Premier secrétaire du PS : une élection jouée d’avance !

Demain, le nom du futur Premier secrétaire du PS sera dévoilé. Malgré la tenue du congrès de Toulouse le 26 octobre prochain où le Premier secrétaire sera officiellement élu, le nom du prochain chef du parti ne fait plus guère de doute. Explications.

Dans la tourmente sociale qui agite la majorité présidentielle en ce mois de septembre, on en viendrait presque à oublier que Martine Aubry, pilier central de la reconstruction du PS et artisan majeur de la victoire de François Hollande à la Présidentielle, a quitté son poste de Premier secrétaire. Celui-ci est désormais vacant et laisse place à un nouveau successeur. Ainsi, une élection devrait logiquement avoir lieu afin de mettre en concurrence plusieurs personnalités du PS mais la réalité est toute autre.

Changement des statuts au PS

Après le congrès de Reims de 2008, où, après la défaite de Ségolène Royal à la Présidentielle de 2007, le parti se retrouvait sans leader, plusieurs personnalités au sein du PS voulaient « récupérer » l’appareil exécutif du parti. C’est alors que plusieurs motions (listes de représentants du PS soutenant leur candidat au poste de Premier secrétaire), au nombre de six à l’époque, s’accumulèrent et donnèrent lieu à une véritable guerre des chefs entre Martine Aubry, Ségolène Royal et Benoit Hamon, dont les motions arrivèrent en tête (une fois les motions entérinées, leurs candidats peuvent se présenter à l’élection de Premier secrétaire).

Ces trois candidats au poste, aux sensibilités sociales et aux personnalités différentes, ont conduit à une véritable cacophonie au PS, qui se devait de réunir les forces en présence rapidement afin d’être mobilisé autour d’un programme commun pour les prochaines échéances électorales et nationales et la conduite de l’opposition. Aubry, Hamon et Royal se sont donc « logiquement » présentés au poste de Premier secrétaire du PS, or à l’époque, les motions étaient multiples, mais depuis 2010, une réforme des statuts du parti a été opérée pour que le nombre de motions soit limité à deux seulement.

La volonté politique était donc d’éviter toute effusion de nouvelles querelles intestines qui plomberaient l’unité du parti mais le déstabiliseraient également durant les prochaines campagnes électorales. C’est pourquoi le PS a voulu prendre les devants deux ans avant l’élection présidentielle de 2012 afin de consolider l’unité de l’organe exécutif du parti en cas de victoire à la Présidentielle.

Une élection souterraine

C’est là que la deuxième partie de la réforme des statuts entre en jeu. En effet, les militants sont désormais exclus du vote des motions. Les militants, qui constituent la base politique de proximité, ne peuvent désormais plus afficher leurs préférences pour un candidat proche de leurs idées. Cette mesure antidémocratique laisse place aux effets pervers d’une élection limitée aux seuls élus du PS dont le premier reste les arrangements en coulisses.

En effet, avec l’exclusion des militants, on assiste désormais à la totale influence du gouvernement Ayrault sur l’ensemble des élus socialistes grâce à la toute-puissance politique conjuguée de Matignon et de l’Élysée. Cette influence s’exerce à travers la « motion du rassemblement » conduite par Aubry et Ayrault afin de soutenir la majorité présidentielle. Le Premier ministre et la désormais ex-Première secrétaire du PS ont désormais toute lattitude pour inciter (ou plutôt forcer) tous les élus PS à voter pour le candidat du « rassemblement » qu’ils auront désigner eux-mêmes.

Cependant, comme le stipulent les nouveaux statuts du PS, le nombre de motions est limité à deux pour l’élection. Or, Martine Aubry a conjointement décidé avec Jean-Marc Ayrault que l’ensemble des élus devraient se ranger derrière une motion unique afin que le nouveau Premier secrétaire soit élu (ou dans la stratégie présente, plutôt nommé) sans encombre.

Ainsi, les dissidents, qui veulent présenter une motion concurrente comme l’aile gauche du PS, sont forcés de se retirer au profit de la motion gouvernementale. L’aile gauche n’a pas le choix car l’élection de François Hollande a finalisé une dynamique de succès électoraux dans tous les organes politiques et inspire une telle autorité politique par l’intermédiaire de la fonction suprême, qu’ils ne peuvent partir en opposition avec la ligne présidentielle.

De plus, l’aile gauche du PS ne pourrait compter que sur un nombre famélique de soutien car la très grande majorité des élus va se ranger derrière la motion Aubry-Ayrault galvanisée par le soutien élyséen. Par conséquent, l’aile gauche serait assurée d’avoir perdu et ne pourrait pas espérer placer certains de leurs représentants dans la nouvelle direction du parti. Or, malgré l’élection de François Hollande, l’aile gauche souhaite peser dans le débat idéologique du parti, c’est pourquoi elle ne peut se permettre d’être mise à l’écart.

Benoît Hamon a parfaitement admis cela et il a donc décidé que l’aile gauche du PS se rallierait à la motion Aubry-Ayrault, comme l’a confirmé le porte-parole du PS, David Assouline. À défaut de pouvoir peser électoralement dans la base militante du PS ou d’avoir les commandes du PS, l’aile gauche du PS espère faire valoir ses idées en composant avec les « gouvernementaux » au sein de la direction du PS.

Harlem Désir et Jean-Christophe Cambadélis : les futurs marionnettes de la majorité présidentielle

Maintenant que la motion de l’aile gauche du PS n’est plus d’actualité, le champ est libre pour la motion gouvernementale qui peut désigner à la tête du parti n’importe quelle personnalité socialiste pour diriger le parti. Martine Aubry, en tant que dernière Première secrétaire, peut donc décider qui prendra sa succession à la tête du PS. Elle a choisi un de ces proches, Harlem Désir, qui l’a remplacée à la tête du PS pendant la campagne présidentielle, afin de conserver un aubryiste dans les plus hautes arcanes du PS.

Harlem Désir présente l’avantage de ne pas partir en opposition déclarée sur le terrain des idées et de toujours s’aligner sur les directives du PS. Durant le quinquennat, il ne possédera pas un rôle de constructeur ou de locomotive du PS mais simplement de porte-parole de la majorité présidentielle afin d’éviter toute dissidence au sein même du PS et de maintenir le statu quo de l’autorité gouvernementale. Jean-Christophe Cambadélis reste lui en balance pour le poste mais il n’est pas aussi populaire auprès des militants que Désir et reste un strauss-kahnien.

Cambadélis restera de toute façon cantonné au même rôle que Désir, vampirisé par l’Élysée et Matignon. Cependant, Harlem Désir a annoncé dans l’après-midi être favorable au vote des militants. Faut-il y voir une pointe d’inquiétude pour son élection ? Il a en tout cas le soutien de Martine Aubry et d’un grand nombre de membres du gouvernement. Son élection (ou plutôt nomination) semble parfaitement engagée. Martine Aubry clôturera le suspense en annonçant le nom de son successeur demain.

Nordine Khouane

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Étudiant en Master Science Politique à Lille 2. Je suis partisan d'une actualité réflexive où les faits donnent place à des pistes d'analyse variées et sans langue de bois.

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