Rétrospective : l’élection présidentielle de 1965

Contexte de l’élection

Spécificités de la campagne : rôle primordial de la télévision dans la campagne, les sondages font leur apparition dans les journaux, débuts timides du marketing politique (ex: Jean Lecanuet, qui se présente comme le « troisième homme »). Cette campagne de communication organisée autour de Jean Lecanuet obligea le Général de Gaulle à mener une campagne audiovisuelle au deuxième tour car il était mis en ballottage avec un candidat peu connu au départ et qui a vu sa cote de popularité « s’envoler ».

  • Répliques cultes « Il y a incompatibilité d’humeur entre De Gaulle et la démocratie » (François Mitterrand) ; « Moi ou le chaos » (De Gaulle en annonçant sa candidature).
  • Avec un mode de scrutin réformé trois ans plus tôt, il s’agit de la première élection du Président de la République au suffrage universel direct depuis le 10 décembre 1848, qui avait vu l’emporter Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III et neveu de Napoléon 1er.
  • Le général de Gaulle achève son premier mandat présidentiel sept ans après avoir été porté au pouvoir par un mécanisme de suffrage universel indirect, à savoir un collège de grands électeurs (21 décembre 1958).
  • Dès 1963, un faux-espoir masculin est annoncé, « Monsieur X », dans les colonnes de L’Express, dirigé par Jean-Jacques Servan-Schreiber. Le portrait-robot du candidat correspond à Gaston Defferre, député-maire socialiste de Marseille. A l’été 1965, faute d’une coalition à gauche, Defferre se retire de la course. Un homme seul, hors des partis classiques, émerge: François Mitterrand.
  • Les gaullistes de l’UNR-UDT (parti existant sous ce nom de 1962 à 1967). contrôlent l’Assemblée nationale, détenant la majorité absolue avec leurs alliés du parti des Républicains indépendants. Georges Pompidou est Premier ministre depuis avril 1962.
  • Présentation des six candidats du premier tour

- Ch. de Gaulle lequel retarde l’annonce de sa candidature jusqu’au 4 novembre,
– F. Mitterrand se déclare candidat le 4 septembre, et devient le candidat unique de la gauche en recevant l’appui de la SFIO, du PCF, et du Parti radical,
– J. Lecanuet, surnommé le « Kennedy français », représente le courant démocrate-chrétien dont se réclame le Mouvement Républicain Populaire (MRP),
– J-L. Tixier-Vignancour, avocat, ancien fervent partisan de l’Algérie française,
– M. Barbu, sans étiquette, président d’une association de « petits » propriétaires,
– P. Marcilhacy, sénateur (Charente), détracteur de la fonction présidentielle (?!).

  • Sous l’angle des médias

C’est de ces élections que date la première utilisation systématique des sondages. Ils furent utiles à l’équipe de conseillers du Général de Gaulle, qui au vu des résultats d’opinion, décidèrent de changer de stratégie de communication en convainquant de Gaulle d’occuper son temps d’antenne, ce qu’il n’avait pas jugé nécessaire au premier tour.

Jean Lecanuet a ainsi innové : on insiste beaucoup sur l’image du candidat, son sourire, sa jeunesse, son dynamisme. Ce travail vise à le faire apparaître comme un Kennedy français. Ce qui est neuf, c’est l’attention portée à façonner une image. Il est vrai que face aux affiches de ses concurrents, Jean Lecanuet fait la différence.

1965 est la première campagne électorale en France utilisant le tout jeune vecteur d’influence qu’est la télévision, ce qui favorise le développement des candidatures d’opposition et instaure un certain principe d’égalité entre les forces en présence.

On assiste également à l’apparition des sondages d’opinion, lesquels indiquent une réélection plus difficile que prévue pour le général de Gaulle.

Celui-ci se distingue au premier tour en n’utilisant pas tout le temps d’antenne qui lui est imparti. Marcel Barbu offre lui son temps de parole aux autres candidats tandis que Jean Lecanuet s’inspire pour sa campagne des méthodes modernes utilisées aux Etats-Unis par J.F. Kennedy en 1960 et s’auto-proclame « le troisième homme ». C’est le véritable acte de naissance du marketing politique en France, le publicitaire Michel Bongrand conseillant un homme politique alors peu connu, Jean Lecanuet, sur l’ensemble de sa campagne, à la façon des Américains. C’est la première fois en France, que les citoyens découvrent sur les affiches de campagne un homme politique souriant largement.

Certes, Jean Lecanuet ne parvint pas à ses fins, puisque le Général de Gaulle fut réélu à la Présidence de la République, mais la mise en ballottage du Président sortant fut incontestablement due aux voix obtenues par le candidat centriste, et en partie mise au crédit de sa dynamique campagne de communication.

Les résultats & commentaires

1er tour.
05/12/1965
Suffrages

% des inscrits

% des exprimés

Inscrits 28 913 422

100,0

-

Votants 24 502 957

84,7

-

Suffrages exprimés 24 254 554

83,9

100,0

Ch. de Gaulle 10 828 523

37,6

44,6

F. Mitterrand 7 694 003

26,7

31,7

J. Lecanuet 3 777 119

13,0

15,6

J.-L. Tixier-Vignancour 1 260 208

4,3

5,2

P. Marcilhacy 415 018

1,4

1,7

M. Barbu 279 683

0,9

1,1

 

2ème tour.
19/12/1965
Suffrages

% des inscrits

% des exprimés

Inscrits 28 902 704

100,0

-

Votants 24 371 647

84,3

-

Suffrages exprimés 23 704 434

82,0

100,0

Ch. de Gaulle 13 083 699

45,3

55,2

F. Mitterrand 10 619 735

36,7

44,8

On note une forte participation au scrutin : 84,7% des inscrits au premier tour ; 84,3% au second.
Le ballottage annoncé par les instituts de sondage constitue néanmoins une surprise, et provoque la réaction « active » à la télévision du Général de Gaulle, lequel est réélu brillamment au second tour avec 55,2% des suffrages exprimés.

Jeremy Hureaux

En savoir plus

Carte .gif (source ministère de l’Intérieur) : carte des résultats par département de l’élection présidentielle 1965

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Passionné de la vie publique et ses méandres, coordinateur du site Politique.com Twitter : @politique

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