Y a-t-il un « Etat-PS » ?

Il est un peu plus de 22h ce 2 mai 2012, quand François Hollande dégaine. Face à un Nicolas Sarkozy agacé, un David Pujadas attentif, il ne le sait pas encore, mais le futur président de la République vient de sortir « la » phrase du débat de l’entre-deux tours. Ou du moins « le lot de phrases ».

Quinze formules, exactement, pour une durée de trois minutes et vingt et une secondes. Une éternité. Surtout pour son adversaire direct, un président sortant, quasiment déjà sorti. Signe particulier : elles commencent toujours pas la même chose : « Moi président de la République », comme un coup de maître, un coup de grâce. Les journaux l’appelleront plus tard, « l’anaphore Hollande ».

Particulièrement commentée par la presse, elle fait suite à la question posée par la journaliste Laurence Ferrari : « Quel président comptez-vous être ? ». Dans cette  « scansion » qui brosse en substance un portrait de sa présidence, François Hollande n’oublie rien : ni les grands chantiers qu’il compte mettre en place, lui, le candidat de la présidence « normale », ni les « fautes », considérées comme telles, commises sous « l’ère Sarkozy ». Et dès la cinquième phrase de sa tirade, le futur président prévient :

Moi président de la République, je n’aurai pas la prétention de nommer les directeurs des chaînes de télévision publique, je laisserai ça à des instances indépendantes.

Le message est clair. S’il est élu, il ne sera pas l’instigateur d’une « chasse aux sorcières », comme pour se préserver d’une possible invective du camp adverse. Comme pour dire fermement que les démons du passé Mitterrandien ne reviendront pas.

Mais presque neuf mois après l’élection du Corrézien, on est en droit de se demander : cette promesse, est-elle tenue ? L’opposition donne des éléments de réponses, et crie au scandale. Un grand classique de la vie politique. « Une véritable purge. Une chasse aux sorcières sans précédent… », Luc Chatel  est le premier à sonner l’alarme.

En cause : les nominations auxquelles a procédé François Hollande. Pour se justifier, il multiplie les références. Le limogeage du préfet de police Frédéric Péchenard, et celui du patron de la DCRI, Bernard Squarcini ; La promotion de Jack Lang à la tête de l’Institut du monde arabe, en remplacement de Renaud Muselier, ex-ministre UMP ; Et l’éviction d’Arno Klarsfeld de l’Office français de l’immigration où il avait été nommé, en 2011, par Nicolas Sarkozy ? Luc Chatel n’omet rien. Surtout pas l’arrivée d’Olivier Schrameck, un proche de Lionel Jospin, à la présidence du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) : « Je ne conteste pas ses compétences de haut fonctionnaire. Mais elles nous avaient échappé dans le secteur de l’audiovisuel… ». Sans donner plus de noms, il n’arrête pas les critiques.

Plus de 30% des préfets ont été remerciés. Près de la moitié des recteurs. Une grande partie des directeurs d’Administration Centrale. Donc ce qui frappe, c’est à la fois l’ampleur de cette purge mais c’est aussi sa violence  martèle-t-il.

Un « grand classique »

Que la majorité ne s’offusque pas trop. Par cette interview offensive, l’ancien ministre n’a fait que mettre en exergue une vielle habitude en politique. Les politologues américains parlent de « Spoils system » (en Français : le systèmes des dépouilles) qui reposent sur le principe selon lequel un nouveau gouvernement doit pouvoir compter sur la loyauté partisane des fonctionnaires, et donc remplacer ceux qui sont en place par des fidèles. Un système élaboré dès la première présidence d’Andrew Jackson, élu aux Etats-Unis en… 1829. Il considérait que le peuple donne mandat au gagnant pour choisir les fonctionnaires dans ses rangs. Le chef de l’Etat n’a pas dérogé à la règle. Tout comme son prédécesseur d’ailleurs, que François Hollande n’a pas manqué de fustiger. Candidat, il avait dénoncé l’« État UMP» avant de lever le voile sur ce que serait sa présidence : « Aucun de ceux qui aujourd’hui exercent des responsabilités et qui sont loyaux n’ont à s’inquiéter. En revanche, ceux qui sont liés à ce système auront forcément à laisser la place à d’autres. »

Pour amortir les critiques, à l’Elysée, les esprits s’activent pour tenter de faire passer une réforme qui permettrait d’approuver certaines grandes nominations par une majorité des 4/5ème des commissions parlementaires. Pour autant, rien ne changera pour la majorité des hauts fonctionnaires, qui resteront le ciment de l’alternance. Les copains d’abord, c’est avant tout, une pathologie française.

Jordan Allouche

 

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