Marine Le Pen monte au front

Le duel attendu aura bien lieu.  Avec respectivement  28,6 % et 27,2% des voix, François Hollande et Nicolas Sarkozy sont qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle. Un tour  plein de promesses et marqué par une stratégie politique qu’il faudra mener au mieux, à sa manière pour chacun, afin de l’emporter : séduire les électeurs du Front national.

Le troisième homme est une femme. Avec 17,9% des voix, Marine le Pen marque deux points. Primo, celui du score le plus élevé à une présidentielle, puisqu’elle fait même mieux que son père en 2002 (16,9%) qui pourtant était en lice au second tour. Secondo, cette position favorable lui permet de jouer le rôle délicieux d’arbitre.  Pas de doute possible, pour les deux candidats Nicolas Sarkozy et François Hollande, il faudra jouer en dehors de leurs frontières politiques.

Certains pensent que mathématiquement,  dans l’optique d’un report de voix « naturel » des électeurs frontistes vers le président sortant, Nicolas Sarkozy sera à coup sûr réélu. Voici quelques arguments qui peuvent démontrer le contraire, car rien n’est joué dans cette élection présidentielle. Le second tour rabat les cartes et avec elles, certitudes et préjugés.

Comme le disait Julien Rochedy, président des « jeunes frontistes », « voter Front National c’est être anti-système ». Or, c’est la droite, par le jeu des gouvernements successifs, qui incarne pleinement le pouvoir depuis 10 ans. Le PS ne jouant « que » le rôle d’opposition, du moins au niveau national et gouvernemental. Sur le plateau de France 2, au soir du premier tour de l’election présidentielle, Gilbert Collard, Président du comité de soutien à Marine le Pen avait d’ailleurs évoqué l’idée d’une  «alternance».

En faveur du cassé-croisé pour incarner la prochaine opposition ? 

Dans ce combat mené par les deux camps PS et UMP Marine le Pen ne se retrouve véritablement dans aucun. Mais elle sait, elle sent, qu’avec la gauche au pouvoir, elle pourra incarner la « nouvelle droite ». D’abord, parce que la « guerre des chefs » à l’UMP pourrait sonner le glas du parti majoritaire en cas de défaite de Nicolas Sarkozy. La droite populaire face à la droite sociale et radicale. Avec  François Hollande, et la promesse de la proportionnelle, le FN entrera à nouveau à l’Assemblée nationale. L’opportunité, dans l’éventualité d’une droite désunie, d’incarner l’opposition.

Autre argument, les abstentionnistes du premier tour ne sont jamais ceux du second. Ils y a ceux qui croyaient en un seul candidat, non qualifié pour le second tour et qui donc n’iront pas voter le 6 mai prochain. Et puis il y a ceux qui ne se sont pas déplacés dimanche mais qui ont fait le choix inverse pour le second tour. Autrement dit : sans consigne de vote, et Marine le Pen n’en donnera certainement pas, aucune certitude concernant le report de voix. Alors qu’à gauche,  Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly ont explicitement appelé à voter en faveur du candidat socialiste, même si cela ne rend finalement pas le report « beaucoup plus certain ».

Reste dans ces pronostics de politique-fiction une inconnue : le choix de François Bayrou. En principe, il ne devrait pas appeler à voter au deuxième tour pour l’un ou l’autre des candidats qualifiés. Mais le style de campagne et les propos menés par Nicolas Sarkozy déclenchent des prises de position hostiles de certains de ses partisans les moins « droitiers », comme illustré par exemple par l’appel de quelques centristes à voter François Hollande publié sur nouvelobs.fr ou bien encore Jean-François Kahn qui appelle à la mobilisation « contre Nicolas Sarkozy », ce qui il est vrai ne surprendra pas forcément au vu de ses postions passées.

Vous l’aurez compris, rien n’est joué encore. Pour l’un comme pour l’autre. Une seule chose est certaine :  les deux candidats sont contraints de se rendre à la pêche aux voix frontistes. Nicolas Sarkozy ne sera pas réélu. Nicolas Le Pen, comme l’a écrit le Wall Street Journal, a plus de chances de l’être.

Jordan Allouche

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