Dette grecque: interview de la présidente du Parlement, Zoé Konstantopoulou

 

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Les 30 et 31 mai 2015 s’est tenu le Forum Européen des Alternatives (FEA) qui rassemblaient des mouvements politiques, citoyens et syndicaux issus de la gauche européenne [1]. De nombreuses manifestations et ateliers (30 thématiques) étaient programmés dans différents lieux de Paris avec pour épicentre la Bastille, où s’est tenu le point d’orgue du week-end : le concert samedi soir « Peuples debouts » dédicacé aux migrants. Politique.com était présent pour ce premier FEA et a suivi la conférence « Audit de la dette, un enjeu européen »[2] donné par Patrick Saurin [3], Fabien Perrier [4], et une invitée de marque que nous avons pu interviewer : la présidente du Parlement grec et députée de Syriza Zoe Konstantopoulou [5].

Politique.com : Comment évolue la situation financière des citoyens grecs?

Zoe Konstantopoulou: Pour juger, il faut savoir par exemple que nous avons beaucoup de fonctionnaires qui reçoivent des pensions inférieures à 500 euros et pour 88% d’entre eux elles sont inférieures à 300 euros. Dans l’article 4 paragraphe 4 de notre constitution, chacun contribue à la hauteur de ses moyens aux finances publiques. Et le problème, durant ces 20 dernières années, est que les précédents gouvernements ont surtout taxé les classes populaires alors qu’on a eu des immunités fiscales scandaleuses pour ceux qui avaient beaucoup de moyens. Par exemple, durant la crise et la soumission de la Grèce à la Troïka, il y a eu seulement deux catégories de professionnels pour lesquels le gouvernement a fait preuve de compréhension : les propriétaires de biens et les grands constructeurs, c’est-à-dire ceux qui avaient des contrats avec l’Etat grec ; et ce sont parfois les mêmes personnes.

Nous venons de réactiver des dispositions obligeant les propriétaires de médias à payer leurs impôts. Il y a des reformes vitales en cours et il y a aussi un nouveau ministère pour la corruption qui va proposer des nouvelles mesures sur le plan de la criminalité économique car il existe une vrai criminalité derrière certaines dispositions fiscales. Si on prend la dernière période parlementaire, nous avons eu des dizaines de dispositions prises dans la nuit quand le parlement était vide pour attribuer l’immunité fiscale et pénaleàdes personnes qui devraient être normalement soumis à des injonctions.

La philosophie qui sous-tend nos initiatives consiste à rétablir l’esprit de la Constitution. En d’autres termes, stopper le tsunami de taxes qu’ont subi ces dernières années les Grecs des couches les plus populaires et imposer plus fortement les catégories sociales les plus riches et les plus puissantes. Et il y a là pour l’Etat un moyen d’avoir des revenus supplémentaires.

Je pense que, malgré le fait qu’un grand changement ait eu lieu en Grèce, il est toujours important d’informer les responsables gouvernementaux et parlementaires, de mettre en avant la question des responsabilités. Il y a effectivement une responsabilité collective concernant la violation grave des traités européens actuellement. Tout ce qui se passe en Grèce est une violation flagrante des traités. En ce qui concerne le parlement hellénique, personne n’a l’alibi de l’ignorance. Il faut des initiatives et une pression de la part de la société sur les gouvernements et les parlementaires car ce sont ces personnes qui sont les plus proches des citoyens et de la société. Ce sont eux qui sont responsables de la protection du processus démocratique.

Les extorsions initiées pour que la dette soit remboursée ont été réalisées avec des méthodes contournant la démocratie et le pouvoir du Parlement. C’est la responsabilité des membres du Parlement de dire non à ces méthodes anti-démocratiques et totalitaires. J’ai déjà eu l’occasion occasion de parler de la responsabilité des parlements concernant leur appui au comité d’audit de la dette et la protection de la procédure démocratique engagée pour le mener à bien.

Politique.com : Actuellement le niveau des retraits nets par les particuliers et les entreprises auprès des banques grecques est croissant. En décembre 2014 ont été retirés 3 milliards d’euros et, en janvier 2015, 11 milliards[6] . Ces retraits concernent aussi bien les entreprises que les particuliers. Certains n’hésitent plus à retirer de leur compte la pension mensuelle qui leur ait versé au titre de la retraite pour la garder chez eux. Que pensez-vous de cette évolution des retraits? Les grecs ont-ils toujours confiance en Syriza pour solutionner la crise actuelle ?

Zoe Konstantopoulou: Tout d’abord, il est important de dire que nous ne partageons pas ce constat et que le peuple grec démontre toujours aujourd’hui sa très grande confiance non seulement au Gouvernement mais aussi au Parlement [7] et c’est cette confiance, qui constitue le plus grand pouvoir.

 

Edouard d’Espalungue

 

Notes :

[1] Les mouvements de gauche suivants ont participé aux premier Forum européen des alternatives :PCF, Syriza, FDG, EELV, MJS, Altersummit, Attac Europe, Bloccupy, UGFF-CGT, Solidaires-finances publiques, EPSU : Syndicat européen des services publics, Fondation Copernic, FSU, France-Grèce solidarité santé, 22M, Espace Marx, Transform, Sinn Fein, ICV, Verts européens, MJCF, JOC, UNEF, MJS, Jeunes écolos, Jeunes GU, Jeunes d’Ensemble, DIDF jeunes, UNL, GiovaniComunisti, UGICT-CGT, PTB, PGE, FMTS, Fondation Gabriel Péri, Association pour l’autogestion, Collectif des associations citoyennes, Rencontres sociales, PCF, Global social justice, RLS, S4A , NPI, Coalition climat 21, Fondation Rosa Luxembourg, ANFASS, Parti Vert, Grèce, Fondation pour l’écologie politique, Die Linke, GUE-NGL, Izquierdaunida, Forum civique européen, Amnesty International (Europe), PRC (Italie), ARCI Italie (PGE Bulgarie), Anticor, Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne, Association Filières Paysannes, MODEF, Coordination agriculture PGE, Quadrature du net, l’UNESCO, FIOM, Institut du travail grec, Association pour l’autogestion, Fondation Gabriel Péri, Global social justice, RLS, S4A, collectif « Zéro Macho », Mairie de Paris, l’Humanité, Collectif Stop Tafta, « Stop TTIP », Institut Nikos Poulantzas, Il Manifesto, syndicat ERT, journal Politis, Acrimed, Collectif pour un audit de la dette, Initiative citoyenne sur la dette, Les économistes atterrés, Commission vérité sur la dette grecque, CADTM, Verts européens (Hongrie), L’alliance rouge-verte du Danemark, Président du Parti communiste autrichien, L’Alliance de gauche (Finlande), RGA, Danemark, AKEL, La Voix démocratique, Avec les Amis de la Terre Jeunes, Warn, Alternatiba, MJCF, PG secteur facs, GU jeunes, Ensemble jeunes, Nouvelle Donne Campus, Jeunes Ecologistes, Institut Nikos Poulantzas, FEC, R&S, Global Social Justice, Fondation RL, NPI, Front de gauche antiraciste

[2] La conférence se tenait à l’Ageca(Grande salle), 177 rue de Charonne, 75011, Paris

[3] Patrick Saurin est porte-parole de Sud BPCE, membre du CADTM (Comité pour l’annulation de la dette du Tiers-Monde) et du CAC (Collectif pour un audit citoyen de la dette publique)

[4] Fabien Perrier écrit pour différents supports: Le Parisien Magazine, Jeune Afrique, Regards.fr et collabore régulièrement avec le quotidien grec Efimerida ton Syntakton–Efsyn

[5] Zoe Konstantopoulou parle couramment francais et est diplomée en droit des universités d’Athènes, de Paris X-Nanterre, de Paris I Panthéon-Sorbonne et Columbia (NY). Elle a été élue députée au Parlement hellénique pour la première fois le 6 mai 2012 sous les couleurs de Syriza , puis réélue 17 juin 2012 et le 25 janvier 2015. Le 6 février 2015, elle est devenue présidente du Parlement avec 78% des voix (235/300)

[6] « Retraits massifs aux guichets des banques grecques », by VeroniqueChocron in Les Echos, 30/01/2015

[7] Syriza y détient depuis le 25 janvier 2015 une majorité relative avec 149 députés élus sur 300)

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  1. croko 11 juin 2015 at 15 h 44 min #

    « Tout d’abord, il est important de dire que nous ne partageons pas ce constat »

    Il faudrait lui dire que les constats sont des faits (et non des opinions) auxquels il faut apporter une solution, ou du moins une explication, plutôt que de faire semblant de ne pas voir la réalité.

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