L’Italie dans la tourmente

C’était un scrutin attendu, tant par l’Europe que par les marchés. Les italiens étaient aux urnes les dimanche 24 et lundi 25 février pour les élections générales, c’est-à-dire pour élire la Chambre des députés et le Sénat. Alors que la gauche était donnée vainqueur sans concession par les sondages, aucune réelle majorité n’est ressorti et le pays devient ingouvernable. Retour sur des élections aux enjeux plus larges que les seuls enjeux nationaux.

Cela faisait quinze mois que Mario Monti réformait l’Italie. Augmentation des taxes, réformes des retraites, austérité non mesurée, il n’a pas hésité à transformer l’Italie de fond en comble. Mais la population n’a pas accepté ces changements, quelques peu contraires à leur culture, qui ont provoqué paupérisation et précarisation.

La troisième économie européenne a subi de plein fouet la crise économique. On a ainsi recensé 104.000 fermetures de PME en 2012, le nombre d’inscriptions à l’université a diminué de 50.000 en un an, les émigrés cherchant un meilleur avenir dans la péninsule retournent dans leur pays d’origine ou partent ailleurs en Europe. Pire encore, la dette publique de 2000 milliards d’euros, soit 127,3% du PIB italien, est devenu un poids insoutenable qui laisse le pays en proie aux marchés. Tant de symboles d’une situation économique difficile.

Des résultats inattendus, une faute partagée

C’est dans ce contexte que les élections générales se sont déroulées. Au final, une légère majorité de gauche s’est dégagée à la Chambre des députés, avec 55% des sièges. La coalition de Pier Luigi Bersani est malgré tout dans une situation difficile puisqu’aucune majorité n’est ressortie au Sénat. Il faut en effet 158 sièges pour obtenir la majorité absolue. Elle n’en dispose que de 113. Une situation que le leader de gauche comprend : « Il est évident pour tout le monde que le pays affronte une situation très délicate ».

Face à la gauche, le « Peuple de la Liberté » de Silvio Berlusconi a obtenu 116 sièges au Sénat, 124 à la Chambre des députés. Le « Cavaliere » avait disparu du paysage politique depuis novembre 2011, parti sous les huées suite aux différentes affaires dans lesquelles il était accusé. Le voilà revenu avec des promesses mirifiques et une vigueur indescriptible pour ses 76 ans. Son cheval de bataille : la fiscalité, un sujet hyper-sensible en Italie. En promettant le remboursement de la taxe sur la résidence principale (4 milliards d’euros), la création de 4 millions d’emplois, l’amnistie fiscale pour les fraudeurs et l’augmentation des petites retraites, Silvio Berlusconi a fait preuve d’une démagogie rare mais qui plait.

L’autre surprise de ces élections est la poussée mirobolante du Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo, avec 162 élus (108 à la Chambre des députés et 54 au Sénat). Fort d’à peine 3 ans d’expérience, le parti de l’ancien comique a conquis une Italie de plus en plus suspicieuse envers ses élites. Et c’est sur ce terrain que le « Coluche italien » a choisi de fonder sa campagne écrasante. En appelant au rejet des élites politiques, médiatiques et européennes, les « grillini » ont convaincu les citoyens qu’un changement politique était nécessaire. Leur mot d’ordre « A casa ! » (« A la maison ») en dit déjà long.

Leur programme n’en est pas moins folklorique : sortir de l’euro par referendum, imposer un revenu minimum de 1000 euros, abaisser le salaire des « onorevole » (« honorable », le nom donné aux parlementaires) à 5000 euros, soit moins du tiers de ce que touche les parlementaires les mieux payés d’Europe. Tant de propositions populistes mais qui, en temps de crise, rassemblent.

Le parti de Beppe Grillo est un véritable ovni dans l’éventail politique italien. Annonçant qu’il ne s’allierait ni avec la gauche, ni avec la droite, il risque de ne rien arranger à la paralysie du système politique. D’autant que leur parti ne souhaite pas faire preuve de dogmatisme et veut donner à la politique italienne un nouveau souffle. « Si une loi est bonne, nous la voterons » a d’ailleurs annoncé Marta Grande, nouvellement élue du Mouvement 5 étoiles. Il faudra donc que les différentes majorités composent avec cet électron libre.

Il faut également souligner la campagne désastreuse de Mario Monti, qui l’a descendu au rang de 4ème puissance politique du pays, avec seulement 45 sièges à la Chambre des députés et 18 au Sénat. Sa candidature en demi-teinte, son sens politique effacé par une vanité qui lui est propre et sa complaisance à l’égard d’une Europe de plus en plus critiquée ont fait de lui l’homme à abattre. Et c’est chose faite. L’ancien consultant de Goldman Sachs, la fabrique à dirigeants, a subi un revers dont la cure d’austérité qu’il a imposé est l’origine. « Rigor Monti », comme le surnomme Beppe Grillo, est accusé de s’être couché devant la rigueur imposé par l’Allemagne. Et les italiens lui ont fait payer.

Des conséquences désastreuses

L’impossibilité de dégager une majorité claire dans les deux Chambres risque d’être à l’origine d’une paralysie politique grave pour l’Italie. La troisième économie européenne doit en effet encore réduire sa dette publique. Or les marchés, détestant l’incertitude, ont (re)commencé à se jouer de la péninsule. Premier signe visible ? La chute des bourses européennes. L’indice français perdait 3,2%, le DAX allemand plus de 2% et Milan 5%. Dans le même temps, l’euro chutait à 1,30 dollars, son niveau le plus bas en sept semaines. Les marchés ne sont pas dupes : si aucune solution n’est trouvée, l’Italie va sombrer. Et dans son sillage, c’est toute l’Europe, déjà fortement fragilisée, qui va en pâtir.

Une Europe déjà bien malmenée par les différentes formations politiques en Italie. Il faut souligner que plus de la moitié des italiens a voté pour des candidats qui dénoncent l’Union Européenne « allemande » (Berlusconi) ou tout court (Beppe Grillo). Or les institutions européennes se battent depuis des mois pour n’abandonner aucun pays, laissant aux marchés l’espoir d’une consolidation économique et politique en Europe. Mais ce vote de rejet redistribue les cartes. Combien de temps encore l’Europe restera-t-elle soudée ?

Enfin, conséquence des plus préoccupantes, la situation politique en Italie devient un véritable problème. Jusqu’à présent, Mario Monti, réformateur annoncé et sauveur miraculeux, a réussi à redresser un pays voué à la faillite. Mais sa défaite et la poussée de partis conservateurs et laxistes risquent de faire perdurer la crise économique. A l’heure actuelle, l’Italie est ingouvernable. Divisés, dilués, les votes ne permettent pas de dégager une force politique nationale qui permettrait de continuer les réformes structurelles chères à l’Europe et au « Professore ».

La péninsule italienne est donc face à une situation politique qu’aucun pays n’envie. Pour redresser la barre, une coalition devra se créer. Et c’est d’ailleurs la seule chance pour Mario Monti de continuer à faire partie du paysage politique. En s’associant avec le Parti démocrate de Pier Luigi Bersani, il pourrait apporter son œil d’expert et permettre à la gauche de s’imposer par sa légitimité. Désormais, il faut rassurer Bruxelles, l’Allemagne et les marchés. Peut-être l’unique occasion pour Mario Monti de sauver la face.

CGD

 

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Etudiant. Ne pratique pas la langue de bois, et n’aime pas qu’on la pratique. Passionné de politique, aime en étudier la face cachée. Sans concession et en toute objectivité.

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