Le financement de la campagne de 2007 suspect

Le juge Gentil, en charge de l’affaire Bettencourt, a refusé de libérer Patrice de Maistre, l’ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt. Le parquet de Bordeaux estime disposer d’éléments nouveaux obligeant à prolonger la détention provisoire de Maistre. Une pratique très rare en ce qui concerne les affaires financières.

La décision du tribunal de Bordeaux semble étonnante : il précise, dans un communiqué officiel, que des « faits nouveaux » sont apparus dans le volet financier de l’affaire Bettencourt. En fait, il est reproché à Patrice de Maistre d’avoir perçu près de trois millions d’euros de la part de la milliardaire, alors en situation de « vulnérabilité ». De plus, il aurait encaissé 2,4 millions d’euros grâce à des factures émises par la société Eugenia, qu’il gérait, à l’égard de la société Clymène, qu’il dirige.

Mais les avocats de Patrice de Maistre le confient eux-mêmes : ces éléments sont connus du juge d’instruction depuis le début de l’affaire. Le maintien en détention de leur client revêt donc un caractère exceptionnel, et pose quelques questions. Selon plusieurs sources, c’est une commission rogatoire suisse et certains retraits d’argents liquides en Suisse, ainsi qu’à un système de « compensation bancaire » au profit des très modestes Bettencourt qui intéressent particulièrement Jean-Michel Gentil. Cette opération constituerait une fraude fiscale selon le magistrat.

Sarkozy dans la tourmente ?

Jean-Michel Gentil s’intéresse ouvertement aux destinataires de ces espèces. Il pointe du doigt dans son ordonnance deux versements de 400.000 euros aux Bettencourt, sous la supervision de Patrice de Maistre. Le premier versement aurait été effectué le même jour qu’une entrevue organisée entre le gestionnaire de fortune de la milliardaire et le ministre disparu Eric Woerth, alors trésorier de l’UMP. La seconde date de versement est citée par François-Marie Banier, le talentueux photographe, dans son audition. Il affirme que Liliane Bettencourt lui aurait confié « que Patrice de Maistre m’a dit que Sarkozy avait encore demandé de l’argent. J’ai dis oui« . Un témoignage qui n’est pas le seul à mettre en cause le président de la République.

Le juge Gentil estime qu’il « convient de noter que des témoins attestent d’une visite du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy au domicile des Bettencourt pendant la campagne électorale de 2007, que des investigations sont donc nécessaires concernant ces premières remises en 2007« . Il n’est donc plus question d’un financement privé, mais bien d’un financement (ou au moins une partie) de la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy par le biais d’une fraude fiscale et provenant d’une personne qualifiée de vulnérable.

On se rappelle que la juge d’instruction Isabelle Prévost-Desprez évoque dans le livre Sarko m’a tuer, le témoignage de Claire Thibout. L’ancienne comptable de Liliane Bettencourt affirme avoir remis 150.000 euros en liquide à Patrice de Maistre qui les demandait pour Nicolas Sarkozy. L’infirmière de la milliardaire en poste pendant cette période aurait quand à elle assuré qu’elle avait assisté à un échange de valise directement dans les mains du ministre de l’Intérieur.

Les jours qui viennent s’annoncent donc décisif pour Patrice de Maistre, et peut-être pour Nicolas Sarkozy. L’ancien gestionnaire de fortune devrait être à nouveau interrogé par les enquêteurs ce jeudi. Ses déclarations, si elles se vérifient, pourraient bouleverser le paysage politique français.

Florian de Paola

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Un jour pas si éloigné, un professeur d'histoire m'a dit "la politique et l'Histoire, c'est qu'une question de pouvoir, de sexe et d'argent". Arguments convaincants qui m'ont rapidement transmis le virus.

Une réponse à “Le financement de la campagne de 2007 suspect” Subscribe

  1. jean valjean 27 mars 2012 at 16 h 02 min #

    Ah cette campagne ressemble à toutes les autres : coups fourrés, scandales, prostituées on aura tout eu 🙂

    Merci pour l’article !

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