« La faute à Sarko » ?

Un palais Bourbon rose, une victoire sans appel, aux finalités quinquennales hégémoniques. Un boulevard s’ouvre devant François Hollande. Évitons la sortie de route. Au lendemain de la victoire historique du Parti socialiste à l’Assemblée nationale, en emportant la majorité absolue (314 sièges sur 577, comptant les « alliés »), le PS achève les trois dernières années électorales sur une victoire. Une de plus.

Le Sénat, les régions, la plupart des grandes mairies de France, les conseils régionaux, l’Elysée et désormais le Palais Bourbon… Toutes ces institutions sont bardées de rose. L’UMP paye au prix fort cinq années de sarkozysme mal perçues par l’opinion, des excès et une rigueur dont les Français ne voulaient pas entendre parler.

Une preuve ? Les principaux lieutenants de l’ex-Président ont tous ou presque été défaits. Que dire de l’ancienne ministre de l’Apprentissage, Nadine Morano, une des « égéries » des derniers mois de la Présidence qui a été battue dans la 5e circonscription de Meurthe-et-Moselle. Elle obtient 44,33 % des suffrages alors que le candidat PS, Dominique Potier, en recueille 55,67 %. Contrairement à ce qu’elle pense, elle n’a pas été battue d’une seule voix, celle de Dahan comme elle a bien pu le dire. Que dire aussi de Claude Guéant, ancien ministre de l’Intérieur, désormais célèbre pour ses sorties polémiques, qui, lui aussi, a été battu dans la triangulaire de la 9e circonscription des Hauts-de-Seine par le dissident de l’UMP Thierry Solère. Valérie Rosso-Debord s’est également inclinée dans la 2e circonscription de Meurthe-et-Moselle, où elle était députée sortante.

Idem pour l’ancienne présidente du RPR, Michèle Alliot-Marie, qui perd dans les Pyrénées-atlantiques. Elle est battue, avec 48,38 % des suffrages, par la candidate PS, Sylviane Alaux, qui recueille 51,62 % des voix. Qu’ont-ils tous en commun ? Les valeurs dites « sarkozystes » chevillées au corps, une admiration pour l’homme, une dévotion pour le Président. Mais aussi… quelques casseroles.

Souvenons-nous des « civilisations qui ne se valent pas » de M. Guéant, du voyage en Tunisie de MAM, de Valérie Rosso-Debord qui accusait en substance Najat Vallaud-Belkacem d’avoir la nationalité marocaine, des « immigrés et du bateau » de Mme Brunel, qui aura conduit à sa noyade. Et j’en passe. Le chef de file de cette joyeuse compagnie, devenu depuis hier « citoyen parmi les citoyens », essuie déjà ses premières inquiétudes judiciaires dans l’affaire Karachi.

Une majorité de Français ont été clairs : ils voulaient tourner la page. L’heure est au bilan. Qu’a donc fait chuter l’UMP ? La drague des électeurs frontistes ? La crise économique ? Une rigueur à la Schröder dont les Français ne voulaient pas ? Un président exaspérant ? Un programme socialiste séduisant ? Un désir naturel d’alternance ? En réalité, voilà la possible liste complète des raisons de l’échec de la droite en ces temps difficiles. La gauche a tout raflé. Que va-t-elle faire maintenant ?

Mystère. Beaucoup de choses furent promises pendant la campagne présidentielle. Les mesures les plus symboliques seront prises durant l’été avant que la France n’en débatte à la rentrée. Mais après ? Ce n’est pas en agitant quelques-unes de ces propositions que la France ira mieux. Elle est au fond du gouffre. Il faudra donc plus qu’un président « normal » pour l’en extirper. Au contraire, c’est dans une situation « hors norme » qu’il faut un Président « extraordinaire ».  En est-il capable ? Tous les outils sont à sa disposition. A lui maintenant de les manier avec respect, intelligence et, on l’espère, talent.

Jordan Allouche

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