Europe : crise économique… ou politique ?

L’Europe brûle t-elle ? Les médias nous relaient les nombreuses décisions des gouvernants européens pour sauver le système bancaire, assurer les acquis sociaux ou prévenir les risques de défaillances des États. Les marchés, en revanche, sanctionnent le manque d’unité entre les grands pays de la zone euro. Serait-ce alors plus une crise politique qu’une crise économique ?

Depuis que la crise de la dette a éclaté en Grèce, l’Europe s’est désarticulée. Son avenir se joue pourtant maintenant. Et malgré cette épée de Damoclès qui menace chaque jour un peu plus l’Europe, certains jouent les cavaliers seuls.  C’est le cas de  l’Allemagne, toujours effrayée par l’hyperinflation des années 1920, qui tient à sa politique de rigueur et à l’indépendance stricte de la BCE (Banque Centrale Européenne) envers le pouvoir politique. C’est pourquoi elle s’oppose à l’émission des fameuses « euro-obligations », qui permettraient à la BCE d’acheter les créances des États, au prix d’une émission monétaire, donc d’inflation. Mais la France, bien plus concernée par le poids de sa dette (près de 1.700 milliards d’euros), cherche tous les moyens pour éviter une défaillance à la grecque. Elle se plie aux décisions allemandes, son premier partenaire commercial, sans lequel le revenu national s’écroulerait.

Mais Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont d’autres points de divergence. Le président français est préoccupé par l’échéance électorale de 2012, et sait bien qu’en cas de perte du triple A, il perdrait sans guère de doute les clés de l’Elysée. L’Allemagne, en revanche, veut surtout maintenir sa place de leader européen en matière d’exportations et de production industrielle, sans se soucier d’un impact électoral. Dans les années 90, le chancelier Schröder avait lui-même pris des mesures impopulaires de gel des salaires et des prix, ayant eu des conséquences sociales graves mais lui permettant de se hisser au rang de poumon économique de l’Europe. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’Allemagne est aujourd’hui la coordinatrice de l’Europe. Se placer au-dessus de la mêlée lui permet de garder sa légitimité. Au point qu’une majorité de Français fait plus confiance à Angela Merkel qu’à Nicolas Sarkozy pour les sortir de la crise (46% contre 33%).

Divisions

Mais les problèmes ne s’arrêtent pas là : n’oublions pas nos voisins anglais. Depuis la création de l’Union européenne, le Royaume-uni se dresse en alternative, voire en concurrente (elle aura même créé sa propre zone économique dans les années 1950). Margaret Thatcher dira « I want my money back », David Cameron refusera de signer le traité de conclusion du sommet économique européen de la mi-décembre. Mais encore une fois, les marchés ont dicté leurs conditions. Grâce à la City, l’Angleterre dispose d’une des places financières les plus puissantes du monde et préfère éviter l’érection d’une frontière économique. Une nouvelle qui a immédiatement provoqué la colère du Président Sarkozy qui a ainsi vivement critiqué l’ingérence des Britanniques, qui refusent d’adhérer à la zone euro mais qui dictent malgré tout leur volonté de construire une Europe moins fédérale mais plus efficace économiquement.

La crise économique a révélé les problèmes politiques de l’Europe, et surtout son manque d’unité. Les trois grands pays européens (Allemagne, France et Royaume-Uni) se font face quant à l’avenir de la zone euro. Mais si aucun accord n’est trouvé, la zone euro risque de pâtir d’une crise sans précédent. D’autant que les grandes puissances mondiales ne peuvent (ou ne veulent) pas soutenir l’Europe. La Chine pose des conditions difficilement acceptables, les États-Unis sont embourbés dans leurs propre crise politique, les pays émergents ont d’autres priorités… Et tout cela un an avant des élections qui s’annoncent d’ores et déjà difficiles.

CGD

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Etudiant. Ne pratique pas la langue de bois, et n’aime pas qu’on la pratique. Passionné de politique, aime en étudier la face cachée. Sans concession et en toute objectivité.
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