Débat Nicolas Sarkozy – Laurent Fabius : débriefing

Débat Nicolas Sarkozy – Laurent Fabius : débriefing

Nicolas Sarkozy fait feu de tout bois ces derniers jours pour défendre son bilan : face-à-face avec Laurent Fabius sur France 2, entretien sur RMC dans l’émission Bourdin & Co et enfin meeting prévu à Villepinte ce dimanche.

L’objectif est clair et n’a pas changé depuis ce billet : renouer les fils que sa candidature de 2007 avait permis de tisser auprès des classes dites populaires. Le constat d’aujourd’hui l’est aussi : le Président sortant est donné battu à plates coutures par son rival socialiste, auquel les instituts de sondage prêtent une victoire confortable (entre 54 et 59% d’intentions de vote au second tour).

Il faut dire que Nicolas Sarkozy n’a pas réussi à reprendre la main sur la direction des débats d’opinion : des polémiques improductives, comme celle sur la viande halal, un virage sur le thème préféré des électeurs du Front national, l’immigration, qui est un sujet pour le moins clivant, un bilan factuel loin de ce qui était annoncé en 2007 (pouvoir d’achat, emploi…) même si des facteurs économiques exogènes peuvent être invoqués et surtout un rejet prononcé de sa propre personne (près de deux-tiers de ceux qui voteraient pour François Hollande le feraient pour « éjecter » Nicolas Sarkozy du Château selon CSA).

Le ton de mea culpa partiel n’aura donc pas surpris. Il s’agit de reconnaître les erreurs commises, notamment en terme d’image (affaires du Fouquet’s, nomination de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD, « Casse-toi pov’con »…). Il était difficile de faire autrement, et on peut estimer que les regrets exprimés auraient pu même être plus vifs au regard de la déception engendrée.

Sur le plan des propositions, Nicolas Sarkozy a donc confirmé son coup de barre à droite perçu ces derniers temps, via le sujet de l’immigration : il a annoncé vouloir réduire de moitié le nombre d’immigrés accueillis en France chaque année (environ 180.000), limiter l’octroi du RSA et du minimum-vieillesse aux étrangers présents depuis 10 ans en France et y travaillant depuis 5 ans.

Sous l’angle des mesurettes, il a convenu réfléchir à la création d’un « impôt sur les bénéfices minimum pour les grands groupes en France », l’introduction d’une dose de proportionnelle dans le scrutin législatif de « 10 à 15% des sièges », et à une visite en Israël et en Palestine pour y lancer une « initiative » de paix au Proche-Orient s’il obtenait un deuxième mandat.

Sur le ton du débat lui-même, peu à dire si ce n’est quelques interrogations quant au choix de Laurent Fabius comme contradicteur par le Parti socialiste, tant l’ancien « plus jeune Premier ministre de France » peut apparaître comme un soutien dont on peut se passer, depuis l’affaire du « sang contaminé » bien entendu restée très prégnante dans l’opinion mais aussi depuis certaines petites phrases distillées ces dernières années sur François Hollande par le député de la Seine-maritime. Nicolas Sarkozy a eu beau jeu de s’engouffrer dans cette brèche, et il est surprenant d’un point de vue « stratégie de communication » de lui avoir facilité la tâche.

Dommage aussi que rien n’ait été dit dans cette émission sur les grands enjeux d’aujourd’hui et demain pour les Français. Rien sur la nécessaire adaptation du modèle économique, celui des générations futures, rien sur la crise financière et son impact sur la zone euro, rien sur l’idée européenne et le lien historique France-Allemagne, rien sur le possible conflit Israël-Iran, rien sur les révolutions arabes. Bref, un débat articulé sur deux caricatures : François Hollande veut une taxation « des riches » à 75% et Nicolas Sarkozy diviser l’immigration par deux. Triste.

Jeremy Hureaux

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Passionné de la vie publique et ses méandres, coordinateur du site Politique.com Twitter : @politique
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