Un regard franco-américain sur l’élection présidentielle

Un regard franco-américain sur l’élection présidentielle

Interview réalisée auprès d’un jeune entrepreneur de la sphère Internet que nous appellerons par son simple prénom, Thomas, qui souhaitait rester anonyme. Voeu exaucé donc. Il a semblé intéressant de faire connaître au lecteur le regard de cet expatrié, autre que celui que nous avons pu découvrir ici et là dans la presse française « classique ».

1. Si vous deviez vous présenter en un tweet de 140 caractères, lequel serait-il ?

Franco-américain, vivant à New York depuis 5 ans. Créateur d’une société de médias et technologie. Libéral, humaniste, résolument européen.

2. De quelle manière vous sentez-vous impliqué dans ce scrutin présidentiel ? Un ressenti de ce degré d’implication parmi vos connaissances et amis français ?

En tant que membre de la communauté française à New-York (qui est de près de 100.000 personnes), on se sent presque aussi impliqué que si l’on était en France. Le débat politique est sur toutes les lèvres, de tous les regroupements et dans tous les dîners entre amis, et ce de façon encore plus incontournable ces dernières semaines. Cela est d’autant plus flagrant à travers le prisme des réseaux sociaux.

3. Au sein de votre entourage, y-a-t-il eu des discussions sur les candidats en présence, les propositions des uns et des autres qui ont « enflammé » les débats ? Si oui, sur quels sujets ?

Oui. Principalement sur les sujets de l’économie, de l’immigration, du nucléaire, et de la fonction présidentielle. Assez proche, j’imagine, des débats qui tiennent au coeur des Français de France.

4. J’imagine que la couverture média de l’élection aux Etats-unis a été pour le moins réduite, qu’en pensez-vous ?

Pas nécessairement. Surtout avec Internet, il est très facile de se tenir au fait des dernières tendances et prédictions des instituts de sondage, et de suivre la campagne du plus près possible.

Il est également intéressant de suivre la campagne par le biais des médias américains. Leur prises de positions sont généralement moins passionnées et plus pragmatiques. Ici on dit les choses sans les dissimuler, et le plus clairement possible afin de donner un aperçu clair et objectif au public américain.

5. Avez-vous un candidat préféré ? Si oui, lequel et pourquoi ?

Comme je pense une majorité de Français de l’étranger, je suis pour une économie libérale et supporte le candidat de l’UMP. Je suis contre les mesures de relance de la croissance proposées par le candidat socialiste, et contre ses prises de positions sur le nucléaire et la fonction publique.

6. Quel est selon vous, s’il existe, l’enseignement marquant de ce premier tour ?

Le candidat président semble vraiment payer la faible popularité qui entoure sa personnalité depuis le tout début de son mandat.

Son attachement à défendre son bilan avec acharnement depuis le début de la campagne plutôt que de proposer un plan de mesures réaliste et pragmatique lui a fortement coûté. Son approche de la campagne de l’entre-deux tours, particulièrement à droite, va certainement aliéner beaucoup d’électeurs centristes, et contribuera, avec relativement peu de doute à ce stade, à la victoire du candidat socialiste ce weekend.

L’autre enseignement que je tire du premier tour, est la forte progression des extrêmes (un tiers des votes au premier tour), dont l’électorat n’aura su être convaincu ni par le bilan de la politique des 5 dernières ni par le programme du Parti socialiste.

7. Des difficultés pratiques suite à un arrêté passé jusqu’à présent inaperçu, fait que l’électeur expatrié ne peut plus voter avec sa pièce d’identité étrangère comme auparavant. Avez-vous ou l’un de vos amis été confronté à ce problème ? Prévenu d’une manière ou d’une autre ?

Personnellement, non. Mais j’ai dans mon entourage plusieurs personnes qui ont été confrontées à ce problème. Comme dans d’autres pays, elle ont j’imagine été prévenues beaucoup trop tard pour pouvoir s’organiser et parvenir à voter.

8. L’élection américaine approche désormais à grand pas. De ce que vous avez pu constater de la manière dont se déroulent les deux campagnes, françaises et américaines, bien qu’à des stades différents, quelles sont les principales différences ?

Le principal élément de différence est la nature uniquement présidentiel du système américain. Ici, on n’élit pas un parlement qui choisit à son tour un Premier ministre. Ce n’est pas non plus un système semi-présidentiel, comme en France, ou la capacité à gouverner du président est limité s’il ne contrôle pas le Parlement. De plus, il n’y a qu’un seul tour, et le système de collège électoral résultant en une élection indirecte rend la morphologie de la campagne présidentielle américaine fondamentalement différente de la nôtre.

Pour ce qui est de la campagne en elle-même, la primaire de l’opposition est une bataille beaucoup plus longue et plus rude aux Etats-unis, où la personnalité du candidat, son parcours politique, sa vie personnelle et familiale, ainsi que ses convictions religieuses sont jugés en profondeur et passés au crible par les médias.

Merci d’avoir répondu à nos questions Thomas.

Jeremy Hureaux

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Passionné de la vie publique et ses méandres, coordinateur du site Politique.com Twitter : @politique

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