Ces originaux qui rendent les campagnes présidentielles moins « fades »

A chaque élection présidentielle, ils sont là. Présidents de micro-partis, élus inconnus, ils ont un jour fait le grand saut dans la course à l’Elysée. Ils se nomment Jacques Cheminade, Gérard Schivardi, Frédéric Nihous ou encore Daniel Gluckstein et font le bonheur des humoristes et chroniqueurs politiques. Zoom sur ceux qui animent – ou ont animé – les différentes campagnes présidentielles de notre passé récent.

• En 2012 … Le buzz Cheminade

Presque personne ou presque ne connaissait Jacques Cheminade, sauf ceux qui avaient en mémoire la campagne de 1995 avec précision. Il était très peu présent dans les médias, jusqu’à ce qu’il ait déclaré avoir les 500 parrainages requis pour se présenter, et ce bien avant certains autres candidats plus établis. Ce qui, tout naturellement, a fait se poser la question suivante  : « Mais comment ce Cheminade, illustre inconnu, a-t-il réussi à avoir ses 500 parrainages alors que deux anciens ministres tels que Dominique de Villepin ou Corinne Lepage ne les ont pas obtenu ? » De là est parti le « buzz Cheminade ». Doyen de l’élection présidentielle, cet homme aux allures de gentil grand-père rassurant amuse. En premier lieu les analystes politiques : en épluchant le programme de près, le candidat du parti « Solidarité et Progrès » prône notamment… une politique spatiale de grande envergure. Il n’en fallait pas plus pour créer de l’intérêt (et, soyons honnêtes, de la moquerie). Rajoutez à cela diverses condamnations, des comptes de campagne invalidés en 1995, et une surveillance de son parti en 2005 par la Miviludes (commission de surveillance des dérives sectaires), et voilà tous les ingrédients réunis pour faire parler de soi. Le candidat de l’espace ? Désormais, beaucoup vous répondront Cheminade. Le pari de se faire connaître a été (en partie) gagné. La question est désormais de savoir s’il va, ou non, égaliser voire battre son score de 1995 ? Dépassera-t-il les 0,28% ? Le mystère reste entier.

2007 : Nihous et Schivardi se partagent la vedette

L’élection présidentielle de 2007 a été riche en découvertes. Les deux partis majoritaires ont mis en avant des personnalités nouvelles. Si Ségolène Royal portait les espoirs nouveaux d’un Parti socialiste en apparence uni,  Nicolas Sarkozy ringardisait le chiraquisme. L’attrait du renouvellement politique avait pimenté cette campagne présidentielle où ne manquait jamais l’ajout d’un « fait nouveau. » On ne s’ennuyait pas. Mais que serait une élection sans trublion ? A ce petit jeu-là, Gérard Schivardi a été le plus opportun. Mais avec l’aide d’un humoriste, et pas n’importe qui : c’est Nicolas Canteloup qui a largement contribué à la « notoriété comique » du candidat du Parti des Travailleurs. Le grimant en un alcoolique notoire avec un très fort accent du Sud-ouest, l’humoriste en a fait son « imitation-phare » durant la campagne, à l’occasion de ses chroniques chez Michel Drucker entre autres. Ce qui n’a pas échappé à l’intéressé, ayant déclaré que l’imitation « avait permis de faire connaître son nom, à défaut de ses idées ». S’étant auto-proclamé en 2007 le « candidat des maires », Gérard Schivardi défendait dans son programme les grandes lignes de son parti : euroscepticisme, entrisme (gauche/trotskisme), laïcité affirmée de l’Etat et reconnaissance de la lutte des classes… Son projet avait, au premier tour de l’élection présidentielle, rassemblé 0,34% des suffrages. Mais ce n’était pas le seul « petit » candidat dont on raillait gentiment la carrure et les positions : 2007 a été l’occasion de « connaître » le nouveau candidat Chasse, Pêche Nature et Traditions, remplaçant de Jean Saint-Josse : Frédéric Nihous. Titulaire de deux D.E.A., il a été notamment le directeur de campagne de Saint-Josse avant d’être désigné lui-même candidat puis président de C.P.N.T. Souvent rapproché de Marine Le Pen par certains côtés, ce petit candidat a lui aussi été moqué par de nombreux humoristes, lesquels accentuaient sans déplaisir aucun son côté rural et bourru. En 2012, il s’est retiré de la course à l’Elysée et a déclaré soutenir Nicolas Sarkozy.

2002 … beaucoup de candidats « marginaux »

16 candidats. Un record pour une élection présidentielle. En 2002, les Français ont eu un choix large. Très large. Peut-être même trop. Parmi tous ces candidats, deux ou trois « marginaux » ont retenus l’attention : pour la gauche et son extrême, on retiendra Christine Taubira. C’est la première (et la dernière) fois que la candidate du Parti radical de Gauche se présente à une élection présidentielle. Autre insolite : Daniel Gluckstein. C’est le prédécesseur de Gérard Schivardi. Il n’aura pas marqué la campagne, et n’aura pas beaucoup fait parler de lui. Dernier candidat « marginal », c’est Bruno Mégret : l’ex-numéro 2 du Front national a décidé de faire une candidature en solo après sa séparation avec le parti frontiste. Le résultat, la République et l’égo de l’intéressé s’en souviennent encore : cela n’a pas empêché Jean-Marie Le Pen d’arriver deuxième au premier tour du scrutin présidentiel.

Quelles conclusions ?

Ces candidats originaux ont plusieurs utilités. D’abord, il serait in fine inconséquent de se prêter à une trop grande ironie (ne serait-ce que par respect pour leur engagement) ou de crier à l’absence de légitimité : ils ont tous eu leurs 500 signatures, validées par le Conseil constitutionnel. Ensuite, ces candidats ont le mérite d’essayer de faire parler d’eux, et par conséquent de faire vivre le débat démocratique : en France, la campagne ne s’articule pas uniquement (en principe) autour de deux candidats.

Il est bon de rappeler que la règle des 500 signatures a été émise pour éviter un multipartisme débridé qui ne ferait qu’affaiblir la République. Le multipartisme néfaste, nous l’aurions connu en 2002. Le constat d’alors : abstention record, campagne « farfelue » et favorisation des extrêmes. Cependant, certains remettent la sacro-sainte règle en cause, à l’instar de Corinne Lepage qui a cumulé plus de 470 signatures. Très bon score, mais pas assez pour passer la barre fatidique. Quid de la légitimité du nombre « 500 » ? Notons que 42.000 élus peuvent à ce jour donner leur signature, dont 36.000 maires.

Pierre Dumazeau

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Autoproclamé "meilleur d'entre nous". Et si j'étais jaloux de M.Juppé ?

One Response to “Ces originaux qui rendent les campagnes présidentielles moins « fades »” Subscribe

  1. romain 10 avril 2012 at 16 h 15 min #

    Le sujet est très intéressant mais je ne suis pas d’accord sur les exemples cités. Il y a en effet en France une diversité de candidatures mais je pense qu’il faut différencier les candidats « originaux » des candidats de formation politique marginale. tous deux trouvent dans l’élection présidentielle une tribune exceptionnelle mais n’ont pas les mêmes motivation ni les même raisons d’exister. Cheminade est en effet un candidat original : on ne sait ni d’ou il vient, ni ou il va. Par contre Schivardi en 2007 et Gluckstein en 2002 ne sont pas des candidats originaux en cela qu’ils sont les chefs de file du Parti des Travailleurs ‘un parti trotskyste d’une mouvance dit « lambertiste » maintenant implanté en France depuis les années 80 et la candidature de Pierre Boussel Lambert en 1988. Leur mouvance est peut être marginal mais ils ont un programme précis et représentent une branche idéologique. Idem pour Taubira qui n’est en rien une candidature « originale ». Je ne suis pas d’accord non plus pour placer Nihous et St Josse parmi les « originaux » puisque là on a à faire à un genre de candidature particulière qui est une candidature de lobby de la ruralité. Un lobby qui utilise la politique pour se faire entendre sur un sujet précis comme le fut René Dumont, le premier candidat écolo en 1974 !
    C’est dommage car avec ces mauvais exemple tu passes à côté des vrais candidatures originales, nombreuses en France : Marcel Barbu (premier candidat original qui a été la cause de la règle des 300 signatures), Pierre Marcilacy, Guy Héraud en 1974, Louis Ducatel en 1969 ou encore Coluche en 1981 (qui avait les signature et s’est retiré début avril).

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