La Commission européenne recadre Hollande !

Hier soir, à Bruxelles, la Commission européenne a mis en garde la France sur l’état de ses finances publiques.

La Commission européenne a en effet rappelé à la France qu’elle ne devait pas déroger à la règle de discipline budgétaire portée par l’Union européenne en pleine crise de la zone euro. La Commission attend notamment des garanties réelles en matière de réduction des finances publiques, seul moyen selon elle d’assainir les budgets nationaux et de réduire les déficits budgétaires. L’inquiétude de la Commission porte notamment sur l’absence de mesures d’austérité communes à la plupart des pays dont les finances publiques sont considérablement dégradées comme les dénommés PIGS (Portugal, Italie, Grèce et Espagne), mais également sur la crainte d’une dégradation du poids économique important de la France dans la zone euro car elle en représente la seconde puissance. En pleine tourmente économique, l’Union européenne ne peut s’y résoudre actuellement.

Déficits et recettes en angles d’attaque

De plus, la Commission estime légitime de faire cette remarque car selon elle, le déficit public de la France atteindrait 4,5 % du PIB fin 2012 et 4,2 % du PIB fin 2013, si une volonté politique d’envergure au niveau budgétaire n’était pas mise en oeuvre. Des chiffres bien au-dessus de la barre des 3% imposée par le nouveau traité européen signé le 2 mars dernier, objectif qui, s’il n’est pas atteint, soumettrait la France à des sanctions budgétaires de la part de l’Union européenne. De plus, la situation économique de la France alarme également la Commission car avec l’annonce d’un déficit du commerce extérieur estimé à 70 milliards d’euros, autant dire que la Commission ne voit pas l’arrivée de recettes immédiates liées aux excédents commerciaux permettant de combler les déficits.

La nouvelle politique budgétaire de Hollande pointée du doigt

En effet, avec un Président de la République française social-démocrate, la Commission européenne ne s’attend pas à la politique du tout-austérité portée par l’Union européenne. En revanche, si un Président conservateur avait été élu, il accepterait immédiatement les mesures de rigueur prônées par l’Union européenne. La Commission européenne entend donc ne pas rester passive aux dépenses sociales promises par François Hollande et souhaite donc mettre un frein à ses promesses de campagne.

Celles-ci portent ainsi sur la hausse du SMIC et le retour de la retraite à 60 ans, deux sujets débattus d’ici la mi-juillet à Matignon, alors que la tendance européenne est à la réduction des salaires et l’allongement de l’âge de la retraite. Ensuite, l’instauration prochaine du contrat de génération cher à Hollande qui exonérera les entreprises de charges sociales pendant deux ans si un jeune est embauché en CDI tout en conservant un senior. Pour finir, la revalorisation de 25 % de la prime de rentrée scolaire annoncée hier par Marisol Touraine, ministre de la Santé, ne fera qu’accentuer les dépenses publiques. Avec ces mesures, la dette publique française atteindrait 90,5 % du PIB fin 2012 et 92,5 % fin 2013, toujours selon la Commission. Autant dire que le principe du nouveau traité européen exigeant la réduction de la dette de 5% du PIB par an serait rudement compromis pour la Commission.

Le rapport de force franco-européen reprend

Après un état de grâce diplomatique le 23 mai à Bruxelles, où Hollande a réussi à imposer sa vision économique européenne devant l’ensemble des pays de l’Union européenne. Cette vision reposait notamment sur l’instauration d’un pacte de croissance dans le nouveau traité européen et la création d’ Euro-obligations, terme inenvisageable avec un couple franco-allemand de la même famille politique, que Hollande avait traité en concertation avec Angela Merkel, même si celle-ci est farouchement opposée à ce nouveau type d’emprunt. Cependant, les pays les plus touchés économiquement y étaient très favorables, même s’ils se résolvaient depuis un certain temps à suivre la politique budgétaire de Berlin : le tout-austérité. La Commission européenne sous l’égide de Berlin s’est ainsi vu dans l’obligation de faire un rappel ordre ciblé à l’égard de la France afin de réaffirmer sa position dominante en Europe.

Réplique de la France

Pierre Moscovici, ministre de l’Economie et des finances, s’est empressé de rappeler que la France atteindrait ses objectifs de retour à un déficit public à 3 % du PIB en 2013, qui serait conforme à la discipline budgétaire imposé par le nouveau traité européen. Cependant, Moscovici a maintenu que le programme social de Hollande serait appliqué au nom de sa légitimité démocratique résultant des élections présidentielles. Avec une opposition aussi frontale de la part des deux pays phares de la zone euro, la gouvernance économique européenne risquera d’être compliqué durant les prochains mois et provoquera de nouvelles et d’intenses tractations.

Nordine Khouane

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Étudiant en Master Science Politique à Lille 2. Je suis partisan d'une actualité réflexive où les faits donnent place à des pistes d'analyse variées et sans langue de bois.

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