Élections israéliennes: victoire in extremis de Benyamin Netanyahu

Avec 66,6% de participation, les élections législatives anticipées qui se sont déroulées le 22 janvier 2013 enregistrent un taux de participation relativement faible, comparé à la moyenne des précédents scrutins qui se situe entre 77 et 87%. Cela signifie-t-il que les israéliens rejettent la solution politique pour résoudre leurs problèmes économiques et sécuritaires ? Non, comme en témoigne le vif intérêt qu’a suscité cette élection sur les réseaux sociaux en Israël. Au terme d’une campagne-éclair qui n’aura duré que 14 jours [1], la coalition de droite sortante, dirigée par le premier ministre Benyamin Netanyahu [2], aura arraché une nouvelle majorité en disposant de tout juste 61 députés sur les 120 que comptent la Knesset [3] [4].

Une nouvelle majorité de droite ?

Benyamin Netanyahu l’avait dit : c’est à cause des dissensions sur l’élaboration du budget 2013 avec ses alliés politiques, qu’il annonçait en octobre 2012, que des élections législatives anticipées seraient organisées. En effet, le coût des colonies et de la politique sécuritaire de son gouvernement devait être révisée, compte tenu de la conjoncture économique actuelle.

Deux options sont possibles aujourd’hui : soit reconduire au pouvoir la coalition de droite-religieuse, en s’alliant avec Habait Hayedudi [5], le Shass et Yaadout Hatorah [6], soit s’allier avec un parti du centre : le Yesh Atid et son leader Yair Lapid, ce qui permettrait à « Bibi » de s’affranchir de la tutelle des religieux. En choissant la deuxième option, il n’aurait ainsi pas à traiter avec des partis religieux extrémistes comme le Habait Hayedudi de Naftali Bennett et le Shass de Arieh Deri. Cependant la logique guerrière que mène « Bibi » depuis quelques années rendrait logique le choix d’une reconduction de la précédente coalition.

Mais la victoire du tandem Likoud/Israel Beytenou de Benyamin Netanyahu et Avidgor Liebermann, qui ont fait alliance afin d’obtenir un maximum de sièges à la Knesset, ne doit pas cacher la désaffection relative des électeurs vis-à-vis de leur formation politique. En effet le Likoud et Israël Beytenou comptaient 42 députés : ils n’en comptabilisent que 31 à l’issue de ces élections [7]. C’est encore moins que ce que les sondages leur créditaient [8].

Comment expliquer un tel résultat ?

La réponse est en partie donnée par Yair Shamir, numéro 4 sur la liste d’Israel Beytenou, qui affirmait que « Netanyahu ne fait que zigzaguer parce qu’il veut faire plaisir à ses électeurs »[9] . Force est de constater que l’actuel premier ministre n’a pas réussi à féderer sa base, les colons israéliens. De même, les déclarations contradictoires de son parti ont conduit beaucoup de ses électeurs à se reporter sur la droite dure incarnée par Naftali Bennett. Tandis que Netanyahu et Avidgor Liebermann se prononçaient pour « une solution à deux Etats »[10][11], l’ex-ministre Yuli Edelstein et le député Zeev Elkin -candidats inscrits sur leurs listes électorales- appelaient à l’annexion de la zone C de la Bande Occidentale : la Judée-Samarie (actuellement sous contrôle militaire israélien). Ainsi, une partie des électeurs de droite et d’extrème-droite leur ont préféré l’intransigeant M. Bennett.

Edouard d’Espalungue

 

Notes-

[1] La campagne électorale pour les élections législatives anticipées a été lancé officiellement le 8/01/2013 (AFP)

[2] La coalition regroupait le Likoud (droite) de Benyamin Netanyahu qui détenait 27 sièges à la Knesset , Israël Beytenou -Israël notre maison- d’Avidgor Liebermann (extrème-droite) qui détenait 11 sièges, Kadima (droite) de Shaul Mofaz qui détenait 28 sièges, HaAtzmout (centre), et les partis religieux : Shass , United Torah Judaism, Habayit Hayehudi-New National Religious Party.

[3] Les résultats des élections législatives israéliennes du 22 janvier 2013 sont les suivants :
-Alliance Likoud/Israël Beytenou (extrème-droite)- 31 sièges
-Yesh Atid (centre)- 19 sièges
-Parti Travailliste (gauche)- 17 sièges
-Habait Hayehudi (extrème-droite)- 12 sièges
-Shass (religieux)- 12 sièges
-Hatnua (gauche)- 7 sièges
-Meretz (gauche)- 7 sièges
-Yaadout Hatorah (religieux)- 6 sièges
-Hadash (extrème-gauche)- 4 sièges
-Raam taal (arabe)- 2 sièges
-Balad (arabe)- 2 sièges
-Kadima (droite)- 2 sièges

[4] La Knesset est le nom du Parlement israélien.

[5] Le foyer juif

[6] Judaïsme unifié de la Torah

[7] C’est le Likoud qui est le principal concerné avec la perte de 6 sièges (il passe de 27 sièges à 21) tandis que Israël Beytenou n’en perd qu’un (il passe de 11 à 10).

[8] La liste commune Likoud/Israel Beytenou était crédité de 34 sièges au par l’institut Dialog. Quoted in HAARETZ, 2/01/2013

[9] « Netanyahu is a ‘Zigazagger’ says Shamir » by Elad BENARI in Israel National News, 4/01/2013

[10] “Amid uproar, Netanyahu reportedly reaffirms commtment to two-state solution” by Ilan Ben ZION, in Times of Israel, 31/12/2012

[11] “Liebermann: I support a Palestinian State” by Maayana MISKIN, in Israel National News , 6/01/2012

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