Fillon-Copé : deux hommes, deux styles, deux religions

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Les jeux ne sont pas encore faits. Ils continuent à se battre sur les plateaux de télévisions et de radios afin de convaincre chaque adhérent UMP [1] de voter pour eux. La place de Premier secrétaire de l’UMP est à prendre et Jean-François Copé, qui occupe encore ce poste, doit se demander si un échec à l’accession du titre de numéro un de la droite pourrait définitivement lui barrer la route qui mène à la Présidence de la République en 2017. En effet, donné largement battu dans les sondages auprès des adhérents UMP, qui vont bientôt voter pour l’un des deux, le soldat Copé sait que chaque minute compte.

Ce qui les opposent…

Ce qui caractérise l’ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy [2], c’est d’abord son style, calme, posé, discret. Une telle attitude lui a valu d’être critiqué dans son propre camp lors du quinquennat de N. Sarkozy : manque d’implication, manque de visibilité et de soutien lorsque l’ex-Président devait s’expliquer avec les médias sur les affaires Woerth, Bettencourt, Karachi, et d’autres… Même Nicolas Sarkozy, dont les deux candidats se réclament avec passion, l’avait traité de simple « collaborateur ». Pourtant, il faut bien le comprendre, c’est un « faux-tiède ». Lors du récent débat télévisé sur France 2 qui les a opposés, il rappelle « je ne suis pas centriste » et qu’il a été un des premiers à défendre la loi sur l’interdiction du port du voile à l’école.

Ce style, jamais dans la provocation ou de déclarations à l’emporte-pièce mais toujours dans l’action en coulisses, donne l’image d’un homme sage et mesuré, loin de l’image du faible qu’on a voulu, un temps, lui affubler. A l’inverse, François Copé et son style « pain au chocolat » laisse présager pour beaucoup du pire. Sa récente déclaration sur le vol d’un petit pain à la sortie d’une école par des individus d’origine maghrébine, si elle reste « vraie sur le fond », ne donne pas vraiment l’image d’un futur chef d’Etat. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : occuper le poste de Premier secrétaire de l’UMP et s’en servir de tremplin pour les élections présidentielles de 2017.

Surtout, les différentes personnalités politiques qui accompagnent nos deux candidats tout au long de cette campagne sont révélatrices de leur différences de style. Dans le clan Copé on retrouve une de nos deux madones nationales, la sémillante Rachida Dati, [3] mais aussi Lionnel Luca [4] ou encore Brice Hortefeux[5] et même Jean Sarkozy[6]. Cet entourage hétéroclite démontre que la droite décomplexée que M.Copé est censé incarner tient plus de la « droite Zavatta » [7]. En somme, on se rend bien compte que la droite Copé, c’est du sarkozysme, l’expérience en moins. Fillon, lui, compte dans ses rangs Valérie Pécresse, Roselyne Bachelot, Xavier Bertrand, François Baroin, tous ex-ministres, et un homme qui fait office de référence lorsqu’on traite des questions de sécurité, M. Eric Ciotti, rapporteur de la loi sur « les violences faites en bande » [8].

A ce jeu, l’expérience est un argument de poids. Et encore une fois, François Fillon se démarque nettement. Il a été durant cinq ans au cœur du pouvoir et était responsable de tous les ministres. Solidement ancré dans son fief de la Sarthe qu’il n’a quitté que récemment pour venir s’inviter à Paris, il a un solide CV à proposer aux adhérents UMP, qui ont d’ailleurs déjà validé, dans les sondages, sa candidature [9]. Fillon est un homme d’Etat. En face, Copé n’a qu’une charge de député et son expérience du pouvoir, au sein de l’éxécutif, est nulle. Jamais ministre ! Ceux qui en faisait le reproche à François Hollande devraient être convaincus, au vu de l’état de notre économie, de l’erreur d’élire un homme qui n’a pas d’expérience au sommet de l’Etat.

Enfin, une différence non négligeable, qui pourrait amener certains adhérents de l’UMP encore indécis à choisir leur camp : François Fillon est catholique, Jean-François Copé est juif. Peu de médias rapportent cette différence pourtant fondamentale. Nier qu’il existe un vote catholique ou qu’il existe un vote juif est un non-sens. Si en France, on s’interdit souvent d’analyser l’électorat en termes de religions ou d’origine, les Etas-Unis ne nous ont pas attendus : le vote « noir », « hispanique » ou encore celui des « chrétiens-évangéliques » et des « juifs » existe. En France, toutes proportions gardées, le vote religieux existe également. Et il est évident que ceux qui, par curiosité ou par leur entourage, savent que Fillon est catholique tandis que Copé est juif prendront en compte ce facteur. Rendez vous le le 18 novembre pour connaître le vainqueur et, peut etre, le futur président de la République.

Edouard D’Espalungue

Notes-

[1] UMP- Union pour un mouvement populaire, créée en 2002.

[2] Président de la France (2007-2012)

[3] La deuxième étant Ségolène Royal.

[4] Habitué des déclarations provocatrices, Lionnel Luca déclarait par exemple le samedi 21 janvier 2012 à Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritime) : « Aux chips et cidre traditionnels du buffet, j’ai rajouté du saucisson et du pinard, pour faire plaisir aux médias. Les bien-pensants d’aujourd’hui, c’est plutôt pétard et kebab ».

[5] En septembre 2009, Brice Hortefeux déclarait à propos des « Arabes » : « Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. Allez, bon courage… » »

[6] L’affaire de l’Epad a remis en cause la crédibilité de Jean Sarkozy sur la scène politique.

[7] Du nom du très illustre cirque « Achille Zavatta »

[8] Eric Ciotti fut le rapporteur de la loi sur les violences en bande adoptée en juin 2009, puis en 2010 de la loi condamnant l’absentéisme scolaire.

[9] Selon les sondages 48 % des sympathisants UMP voteraient pour M.Fillon et seulement 27 % pour M.Copé.

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