Malaise au Medef

Les nuages s’accumulent au-dessus du Medef. Le syndicat du patronat est en proie à des conflits internes autour des prochaines élections. Laurence Parisot, l’actuelle présidente, souhaite en changer les statuts pour briguer un nouveau mandat. Mais elle fait face à une vive opposition et s’isole chaque jour un peu plus. Dans une période de crise, où l’emploi, l’attractivité et la productivité sont des sources de conflits entre les syndicats et le gouvernement, le Medef est donc dans une mauvaise passe.

Comme souvent, les transitions ici et là restent difficiles. Après les couacs à l’UMP, c’est le Mouvement des Entreprises de France (Medef) qui est victime des stratégies personnelles. Le siège de l’avenue Bosquet est devenu la source de multiples coups bas qui ne laisseront surement pas indemne le premier syndicat patronal.

Laurence Parisot a en effet exprimé sa volonté de se présenter pour les élections du 1er juillet, expliquant que sa « motivation est liée à la situation de notre pays, à son avenir, et au rôle potentiellement décisif des entrepreneurs ». Mais elle subit de nombreuses attaques.

Une vérité qui dérange

A l’origine de ces attaques, la volonté de Laurence Parisot de modifier les statuts pour une prolongation de son mandat actuel, voire même de candidater à un troisième mandat. Selon « Le Parisien », « elle souhaite que le conseil exécutif planche sur une modification de la durée de ces mandats ». En effet, actuellement, il est possible d’effectuer un mandat de 5 ans renouvelable pour un mandat de 3 ans. Modifier la durée des mandats ? Rien de bien dérangeant semble-t-il. Mais il n’est pas question que de cela !

Bien qu’officiellement l’actuelle présidente n’ait pas demandé l’autorisation d’effectuer un troisième mandat, il est certain qu’il en sera question lors de la réunion du comité statutaire, puis du conseil exécutif. Mais la grogne monte au sein du syndicat. « Une réforme des statuts ne peut s’appliquer qu’à l’avenir » tonne Frédéric Saint-Geours, le président de la puissante Union des Industries et Métiers de la Métallurgie (UIMM).

Il faudra donc que Laurence Parisot rassemble les voix. Pour cela, elle effectue sans relâche des déplacements en France, officiellement pour défendre l’accord sur l’emploi. Dans le plus grand secret, elle visite un par un les différents Medef territoriaux : Lyon le 8 février, Lille le 6 mars, PACA le 11, Toulouse le 15. Son entourage affirme que « ce sont les Medef départementaux qui comptent ». En effet, ceux-ci disposent du tiers des voix. Il faut donc les séduire à tout prix.

Mais certaines sections locales ne sont pas dupes. Elles comprennent le jeu de Laurence Parisot et ne sont pas prêtes à être manipulées pour une question de vanité personnelle. « Nous défendons à 100% son bilan, mais on ne change pas les statuts à quelques mois d’une élection » affirme ainsi Stéphane Brousse, membre du Medef PACA.

Une vive opposition s’est donc formée pour contrer l’initiative de la présidente. L’UIMM affirme ainsi que « Laurence Parisot n’aura jamais la majorité pour changer les statuts ». En effet, un tiers des voix suffit pour faire barrage lors de l’Assemblée générale et l’Union est certaine de les rassembler. Et se joint à elle la Fédération Française des Sociétés d’Assurance (FFSA), qui critique les manœuvres de la présidente : « elle en a fait beaucoup trop sans nous demander notre avis ».

Une véritable campagne anti-Parisot s’est donc installée au sein du siège. De nombreux comptes Twitter relaient informations, allégations et délations. Des vidéos parodiques critiquent ouvertement la tentative de « putsch » de l’actuelle présidente. « Plus personne n’ose prendre son téléphone pour envoyer un SMS de peur qu’on croit qu’il (elle) est en train de tweeter » affirme même Laure Pinpon. L’ambiance serait donc des plus délétères au siège prisien du Medef.

Parfois « amusée », souvent excédée, Laurence Parisot a décidé de réagir aux « attaques et propos anonymes » toujours plus nombreux. « Le tam-tam selon lequel je serais une putschiste, ou classable dans la même catégorie que M. Poutine, procède d’une intention destructrice que je ne peux pas laisser se développer plus longtemps » a-t-elle déclaré au « Monde ».

Et certains soutiens de la candidate soulèvent une question brûlante : y aurait-il des agences de communication derrière cette campagne de désinformation ? Si c’est le cas, c’est donc que certains membres, candidats non-déclarés, les financent. Qui est donc sur les rangs ?

Une bataille de favoris

Laurence Parisot est loin d’être la seule à vouloir la présidence du premier syndicat des patrons de France. On compte quatre favoris qui sont d’ores et déjà prêts à se lancer dans la bataille, mais à certaines conditions. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ?

Le premier d’entre eux est Frédéric Saint-Geours, déjà précité. Le directeur des marques de PSA bénéficie du soutien très important de l’UIMM, dont il est président, et qui constitue une force majeure au sein du Medef. En revanche, sa vision du syndicat est bien différente de celle de Laurence Parisot. Persuadé que le Medef n’est pas une entreprise mais un organe de représentation, la présidence ne doit donc pas surreprésentée. Il faut avant tout avoir la capacité de rassembler les PME comme les grandes entreprises, les services comme l’industrie. Mais à 62 ans, il sera le premier à bénéficier de l’initiative de l’actuelle présidente, qui souhaite relever l’âge maximum pour candidater. Pas sûr que cela plaise aux détracteurs.

Il y a ensuite Patrick Bernasconi, doté de nombreux atouts qui plaisent au sein du syndicat. Patron d’une PME familiale et président de la Fédération Nationale des Travaux Publics (FNTP), il est l’homme des consensus. Il a d’ailleurs participé à la négociation sur l’emploi qui a abouti à un accord national très attendu. Proche de Laurence Parisot, il a déjà indiqué qu’il ne se présenterait pas si cette dernière était candidate. Mais il bénéficie d’une cote de sympathie : ouvert et direct, il est d’une fédération importante mais pas de l’UIMM. Reste à savoir si les ambitions de la présidente ne l’empêcheront pas d’exercer sa vision du syndicat.

Pierre Gattaz est également en lice pour le poste. Dans le milieu industriel et syndical grâce à son père, Yvon Gattaz, ancien président du CNPF, l’ancêtre du Medef, il est président du Groupe des Fédérations Industrielles (GFI). Fort d’une capacité d’analyse politique, c’est un homme de terrain déterminé à représenter les PME et les ETI (Entreprise de Taille Intermédiaire). Son problème : l’UIMM n’est pas encore prêt à le suivre.

L’outsider enfin, Geoffroy Roux de Bézieux, le plus jeune des prétendants. Patron de Virgin Mobile France, ancien des commandos de marine, il n’est pas encore déclaré mais est depuis longtemps un opposant à Laurence Parisot. Apprécié de l’UIMM et des Medef territoriaux, son poste à la Fédération des télécoms le situe entre l’industrie et les services, une place de choix qui lui permet de multiplier les soutiens. Reste à savoir s’il se présentera.

Laurence Parisot peut donc se faire du souci face à ces quatre hommes déterminés à la remplacer. Alors que sa stratégie vise à « décrédibiliser ses adversaires déjà déclarés et d’empêcher de nouveaux d’émerger » selon les mots mêmes de Laure Pinpon, il n’est pas encore sûr qu’elle soit capable de mener de front une bataille pour le changement des statuts et pour la présidence du syndicat. Le Medef est donc en proie au malaise, alors que le gouvernement cherche à combiner productivité, sécurité de l’emploi et paix sociale. La situation se dénouera-t-elle ? En tout cas son isolement est un signe.

CGD

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Etudiant. Ne pratique pas la langue de bois, et n’aime pas qu’on la pratique. Passionné de politique, aime en étudier la face cachée. Sans concession et en toute objectivité.

Une réponse à “Malaise au Medef” Subscribe

  1. Carrow 25 avril 2013 at 18 h 35 min #

    Place aux autres maintenant! Elle a fait ce qu’elle a pu mais faut savoir aussi laisser sa place dignement sans passer par un travail de lobby déjà mis à jour. Dommage de ternir ainsi son image après un tel bilan.

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