Delphine Batho : Arlequin au gouvernement?

Ce vendredi 24 mai 2013, on apprenait la nouvelle mission que s’est fixé l’actuelle ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie : nous inciter à aller travailler en vélo ! L’information est sérieuse. Elle mérite d’ailleurs qu’on explique pourquoi elle ne l’est pas réellement. Mais au-delà de cette simple proposition, il faut s’intéresser au personnage de Delphine Batho qui n’a pour seul bagage académique qu’un baccalauréat et pour modèles politiques Daniel Balavoine et Pierre Desproges [1]. Arlequin, personnage de la  commedia dell’arte que l’on retrouve en France dans les pièces de Marivaux [2], se définit comme un zanni, c’est-à-dire un valet bouffon et ignorant qui se caractérise par sa  naïveté et sa gaucherie. Pire, il se tourne souvent en ridicule par ses lazzi : ses postures, gestes et discours ont pour objectif de faire rire le public par leur côté burlesque et excessif. C’est ici ce « plan vélo », nouveau lazzi de Arlequin, qui interpelle.

 

Cachez cette voiture que je ne saurai voir [3]

 Delphine Batho a invité les partenaires sociaux (CGT, FO, CFDT, Medef et CGPME) à son prochain sketch à l’hôtel de Roquelaure [4] le 28 mai 2013 ; lieu où ils sont officiellement conviés à se réunir pour participer à un comité de pilotage qui étudiera l’impact des mesures visant à favoriser les trajets domicile-travail en vélos. L’objectif affiché par Arlequin est d’inciter tous les citoyens à se munir de leur bicyclette ou d’aller s’en acheter une pour polluer moins.

 Ce qu’elle ne dit pas ou ne sait pas c’est que, selon les inventaires du Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique[5], sur la part de 34% de CO2 due aux transports dans leur globalité, si 94% provient du transport routier, c’est seulement une part de 54,3% qui provient des voitures personnelles ; 43,7% des émissions de CO2 proviennent donc des utilitaires et poids lourds. Cette seconde source d’émission pourrait faire également l’objet d’une réflexion en terme de normes à adopter au lieu de lancer des lazzi comme la fourniture et l’entretien obligatoire par les entreprises des bicyclettes de leurs employés !

 Ce « plan vélo » tient plus de l’étiquette « verte » que Delphine Batho tient à arborer fièrement que d’une véritable proposition visant à améliorer le bien-être de nos concitoyens. Que dire des mesures qui permettraient de financer le projet d’Arlequin ? L’exonération d’impôt sur le revenu pour les utilisateurs de vélos par exemple [6] apparaît grotesque quand on sait la volonté du gouvernement Ayrault de rétablir l’équilibre du budget par des hausses d’impôt systématiques. Et que dire de tous ceux qui n’habitent pas en centre-ville ? De ceux qui font 45 mn de transport en commun pour venir travailler de leur banlieue ? De ceux qui habitent loin des villes, repoussés par le prix des loyers et qui doivent chaque matin faire une heure de voiture. Et on leur propose la bicyclette ? Soyons sérieux.

 On veut plus particulièrement réduire la pollution dans les centres-villes ? Quel besoin d’obliger les entreprises à créer des coûts de fonctionnement supplémentaires ou d’utiliser nos propres impôts pour rémunérer les cyclistes volontaires ? [7] Alors qu’existent dans toutes les grandes villes un métro, des bus, des tramways et surtout des systèmes de vélos en libre-service qui fonctionnent très bien tels que Vélib à Paris. C’est cela qu’il faut développer. Les parisiens, les lyonnais ou encore les marseillais n’ont pas attendus Arlequin pour permettre aux usagers qui le souhaitent d’utiliser un vélo quasi-gratuitement car déjà financé par les collectivités.

Ce «  plan vélo » cache surtout une volonté de planification des pratiques profitables à l’environnement à laquelle on doit s’opposer. La liberté d’instaurer un cadre des bonnes pratiques doit être laissé aux entreprises. Enfin la question de la profession est inévitable. Quel cadre accepterait de prendre un vélo en costume-cravate pour aller travailler ? On relèvera ici une profonde méconnaissance du monde de l’entreprise de la part de Delphine Batho. Les commerciaux, pour ne citer qu’eux, sont le parfait exemple des professions qui utilisent la voiture ou le scooter comme un outil de travail. Démarcher en vélo dans les villes n’a pas de sens. Enfin, il faudra lui faire remarquer que tous ceux qui déposent et reprennent leurs enfants le matin et le soir le font en voiture. Utopique, ce « plan vélo » l’est assurément.

 

La troupe de comédiens d’Arlequin

 Delphine Batho a constitué son cabinet [8] à son image, mais où se trouve la compétence ? On passera rapidement sur la nomination d’une de ses amies, Mme Yasmina Ali Oulhadj, au poste de « conseillère à la mobilisation des emplois d’avenirs verts » ou sur Mme Paquita Paquita Morellet-Steiner -diplômée de l’École normale supérieur (Sèvres), titulaire d’une maîtrise de littérature latine et d’un DEA de sciences du langage- qui exerce la fonction d’ajointe au chef de cabinet dans un ministère dont nous rappelons l’intitulé : « de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie » .

 Plus grave, dans un ministère dont les rémunérations sont assurées par nos impôts, la présence de Diane Szynkier et David Roizen. La première se retrouve dans un « communisme vert » et propose [9] rien de moins que de taxer les automobilistes non pas en fonction de leur rejets de CO2 mais en fonction de leur revenus. Cette discrimination aboutirait donc à taxer lourdement les conducteurs ayant des revenus plus élevés que la moyenne alors que leur rejet de CO2 aura été identique sur une même distance à celui disposant de faibles revenus! On retrouve son essai, sur le site du Think tank « Terra Nova » qui se targue de « favoriser la rénovation intellectuelle de la social-démocratie » ; une des fonctions prisées par les comités théodule.

 Mais Arlequin est aidé dans ses travaux par le Scapin de la troupe : il faut nommé ici David Roizen qui traîne derrière lui quelques tristes sirs. Socialiste, détenteur d’un DEA de sciences politiques, il s’est en effet trouvé être par le passé le collaborateur (responsable juridique) [10] de Pierre Bellanger (ex-PDG de la radio Skyrock), de Julien Dray (ex-député pour la 10e circonscription de l’Essonne),et de Manuel Aeschlimann (ex-maire d’Asnière-sur-Seine). Trois personnes connus pour leur déboires avec la justice et, s’il faut souligner que David Roizen n’a jamais été condamné, on peut légitimement se demander si une telle constance dans les « affaires » ne devrait pas être normalement un frein à sa nomination à de telles fonctions.

 Mais c’est surtout le compte Twitter de Scapin qui permettra au lecteur de juger de la « hauteur intellectuelle» de notre comédien. Rappelons simplement auparavant l’intitulé de sa fonction: « chef du cabinet » de la ministre Delphine Batho. Ainsi, le 19 avril 2013, M.Roizen écrit, sûrement hilare : «  @GSElevator: Last night, a cougar said, ‘Are U waiting for someone?’ I nodded. She said ‘2 bad, I’m rich.’ Me too bitch. Me 2.” ». [11] On retrouve bien, à travers ces quelques mots déclamés aux internautes, la bêtise et le peu de morale de Scapin. On pourrait alors inviter ce dernier à se mettre en congé de son poste de fonctionnaire dont le comportement est censé être irréprochable.

 Mais ce serait oublier que M. Roizen, après avoir longtemps râlé contre son opérateur Numéricable qui ne lui permettait pas de regarder « BEin Sport » sur sa télévision, choisit déjà ses horaires de travail : « Après 7 mois de lutte, @canalplus & @beinsport remarchent. Si on me cherche dem1, je suis allongé sur mon canapé. #aujourdhuicministereagain ». Véridique. Dans ces conditions, il ne reste plus qu’à espérer que cette joyeuse troupe emmenée par Arlequin et Scapin soit mise sous curatelle renforcée. À défaut d’administrer « 100 coups de bâtons » [12] à ces deux compères, il nous faudra au moins voter utilement aux prochaines élections.

 

Edouard d’Espalungue

 

Notes-

 [1] « Delphine Batho, petite-fille de 1981 et de 1789 », by Eric FOTTORINO, in « L’hémycicle », 28/03/2013

 [2] En particulier dans « Le jeu de l’amour et du hasard » de Marivaux.

 [3] Référence à « Couvrez ce sein que je ne saurais voir/ Par de pareils objets les âmes sont blessées/ et cela fait venir de coupables pensées, « Tartuffe, acte III, scène II », Molière.

 [4] L’hôtel de Roquelaure abrite les locaux du ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie.

 [5] CITEPA

 [6] « Delphine Batho prépare un ‘plan vélo’ avec les entreprises », by Charles Gautier, in « Le Figaro », 24/05/2013

 [7] Les « cyclistes volontaires » se verraient subventionner à hauteur de 21 centimes d’euros par kilomètres.

 [8] Directeur du cabinet-M. Gilles RICONO / Directeur adjoint du cabinet- M. Emmanuel KESLER / Directrice adjointe du cabinet- Mme Paquita MORELLET-STEINER / Conseiller spécial- M. Raymond COINTE / Chef de cabinet- M. David ROIZEN / Chef de cabinet adjointe, affaires réservées- Mme Anne BASSET/ Conseillère chargée des relations avec les associations environnementales, de la biodiversité et de la protection des milieux naturels- Mme Maud LELIÈVRE / Conseiller diplomatique- M. Paul-Bertrand BARETS / Conseillère parlementaire- Mme Aurore GILLMANN / Conseillère parlementaire-Laurence TAVERNIER / Conseiller budgétaire et fiscal- M. Guillaume LEFORESTIER / Conseiller chargé de la communication- M. Julien MAYER / Conseillère chargée de la mobilisation pour les emplois d’avenir verts – Mme Yasmina ALI OULHADJ / Conseillère technique chargée de l’eau, de la chasse, de la pêche, des risques naturels et de l’agro-environnement- Mme Marie RENNE / Conseillère technique chargée des risques technologiques et de la sûreté nucléaire, des déchets, de la santé environnementale et des filières vertes- Mme Diane SZYNKIER / Conseiller technique chargé des énergies renouvelables, des réseaux, de l’efficacité énergétique et de la réforme du code minier- M. Christophe SCHRAMM / Conseiller technique chargé de la production et du mix énergétique, des tarifs et de la lutte contre la précarité  énergétique- M. Charles-Antoine GOFFIN.

 [9] « Il est temps de mettre en place la taxation des poids lourds et des véhicules utilitaires légers pour le transport de marchandises, de généraliser le bonus-malus des véhicules et l’éco-modulation des réglementations, de refiscaliser le carburant aérien. Les villes doivent également pouvoir expérimenter et mettre en place des péages urbains sur des critères adaptés. Deux principes doivent rendre ces mesures acceptables : l’équité, grâce à des assouplissements sur critères sociaux uniquement (renforcement de la tarification sociale des transports, prise en compte des contraintes de mobilités des personnes à horaires décalés, à mobilité réduite, etc.), et une redistribution fléchée des éventuels bénéfices vers les solutions de mobilité durables uniquement. », by Diane Szynkier, Gilles Mergy, Jean-Pierre Girault, Julien Dehornoy, Laetitia Dablanc, Philippe Segretain, in « Pour une mobilité durable », Terra Nova website.

 [10] Rapport des auditions du CSA en 2005

 [11] Tweets de David Roizen-

 « david roizen @davidroizen  4j   Arrivé chez soi et se rendre compte qu’on a oublié ses clés au bureau. #fail #bigfail #grossefatigue »

 «  david roizen @davidroizen  19 Avr  @ac_leh : “@GSElevator: Last night, a cougar said, ‘Are U waiting for someone?’ I nodded. She said ‘2 bad, I’m rich.’ Me too bitch. Me 2.” »

 « david roizen @davidroizen  16 Mars  Après 7 mois de lutte, @canalplus & @beinsport remarchent. Si on me cherche dem1, je suis allongé sur mon canapé. #aujourdhuicministereagain »

 [12] Dans « Le jeu de l’amour et du hasard » de Marivaux, Dorante menace Arlequin :  « Tu mériterais cent coups de bâton ».

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