La France, seule au Mali : pour le meilleur ou pour le pire ?

Le 11 janvier 2013, la France entre, seule, en guerre au Mali. Elle lance l’opération militaire Serval en réponse à l’appel au secours du président malien Dioncounda Traoré. L’objectif est de reconquérir le Nord Mali actuellement occupé et contrôlé par des groupes armés islamiques.

Comment en est-on arrivé là ?

Il est difficile de saisir l’origine de la situation actuelle. Depuis toujours, les touaregs, d’origine berbères et de confession musulmane, se sont démarqués des populations noires subsahariennes. Mais, depuis 50 ans, les tensions ethniques se sont multipliées au Mali. Des mouvements de rébellions touaregs se sont développés dans le Nord du pays, et à travers le Sahel, et cela dès 1961-1962, date à laquelle ces populations ont été durement réprimés par le gouvernement noir de Bamako. Le MNLA (mouvement national pour la libération de l’Azawad) qui réclame l’Independance du Nord Mali, l’Azawad, est né de cette vague de rebellions. Ce groupe musulman qui parait entretenir des liens avec des organisations salafistes est aujourd’hui en déclin. Un second mouvement plus islamisé, Ansar Dine, qui a pour volonté d’instaurer la charia, s’est imposé dans cette lutte. On ignore les liens exactes entre cette organisation, le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), et AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique), toutes trois présentes dans le Nord du Mali.

Cette situation chaotique s’est aggravée avec la fin du printemps arabe, le retour de Libye de milliers de combattants –en majorité touaregs-, la prolifération d’armes, l’explosion des trafics de cocaïne ou de cigarettes et le commerce des otages. Les trois groupes islamiques ont trouvés là le moyen de poursuivre leur lutte et de façon plus efficace encore. De plus, on assiste à une « salafisation » du Nord Mali sous l’impulsion des ces trois mouvements islamiques.

Les conséquences humaines sont désastreuses puis que l’on estime aujourd’hui que 500 000 Maliens se sont réfugiés dans les pays périphériques et que l’on compte près de 200 000 déplacés à l’intérieur du pays en décembre 2012.

Le nouveau gouvernement malien, en place depuis le 22 mars dernier, s’est montré incapable de lutter conte la propagation de mouvement rebelles du Nord du pays vers le Sud, et la capitale Bamako. Le 10 janvier 2013, les djihadiste se sont emparé de Konna, ville située à moins de 250 kilomètres de la capitale, Bamako. Or, le 11 janvier, alors que depuis plus de 6 mois les débats autour de ce sujet fusent à l’ONU, la France, sous mandat de l’organisation internationale, a décidé d’apporter son soutien au gouvernement en place. Sur place, les forces internationales, composée de contingents de pays de la CEDEO tentent de se mettre en place. Cependant, l’ONU estime qu’une intervention africaine ne peut pas être effective avant septembre 2013. La France est donc le seul pays à faire effectivement face aux mouvements du Nord.

La France isolée ?

La France est intervenue du fait de l’échec de l’Etat malien et surtout de l’incapacité des Africains à mettre en place une force d’intervention. La France ne s’est pas limité à des frappes aériennes puisqu’elle intervient également au sol pour pallier au manque d’effectifs africains et notamment maliens. Il est maintenant clair que l’armée malienne n’existe pas et qu’elle n’a jamais existé. Or nous faisons face à des combattants islamistes, organisée et bien entraînés, avec des chefs expérimentés. La situation s’avère donc complexe. Edéfense, Jean-Yves Le Drian, pourraient bien avoir des répercussions plus grandes que prévues. « Nous poursuivrons ces actions aussi longtemps que nécessaires » disait-il. Ainsi sommes nous embarqué dans une guerre probablement longue.

Mais ne recommençons pas les erreurs de l’Afghanistan. Il faut créer des solutions politiques dès à présent pour permettre la mise en place d’un Etat de droit. L’intervention militaire doit être doublée par une intervention politique.

La France, en s’engageant seule sur ce tableau prend des risques, notamment du fait de son passé colonial. Certains qualifient ainsi cette opération de néocolonialisme. C’est le cas du journal italien Il Manifesto. Et VGE a mis en garde, mercredi 16 janvier, contre « une évolution de l’action de la France au Mali, qui serait de type néocolonialiste« . Mais toutes les interventions françaises en Afrique de l’Ouest ont été, par le passé, accueillies par des critiques néocolonialistes. On se rappelle de notre intervention en Côte d’Ivoire. Pour éviter cela, la solution serait l’intervention d’autres Etats. C’est la position qu’a choisi d’adopter le président Hollande. Mais, on se heurte ici à la dispersion des pays occidentaux, en particulier au déficit de la construction européenne, qui ne possède pas de véritable force armée.

La solution serait donc d’assumer notre rôle. Notre intervention a probablement évité la prise de Bamako par des forces armées islamiques. Et notre ministre de la défense nous rappelle les enjeux de cette guerre : « C’est la sécurité de la région, de la France, de l’Europe qui est en jeu. La menace, c’est la mise en place d’un territoire terroriste à portée de l’Europe et à portée de la France, prise en main par des groupes qui nous visent explicitement depuis des années, à commencer par AQMI » (conférence de presse du 12 janvier 2013).  De plus, nous avons aujourd’hui l’approbation de la plupart des pays d’Afrique, puisque même l’Algérie ne s’est pas opposée à notre intervention. La Tunisie, seule, conteste notre présence. Notre présence au Mali semble donc bénéfique pour l’image de la France à l’étranger qui, en cas de réussite pourra compter sur le soutien d’un certains nombres de pays africains pour les quelques prochaines années. La politique intérieure française semble également profiter de la situation : cette opération a relégué au second plan débats qui agitent notre pays depuis quelques semaines …

Elizabeth Rotival

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Etudiant. Ne pratique pas la langue de bois, et n’aime pas qu’on la pratique. Passionné de politique, aime en étudier la face cachée. Sans concession et en toute objectivité.

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