Le débat Hollande – Sarkozy

L’enjeu

Le débat télévisé du second tour de l’élection présidentielle est un événement politico-médiatique marquant, puisque préparant l’élection à la magistrature suprême.

Si aucune loi ne contraint un tel évènement, un tel face-à-face, fortement inspiré de ce qui a pu exister précédemment aux Etats-unis, est devenu une tradition, toujours très attendue par l’électeur (seule l’année 2002, aux circonstances très particulières il est vrai, n’a pas vu tenu de débat d’entre-deux tours). Et un exercice difficile pour qui est finaliste, quasi-combat de gladiateurs de l’époque romaine, revu à la sauce moins sanguinolente de la Cinquième république. Encore que…

Le contexte

Celui de l’unique débat télévisé de l’ entre-deux tours de l’élection présidentielle de 2012, avec un François Hollande grand favori des sondages, venu en comptable avisé de son avance et déterminé à défendre ses positions, et un Nicolas Sarkozy, certes président sortant, mais contraint par les circonstances à une attitude offensive.

  • L’organisation du débat

Climatiseur réglé à dix-neuf degrés, à peu près autant de caméras autour du plateau. Les deux rivaux étaient séparés très exactement de deux mètres cinquante, encore plus loin l’un de l’autre que la distance imposée d’un mètre soixante-dix par François Mitterrand à l’occasion de la présidentielle de 1988 face à Jacques Chirac. Souhait plus symbolique qu’autre chose, ou peut-être expression d’un goût de l’habitude : très exactement la même longueur le séparant de son Premier ministre lorsque celui-ci se rendait aux convocations de l’Elysée.

Deux exigences n’ont été que partiellement respectées : celle d’enregistrer un candidat lorsque son rival a la parole. De même pour l’exigence de Nicolas Sarkozy sur une absence de plan de profil, à la « Pascal Sevran style », puisqu’il y en a eu. François Hollande a vu satisfaites ses exigences de « gros plan calvitie » et « reflet lunettes » à éviter.

D’une durée de deux heures, sa diffusion s’est faite à la télévision sur TF1, France 2, BFM TV, i-Télé, LCI, France 24, LCP et Public Sénat. Côté radios, un disposif exceptionnel lui-aussi : RTL, RMC, Europe 1, France Inter, France Info et RFI.

Une tentative d’obtenir trois débats à thèmes au lieu d’un (avec une opération de com’ autour du site 3debats.fr) a été lancée par Nicolas Sarkozy le 22 avril avant le vote du 6 mai. François Hollande a refusé cette option, préférant un débat unique comme lors des élections précédentes.

  • Leurs rencontres précédentes

Au cours de leur déjà longue carrière, les deux ennemis politiques se sont déjà croisés à de nombreuses reprises, la dernière fois en 2005.

Premier affrontement sur France 2 en février 1998, à l’occasion des régionales, sans pour autant déchaîner les passions. Plus significative est cette rencontre du 30 mai 1999 en pleine campagne des élections européennes. Nicolas Sarkozy est alors président du RPR (par intérim), François Hollande Premier secrétaire du PS. On en retiendra tristement que cet échange : « Il est toujours gentil au début, et après, ça se gâte », lancé par Nicolas Sarkozy. Et la réponse de François Hollande : « Vous, gentil, vous ne l’êtes ni au début ni à la fin ». Ambiance.

En novembre 2003, ils se retrouvent sur la scène parisienne du Théâtre du Rond-Point, à Paris afin de confronter leurs points de vue sur la laïcité. François Hollande plaide pour une interdiction du port du voile à l’école, interdiction à laquelle s’oppose le ministre de l’Intérieur de l’époque « pour des impératifs de non-stigmatisation des musulmanes ».

En 2005 enfin, c’est sur le plateau de l’émission « Grand débat RTL/ Le Monde » que se sont exercés les deux pugilistes pour la dernière fois avant ce soir du 2 mai : pas grand chose à en tirer, les deux candidats optant à l’unisson pour un « Oui » dans le choix posé par le référendum sur le traité constitutionnel européen.

Parmi les petites phrases « significatives »

  • François Hollande 

« Je serai le Président de la justice parce que nous traversons une crise dure, grave qui touche les plus modestes et donc je veux que la justice soit au coeur de la République ».

« Je serai aussi le Président du redressement alors que la France a décroché et que le chômage est à un niveau historique » (…) « Je veux aussi être aussi le président du rassemblement » car pendant des années les Français ont été opposés les uns aux autres, divisés ».

« Monsieur Sarkozy, vous aurez du mal à passer pour une victime et pour un agneau. Je vais moi-même évoquer tout ce qui a été dit sur moi, vous voulez que je fasse cette liste où vos amis m’ont comparé à je ne sais quel bestiaire, j’ai eu droit à tous les animaux des zoos (…) j’ai eu le droit à toutes les comparaisons les moins flatteuses, j’ai été attaqué sur tous sujets, et vous pensez que j’ai imaginé que c’était vous qui inspiriez ces propos ? ».

« Avec vous c’est très simple, ce n’est jamais de votre faute , vous avez toujours un bouc-émissaire ».

« Vous êtes toujours content de vous ».

« Vous ajoutez maintenant la calomnie au mensonge ».

« Moi président de la République, je… ».

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  • Nicolas Sarkozy

 « Je veux que ce soir, ce soit un moment d’authenticité ». Les formules de son adversaire, « c’est classique, c’est ce qu’on dit à tous les débats ». Il a souhaité que « chacun dise sa vérité », mais « pas avec des formules creuses ». « Il n’y a pas eu de divisions, il n’y a pas eu d’émeutes, il n’y a pas eu de violences. La France, dans ces quatre années de crise, a avancé dans un mouvement de réformes continu sans aucun blocage (…) Il y a ceux qui parlent de rassemblement et puis il y a ceux qui l’ont fait vivre ».

« Quand il y a eu un propos désagréable à l’endroit de quelqu’un qui vous est proche, je l’ai condamné. Quand on m’a comparé à Franco, à Laval, à Pétain, et pourquoi pas à Hitler, vous n’avez pas dit un mot. Quand Madame (NDLR : Martine, Première secrétaire du Parti socialiste et fille de Jacques Delors) Aubry me traite de Madoff, 183 ans de prison, et que le leader de la famille ne dit rien, c’est qu’il cautionne. Quand on cautionne des outrances, c’est qu’on a peur, c’est qu’on n’a pas la force de les dénoncer ».

« Vos chiffres sont faux ».

« Dire que nous avons fait des cadeaux aux riches, c’est un mensonge, vous êtes un calomniateur« .

« Monsieur Hollande, ce n’est pas le concours de la petite blague ».

« Dans votre volonté de démontrer l’indémontrable, vous mentez ».

« Vous, Monsieur Hollande, qui êtes éloigné des dossiers depuis si longtemps, pourriez-vous nous rappeler… ».

Les réactions

Inutile de parler de certains outils de Factchecking supposés efficaces, ce point de vue ne résiste pas à l’analyse plus de quelques secondes. Le succès de ces outils comme le Véritomètre laisse songeur au vu de l’absurdité de la méthode, du manque de crédibilité des « stagiaires-experts » et du manque d’impartialité affiché. Et le pire est qu’on le présente sous un angle scientifique ! Juste LOLesque, mais bien dans l’air du temps cependant.

  • A droite

Pour le Secrétaire général de l’UMP Jean-François Copé, le face-à-face a couronné « la force d’un projet » contre « le retrait et l’hésitation ».  Ainsi, il a déclaré : « Ce débat a permis à notre candidat d’atteindre tous les objectifs. C’était le moment de confrontation qui devait montrer de manière éclairante d’un côté la force d’un projet, celui de Nicolas Sarkozy, la détermination, la solidité d’un homme, et face à cela un François Hollande en retrait, en hésitation, en hyper agressivité sur la totalité des thèmes ».

Bernard Debré, député UMP de Paris constate : « On n’a rien compris des propos de François Hollande sur l’électricité. Il est en nette infériorité par rapport à Nicolas Sarkozy. Cela fait presque une heure que le débat a commencé et le candidat socialiste est très inférieur à la qualité et la précision de Nicolas Sarkozy. C’est un combat (…) qui pourrait finir par KO pour Hollande. Tous ceux qui n’ont pas voté François Hollande ou Nicolas Sarkozy vont se déterminer plus facilement à l’issue de ce débat. Il n’y a pas photo ».

Franck Riester, secrétaire national de l’UMP chargé de la communication : « On voit à quel point François Hollande est dans l’ambiguité (…) Sur la burqa il n’a pas voté le texte de loi mais il dit ensuite qu’il appliquera la loi. Il est incapable de citer un exemple de réduction des dépenses publiques. Ce débat met en évidence ses points faibles. Nicolas Sarkozy maîtrise ses dossiers. Le débat était très tendu au départ. Plus le débat avance, plus on entre dans les dossiers et plus on voit que Nicolas Sarkozy prend le dessus ».

Pour Valérie Rosso-Debord, déléguée générale adjointe de l’UMP  « Il (Hollande) a l’air d’être absent du débat. Sur les centres de rétention Nicolas Sarkozy l’a enfoncé. François Hollande est très agressif, Nicolas Sarkozy est calme, il n’interrompt pas M. Hollande qui se contredit sur l’immigration légale et quand il signe un accord avec EELV il s’en détache ensuite. Il dit tout et son contraire, par exemple il confond dette et déficit, c’est compliqué pour quelqu’un issu de la Cour des comptes ».

  • A gauche

La première secrétaire du PS a déclaré : « Je pense que François Hollande a été exceptionnel et je pense réellement que ce débat montre ce que sera sa présidence, c’est-à-dire un cap clair, des valeurs de la France retrouvées, des réponses précises, des priorités claires : une vraie présidence ». Et d’ajouter : « François Hollande, sur tous les sujets, a été à la hauteur de ce qu’on attend d’un Président de la République française. J’ai trouvé Nicolas Sarkozy sur la défensive ».

L’ex-femme de François Hollande et candidate malheureuse en 2007 Ségolène Royal s’est forcément penchée avec beaucoup d’attention sur le débat : « Des millions de Français ont pu juger par eux-mêmes ces moments de vérité. François a dominé ce débat avec force, et surtout avec authenticité et vérité ».

Pour Jean-Luc Mélenchon : « A mesure que le débat avançait, Hollande l’a bien scotché et l’autre a passé son temps à gigoter et se débattre et à la fin c’était pitoyable ».

Le porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon estime lui que : « Nicolas Sarkozy est hésitant. Il avait un scénario au départ. Son scénario tombe à l’eau, parce qu’il a en face de lui quelqu’un qui a de l’autorité sur les dossiers, qui a de l’autorité sur le débat. Sarkozy est ramené à la réalité de son bilan. Il a voulu chercher à y échapper pendant la campagne, a voulu y échapper pendant le débat. Pour l’instant, c’est bien, c’est bien il faut que ca continue comme cela ».

La porte-parole de François Hollande, Najat Vallaud-Belkacem : « François Hollande droit dans ses bottes regarde son adversaire droit dans les yeux. Ce débat est vraiment très intéressant parce que c’est un concentré de ce qu’aura été cette campagne : Nicolas Sarkozy s’est refusé à rendre le moindre compte sur son bilan. Au fond, on n’attend pas nécessairement de lui qu’il présente des excuses, mais au moins des explications, et les Français n’y auront pas eu droit ».

Jeremy Hureaux

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Passionné de la vie publique et ses méandres, coordinateur du site Politique.com Twitter : @politique

3 réponses à “Le débat Hollande – Sarkozy” Subscribe

  1. jean valjean 3 mai 2012 at 9 h 24 min #

    Autant de le dire tout de suite, j’ai trouvé, sur la forme et chacun dans leur style, les deux candidats très bons et combatifs 🙂 Sur le fond, c’est autre chose !

    Plutôt rassurant de se dire qu’au moins le Président ne sera pas un crétin complet mais un simple menteur :))))))))

  2. Felix 3 mai 2012 at 21 h 58 min #

    moi je suis déçu par le Ps . il n’a pas pu se defendre, et ca ne montre rien de bon de lui

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