Euro-obligations : colmatage temporaire ou solution miracle ?

Cela fait des mois que l’Europe, enfoncée dans la crise, évoque l’idée d’émettre des Euro-obligations. Entre opposants et défenseurs, les débats ont fait rage dans presque l’ensemble des pays européens. Le sommet de Bruxelles du 23 mai 2012 a, encore une fois, montré que la question n’était pas tranchée.

Principe

Le fonctionnement des euro-obligations, aussi appelées euro-bonds, est relativement simple. Aujourd’hui, chaque Etat émet des obligations afin d’emprunter sur les marchés. Au prix de l’augmentation de leurs dettes, ils disposent ainsi de liquidités pour financer leur budget. Les Euro-obligations permettraient de mutualiser les dettes de chaque pays de la zone euro en un ensemble de dettes européennes, et c’est donc la Banque Centrale Européenne (BCE) qui émettrait les obligations. On retrouverait ainsi dans ces obligations les dettes allemandes comme les dettes grecques, sans distinction.

On peut voir plusieurs avantages à ces obligations européennes. Tout d’abord, les pays européens emprunteraient tous à un même taux d’intérêt. La Grèce, actuellement dans la tourmente (avec des taux d’intérêt à plus de 6%), profiterait ainsi de la santé des Etats moins dispendieux comme l’Allemagne, qui a des taux d’intérêt moins élevés (1,5% environ). Pour les plus fragiles, cela permettrait une réduction progressive du poids de la dette. De plus, cela éviterait aux pays d’émettre massivement des obligations, sans prêter attention aux futures conséquences pour leur budget. Ainsi débarrassé des émissions particulières, le contrôle et le financement des déficits budgétaires s’en verraient facilités. On créerait ainsi un grand marché européen, qui donnerait confiance aux investisseurs.  On peut donc voir dans les euro-obligations un pas vers la solidarité européenne. Certains vont jusqu’à évoquer la première étape d’un fédéralisme.

Mais une telle décision n’est pas sans conséquences négatives. La première, qui toucherait principalement l’Allemagne consiste à dire que les Etats ayant une bonne santé financière et économique vont payer les dépenses (parfois inutiles) des pays laxistes en matière budgétaire, en voyant leurs taux d’intérêt augmenter. Une telle initiative risque, de plus, de créer une immense crise de la dette souveraine au niveau européen. Alors que des pays, principalement d’Europe du Nord, ne souffrent pas d’une telle crise, leur modèle, reposant sur un équilibre sensible entre recettes et dépenses, risque d’être emporté par la même occasion. Aucun modèle n’est parfait. Mais en temps de crise, l’Union européenne doit réfléchir à prendre toutes les solutions qui s’offrent à elle pour rester unie.

Des avis divergents

L’idée semblait abandonnée par les gouvernants européens. Après un « non » ferme, quasi-définitif d’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, l’Europe s’était faite à l’idée d’une responsabilisation nationale. Mais les Euro-obligations ont refait surface suite au Sommet de Bruxelles du 23 Mai. Et on a assisté à un évènement assez marquant pour le noter : alors qu’Angela Merkel y était farouchement opposée, voilà que l’Allemagne se dit favorable à long-terme. En effet, durant les 5 dernières années, le couple « Merkozy » s’était entendu pour critiquer ce que nombre de spécialistes et responsables européens soutenaient. Mais la roue a tourné, et c’est désormais François Hollande qui occupe le siège français durant les sommets internationaux. Et voilà qu’il fait entendre sa voix face au géant allemand en remettant sur la table les euro-obligations.

Force est de constater que François Hollande ne défend pas ici une idée dogmatique du Parti socialiste. La plupart des partis français y étaient favorables, même si certains y voyaient un outil indispensable quand d’autres ne désiraient les utiliser que dans certains cas. Même à l’UMP, certains cadres comme Jean-François Copé, pourtant très proche de l’ancien président, se sont dit extrêmement favorables à leur émission. On ne peut alors que suivre le constat d’une certaine presse : Nicolas Sarkozy semble s’être « couché » devant les décisions d’Angela Merkel.

En revanche, à droite, certaines voix se sont élevées contre une émission prématurée d’euro-obligations. Alain Juppé et François Fillon pensent ainsi que la discipline budgétaire est une condition préalable indispensable. A l’extrême-droite, les euro-obligations sont considérées comme une perte de souveraineté et comme une « fuite en avant fédéraliste », comme l’a récemment rappelé Florian Philippot, porte-parole du FN pour les législatives. Rappelons que le Front National envisageait une sortie pure et simple de l’euro. Il n’est donc pas étonnant que toute initiative visant à renforcer l’intégration monétaire soit critiquée.

A l’étranger, les avis sont divergents. Georges Papandréou, ex-Premier ministre grec, George Osborne, ministre britannique des Finances (Chancelier de L’Echiquier), Elena Salgado, ministre espagnole de l’Economie et des Finances, Giulio Tremonti, ministre italien de l’Economie et des Finances, le SPD allemand (opposition) se disent plus ou moins favorables. En revanche, Maria Fekter, ministre autrichien des Finances, Jutta Urpilainen, ministre finlandais des Finances, le Luxembourg, la Suède et les Pays-Bas n’encouragent pas cette décision, soit pour des raisons financières soit parce que le contexte ne s’y prête pas. On ne peut que constater que les dirigeants ou ex-dirigeants des pays du Sud de l’Europe y sont favorables, quand ceux des pays nordiques y sont opposés. Et ce sont ici deux modèles, l’un laxiste et en difficulté, l’autre plus prospère et équilibré, qui s’opposent.

En dehors des logiques partisanes, notons que de nombreuses personnalités politiques, économiques et européennes ont pris position à propos des euro-obligations. Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe, Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie, George Soros, financier milliardaire, apportent ainsi leur soutien à ce projet qui, selon eux, est indispensable pour sortir l’Europe de la crise des dettes souveraines.

Il semblerait donc que l’Europe ne soit pas unie sur la question des euro-obligations. Mais c’est une course contre la montre qui s’est enclenchée, avec les rumeurs d’une éventuelle sortie de la Grèce. Un tel scénario pénaliserait lourdement une région déjà fragile. Les élections législatives ou fédérales approchant à grands pas dans de nombreux pays concernés, seules une volonté politique/ conscience populaire de partage peuvent décider du sauvetage (ou non) de l’Europe.

CGD

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Etudiant. Ne pratique pas la langue de bois, et n’aime pas qu’on la pratique. Passionné de politique, aime en étudier la face cachée. Sans concession et en toute objectivité.
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  1. La Commission européenne recadre Hollande !! | Politique .com - 31 mai 2012

    [...] d’un pacte de croissance dans le nouveau traité européen et la création d’Euro-obligations, terme inenvisageable avec un couple franco-allemand de la même famille politique, que Hollande [...]

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