« L’UMP flambe-t-elle ? », saison 2

Les scénaristes d’une telenovela à succès n’auraient pu rêver mieux. Tandis qu’on pensait que la « guerre » à l’UMP s’était arrêtée avec la victoire officielle de Jean-François Copé, le psychodrame a repris de plus belle hier, mercredi 21 novembre 2012. A chaque jour sa nouvelle saison, Politique.com a choisi de vous raconter celle d’hier, en quatre épisodes.

Episode 1 : le recommencement 

L’élection officielle de  Jean-François Copé laissait à penser que le soufflé retomberait. Mais le psychodrame de la veille reprend de plus belle quand Laurent Wauquiez, à la tête de la motion « Droite sociale », arrivée deuxième au classement final derrière la « Droite forte », et proche de François Fillon, découvre le dysfonctionnement, l’élément déclencheur. Lui qui siège à la COCOE, la Commission en charge d’entériner les processus d’élection interne au parti, décide de faire la lumière sur trois fédérations d’Outre-mer (Nouvelle-Calédonie, Mayotte et Wallis-et-Futuna) qui n’auraient pas été comptabilisées dans le décompte final et qui représenteraient 1 304 voix, mathématiquement suffisantes pour que le vainqueur change de visage.

Convaincu qu’il s’agit là d’une erreur délibérée, il prévient aussitôt son chef, François Fillon, qui n’hésite pas une seule seconde avant d’appeler Patrice Gélard, le président de la Commission, lui demandant de recommencer les élections, sinon de refaire les comptes en y ajoutant les bulletins manquants. Coup de théâtre sur la scène politique : ce dernier refuse de revenir en arrière. L’ex-Premier ministre, furieux, candidat qui « ne laissera pas échapper la victoire », téléphone alors à Alain Juppé, pour lui demander s’il accepterait d’être Président du parti, par intérim, en attendant que la situation se règle. Le maire de Bordeaux accepte, à condition que les deux clans soient en accord. Mais c’était sans compter sur l’esprit de « j’y suis j’y reste » de Jean-François Copé.

Episode 2 :  la crise

L’incident aurait pu s’arrêter là. François Fillon aurait pu « passer l’éponge » sur un présumé dysfonctionnement et peut-être même accepter le poste de vice-Président proposé par un Jean-François Copé « magnanime » selon les uns, « calculateur » selon les autres, tout en préparant les deux prochaines échéances : la présidence de l’UMP en 2015 (il y aura à nouveau une élection) et les primaires du Parti en 2016. L‘histoire se serait arrêtée là. Or, comme dans toute bonne série qui se vend, le but n’est pas de proposer une fin correcte, cohérente, mais de continuer, l’histoire, au prix parfois d’un sentiment d’absurdité totale parmi les sympathisants.

Jean-François Copé s’affiche comme « ignorant » de ce nouveau rebondissement et n’hésite pas à jouer la carte du rassemblement, invitant les fillonistes à rejoindre ses rangs, afin d’éviter, dit-il, « une ligne à droite contre une ligne au centre« . Mais ces derniers pensent à autre chose : organiser une conférence de presse à l’Assemblée nationale.

A 14h30, Laurent Wauquiez, Eric Ciotti et Valérie Pécresse évoquent aux yeux d’une presse ébahie les élements constitutifs selon eux d’une fraude patente. Scandale et effroi dans les rangs de l’opposition, l’effet de surprise est total. Informé du coup d’éclat de ses adversaires, le président officiellement élu affiche sa stupéfaction dans les couloirs de l’Assemblée nationale : « Je n’ai jamais été informé de quoi que ce soit« , avant d’inviter non sans défi les fillonistes à saisir la Commission des recours de l’UMP et de menacer : « Cela permettra de regarder au plus près les résultats à Nice » (ville où les copéistes soupçonnent le camp d’en face de fraudes orchestrées par Christian Estrosi, maire de Nice et proche de François Fillon, mais dont les résultats ont finalement été validés par la COCOE). De son côté, François Fillon fait savoir qu’il renonce à la présidence de l’UMP par un communiqué. Cependant, il annonce qu’il ne lâchera rien tant qu’une transparence totale soit faite sur ce qui est déjà considéré comme l’un des plus grands fiascos de l’histoire de l’UMP.

Episode 3  : l’ultimatum

L’agitation est à son comble. Une preuve ?  Gérald Darmanin, filloniste déjà rallié à Copé, en « appelle à Nicolas Sarkozy pour qu’il vienne siffler la fin de la récré« .

Dans la confusion la plus totale et alors que l’UMP se déchire, Laurent Wauquiez (toujours le même) organise le rassemblement des députés sur lesquels il compte au Musée social (7e arrondissement). Vers 17 heures, François Fillon entre dans la salle qui contient, selon les fillonistes, une centaine de parlementaires. Selon certains, il n’aurait pas fallu attendre plus de quelques minutes avant que le débat ne s’embrase. Tandis que certains menacent de quitter l’UMP, d’autres évoquent la création d’un groupe parlementaire autonome. La crise est à son paroxysme.

Finalement, il est décidé de poser un ultimatum : si Alain Juppé ne devient pas président par intérim, la scission aura lieu.  Le ton monte d’un cran : « Pour ceux qui ne veulent pas respecter les résultats, la porte est ouverte » s’offusque Henri Guaino, partisan de Jean-François Copé, parlant de « suicide collectif ». Valérie Rosso-Debord en rajoute une couche en qualifiant l’attitude des fillonistes de « tentative de putsch pour intimider et tenter de l’emporter« , affirmant qu' »ils n’ont pas de billes ».

A 19 heures, sur un ton solennel, Jean-François Copé prend la parole depuis l’UMP. Il ne manque pas de faire part de sa « totale détermination à tout faire pour favoriser l’apaisement« .  Avant d’ajouter : « J’appelle François Fillon et surtout ceux qui le conseillent à retrouver le sens des responsabilités et de l’intérêt général« . Forcément.

Episode 4 : le duel

Les heures défilent, l’escalade continue. A 20 heures, François Fillon arrive sur le plateau de TF1. Il annonce, devant les caméras , qu’il ne quittera pas l’UMP tout en réaffirmant qu’il « renonce à la présidence de l’UMP » . Mais pas à la guerre ! « Ma famille » demande qu’Alain Juppé accepte une médiation « et nous propose une sortie de crise« . « J’irai jusqu’au bout, assène-t-il. Si personne n’écoute ce que je demande aujourd’hui, je déposerai un recours » devant la justice et non devant la Commission des recours de l’UMP en laquelle il n’a « pas confiance » (supposée noyautée par les proches de Copé). Et de conclure : « l’UMP ne peut pas vivre sur un mensonge« . Non loin d’ici, sur le plateau de la chaine concurrente, à France Télévisions, Jean-François Copé ne manque pas de répondre : « Je ne peux pas imaginer qu’il aille à une telle extrémité. » Une position confirmée le jeudi matin sur Europe 1 : M. Copé accuse désormais son adversaire d’être « un mauvais perdant qui vient donner des leçons de morale sans se les appliquer à lui-même« .

Les déclarations de François Fillon sur le plateau de TF1

Les déclarations de Jean-François Copé sur le plateau de France 2

Politique.com attend avec impatience la saison 3 😉

Jordan Allouche

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Autoproclamé "meilleur d'entre nous". Et si j'étais jaloux de M.Juppé ?

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