Cécile Duflot, rebelle?

Mais qui est donc Cécile Duflot ? La jeune « branchée » écolo, qui s’est faite remarquer dès les premiers jours de pouvoir pour son jean sur la photo officielle du gouvernement ? Ou bien la ministre « rebelle », qui ne suit plus les instructions du Premier ministre, quitte à le défier ? Et si c’était un peu des deux ? Politique.com revient sur un personnage du gouvernement aux deux visages, mystérieux, intriguant et irrésistible.

En l’espace d’un week-end, la ministre de l’Egalité du Territoire et du Logement a allumé les feux des projecteurs… pour les braquer sur elle. Une double actualité, qui lui permet d’éclipser (un peu) Manuel Valls, Christiane Taubira, Dominique Bertinotti et Jérome Cahuzac, dont on parlait beaucoup, dans plusieurs dossiers aussi divers que passionnants. Cécile Duflot est là. Et elle le prouve.

Candidate à Paris ?
D’abord par sa possible candidature à la Mairie de Paris. Si elle reste discrète sur le sujet, l’écologiste n’exclut par pour autant de briguer l’Hôtel de ville, quitte à aller affronter Anne Hidalgo, l’adoubée de Bertrand Delanoë pour lui succéder.

« Je n’ai pas pris de décision. Quand j’avais décidé de ne pas être candidate à la présidentielle, je l’avais dit plus de dix-huit mois avant et de façon très nette« , a-t-elle déclaré dans le JDD. L’effet du bombe. Parce qu’au-delà de la représentativité de son parti à cette élection majeure, qu’elle défend corps et âme avec l’actuel Secrétaire national d’EELV, Pascal Durand, se cache un bien plus gros problème : celui d’aller défier le Parti Socialiste sur ses terres. Difficile à avaler, surtout pour certains membres du gouvernement, qui voient cette déclaration d’un mauvais œil. Une « trahison », en substance, pour celle qui est entrée dans un gouvernement socialiste au nom de « l’ouverture » à l’allié de toujours, le parti écolo.

Si Cécile Duflot, très populaire dans les rues de la Capital, venait à se déclarer candidate, elle rebattrait les cartes. Et Anne Hidalgo, grande favorite des premiers sondages face à Nathalie Kosciusko-Morizet et Rachida Dati, ne serait pas aussi sûre de s’assoir sur « le trône » en Mars 2014 prochain.

Autre conséquence, et de taille : cette candidature mettrait le pouvoir en déséquilibre. Qu’on se le dise : si l’actuelle Ministre venait à gagner cette élection, elle perdrait sa place au gouvernement au nom du « non-cumul des mandats ». Il ne resterait alors plus qu’un ministre écologiste : Pascal Canfin, ministre délégué au Développement auprès du ministre des Affaires Etrangères en France, qui lui-même pourrait d’ailleurs la suivre.

Qu’est-ce que cela signifierait ? Une double conséquence : un remaniement, ainsi qu’une position politique inconfortable. La première conséquence serait le symbole d’une instabilité politique, et en ces temps de crise, le gouvernement Ayrault s’en passerait bien. La seconde, placerait le parti majoritaire « seul contre tous ». Si le front de gauche s’est déjà déclaré « parti de l’opposition » à l’Assemblée nationale, il est fort à parier que les écologistes suivraient.

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« Madame anti-rigueur »

Autre sujet d’actualité, autre polémique. Elle concerne cette fois l’un des sujets les plus pointilleux de ce début d’année 2013, celui qui concerne la politique économique du gouvernement. Et dans ce dossier sensible, que la moindre étincelle pourrait faire flamber, la ministre de l’Egalité des Territoires et du Logement joue les pyromanes. Elle prend la tête de la contestation au sein du gouvernement et réclame moins de rigueur pour mener sa politique. Un acte courageux pour certain, un affront pour beaucoup.

Alors que le rapport de la cour des comptes est sans appel, et que Jean-Marc Ayrault prévoit de grands coups de rabot dans les dépenses des ministères, Cécile Duflot sonne la sonnette d’alarme. Pour l’ancienne secrétaire nationale d’Europe-Ecologie-Les Verts (EELV), « personne ne peut croire que de l’austérité naîtra le retour des temps meilleurs » dit-elle avant d’ajouter qu’ « il y a aussi une nécessité d’investissements. Les deux doivent aller de pair« . En clair : elle navigue à contre-courant des instructions du gouvernement.
Ce n’est pas la première fois qu’elle se rebelle. En juin dernier, elle avait déjà créé le « malaise » au PS en déclarant, sans consultation au préalable, qu’elle était favorable à une dépénalisation du cannabis. Reprise de volée par un Premier ministre en cherche d’autorité, la ministre s’était tue. L’austérité remplace l’autorité. Elle revient à la charge et affronte, pour la seconde fois, le gouvernement. Mais pour combien de temps encore ?

Derrière cette jeune femme au style « adolescente branchée » se trouve un stratège redoutable qui sait avec précision où elle va. Elle pige vite, très vite, elle calcule à la perfection et on l’a vu s’élever jusqu’au sommet du pouvoir, sans avoir, depuis son entrée au « parti », commis la moindre erreur. Peut-être vient-elle de faire ses premières grandes fautes ? L’habile Cécile Duflot n’a pas fini d’étonner… au risque de lasser.

Jordan Allouche

 

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