Espionnage des salariés : une pratique en constante augmentation

Les systèmes de surveillance illicite au sein de certaines entreprises françaises ne cessent de se multiplier. Caméras, mouchards, les salariés ne sont pas épargnés. Leurs employeurs, aspirant à l’omniscience, à l’image de « Big Brother », s’immiscent dans leur vie, faisant sauter les limites de la décence. 

C’est connu, les employeurs ont toujours voulu savoir qui travaillait pour eux. Les salariés sont-ils assez sérieux ? Leur travail est-il rentable en termes de productivité ? Certains employeurs, avides de tout savoir et agissant pour la protection de leurs intérêts, ne respectent pas ce qui est juridiquement autorisé. Parce que non, la surveillance des salariés n’est pas interdite ! La jurisprudence stipule clairement : « L’employeur a le droit de contrôler et de surveiller l’activité de ses salariés pendant le temps de travail ». Mais quelques-uns ne résistent pas à la tentation d’aller trop loin…

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) reçoit de plus en plus de plaintes de salariés. Facilitée par les nouvelles technologies, leur surveillance devient triviale, simple : les boîtiers de géolocalisation dans leur voiture de fonction, la traque via des logiciels tels que « Keylogger » remplacent les pointeurs. Les entreprises concernées usent de stratagèmes divers, passant outre le respect du contrat de travail.

L’exemple d’IKEA

Les responsables du géant d’ameublement suédois sont ainsi soupçonnés d’avoir surveillé illicitement certains de leurs salariés et clients. Les magasins IKEA d’Ile de France, de Brest, de Reims et du Vaucluse ont été perquisitionnés entre juillet 2010 et juin 2011. Mais le feuilleton n’a toujours pas pris fin. Le magasin de Franconville (Val d’Oise) a lui aussi été perquisitionné le 8 octobre dernier. C’est à ce moment que les soupçons ont été fondés. Un système de surveillance illicite a été mis à nu et quatre fonctionnaires de police ont été mis en examen dans le cadre de cette enquête : ils sont accusés d’avoir livré des informations sur certains salariés. Ils auraient permis à des dirigeants du groupe d’avoir accès au fichier STIC regroupant les informations concernant les auteurs d’infraction. Pour le moment, l’enquête est toujours en cours.

D’autres entreprises aussi prestigieuses que Lufthansa, EuroDisney ou encore Acadomia ne sont pas laissés de côté ! A l’instar d’IKEA, elles sont soupçonnées d’utiliser des procédés illégaux de surveillance … La célèbre enseigne d’hypermarchés Carrefour a été accusée d’employer de faux agents de sécurité embauchés en réalité pour surveiller les faits et gestes des travailleurs !

En plus d’espionnage sur leur lieu de travail, certains salariés se plaignent d’une « intrusion dans l’intimité ». Filatures par des détectives privées, espionnage de leurs mails, la surveillance des employés est disproportionnée. Le logiciel Keylogger par exemple, permet de sauvegarder toutes les actions effectuées par les employés sur leur poste informatique de manière anodine. « Toute frappe saisie sur le clavier ou tout écran consulté est enregistré avec un horodatage », indique la CNIL. Sont donc surveillées les conversations de messagerie instantanée, des mails émis et reçus mais également les mots de passe des comptes de réseaux sociaux ou numéros de carte bancaire ! Le logiciel est également muni d’un système permettant d’avertir l’employeur lorsque le salarié tape certains mots clés tels que « sieste » …

La surveillance ne relève donc plus du domaine professionnel puisque le patron espionne la vie privée du salarié sur son lieu de travail. Faisant office de Big Brother, le père-patron veut tout savoir au nom de la concurrence industrielle. A quand la mise en place de télécrans et de la police de la pensée ?

Chahrazade Housni


Quelques chiffres de la CNIL :

663 salariés ont déposé plainte devant la CNIL pour avoir été illégalement surveillés. Chiffre en augmentation de 13% depuis 2009.
– 4000 déclarations de vidéosurveillance par les entreprises en 2010 contre 6000 en 2011.
– 3000 déclarations de boîtiers de géolocalisation dans les voitures de fonction en 2010 contre 7800 en 2012.

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