« Le complot contre l’Amérique »

Alors que les médias se focalisent sur les risques de révolution en France, suite aux débordements liés à la contestation de l’écotaxe en Bretagne, les citoyens ont tendance à oublier qu’une révolution peut-aussi apparaitre par les urnes. À l’heure où nos partis politiques aseptisés ont entrainé une désillusion massive parmi les électeurs, l’Histoire nous rappelle que des changements de régime (telles des révolutions politiques), néfastes comme louables, sont apparus à la suite d’un mouvement électoral. Et c’est tout le sujet du livre du célèbre écrivain américain Philip Roth, publié en 2004 aux éditions Gallimard : «Le complot contre l’Amérique».

Que ce soit l’Allemagne Nazie instaurée grâce aux urnes en 1933, ou l’arrivée du régime de Vichy, légitimé grâce aux pleins pouvoirs accordés au Maréchal Pétain par l’Assemblée nationale en 1940, le suffrage universel conserve une force non négligeable par rapport au pouvoir d’une révolution agressive. Et cette notion est tout l’intérêt du livre de Philip Roth, véritable fiction historique, revisitant la présidentielle américaine de 1940. Dans cet ouvrage, l’auteur imagine les conséquences post-électorales qu’auraient eu la victoire du nationaliste Charles Lindbergh, au détriment du démocrate Franklin Delano Roosevelt, que l’Histoire a pourtant donné gagnant.

Mais qui est Charles Lindbergh ? Aviateur de renom (il est le premier à avoir réussi à relier par avion en solitaire New York et Paris), Lindberg n’en était pas moins un politicien extrêmement engagé dans l’isolationnisme des Etats-Unis avec le mouvement America First, où il accusait le bellicisme américain d’être contrôlé par « les Britanniques, les Juifs et l’administration Roosevelt ». Pro-Nazi, il sera même décoré par le ministre du IIIème Reich, Hermann Göring, lors d’une visite en Allemagne.

Dans cet ouvrage, à la suite de son succès électoral, Lindbergh s’empresse de signer dès 1940, un pacte de non-agression avec l’Allemagne, tout en reprochant, lors de ses discours, aux juifs de pousser l’Amérique à la guerre. Philip Roth imagine donc les peurs croissantes qui se seraient donc emparées des foyers juifs américains, peurs qui étaient loin, très loin d’être infondées.

Véritable coup de maître, ce livre mêle fiction et Histoire, un bijou littéraire à la portée de tous. L’auteur y imagine une Amérique différente, biaisée par « l’effet papillon » du vote populaire. Une véritable alarme intellectuelle pour notre période, en proie aux populismes de toutes sortes. Un chef d’oeuvre.

Nathan Cahn

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