors que la Culture attire davantage les marques potentiellement intéressées par le vecteur d’image qu’elle véhicule, le marketing culturel pourrait promettre de meilleurs jours au financement autonome du secteur.

La culture en France – et ceux qui en vivent – sont donc en danger, malgré les nombreuses possibilités qui s’offrent aux décideurs politiques pour la sauver. L’avenir nous dira si la Culture fait exception, mais, en ces temps d’économie pour beaucoup, on peut bien craindre une exécution en règle de ce qui fait, aussi, le rayonnement de notre pays.

Margot Minet

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2 réponses à “La Culture sacrifiée sur l’autel de la rigueur ?” Subscribe

  1. Lovell 25 avril 2013 at 18 h 46 min #

    Malheureusement c’est une bien triste réalité! On considère cela comme non prioritaire pourtant si l’on souhaite relancer le tourisme prochainement avec les beaux jours qui arrivent, le milieu culturel y a toute sa place non ou les subventions vont-elles se faire également par saison?

    • creation site geneve 3 mai 2013 at 14 h 59 min #

      J’ai le même point de vue de Lovell, baisser les budgets sur la culture n’est pas une bonne idée car notre patrimoine culturel rapporte beaucoup à la France. Serrer aussi la ceinture du budget consacré à l’agriculture est une mauvaise idée. Si on n’aide pas les agriculteurs, on va finir par tout importer et d’être dépendant des autres pays.

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