Hollande et la laïcité

Au discours du Bourget, François Hollande a surpris le microcosme militant en proposant d’inscrire « les principes fondamentaux » de la loi de 1905 dans la Constitution, à savoir les deux premiers articles de la Loi promouvant la séparation de l’Eglise et de l’Etat et assurant la liberté de conscience,  la liberté de culte et prévoyant que « la République ne reconnait, ne salarie ni ne subventionne aucun culte« . La gauche toujours frileuse sur ce sujet, a donc bel et bien retrouvé une vision claire de ce sujet, comme l’assure Jean Glavany, spécialiste de ces questions au Parti socialiste (PS).

Le mandat de Nicolas Sarkozy est marqué par une lutte idéologique acharnée axée sur l’idée d’un renforcement de la laïcité. On se rappelle notamment de la convention UMP sur ce sujet (appelée au début « convention sur l’islam ») d’avril dernier, qui avait amené à la réalisation de 26 propositions regroupées dans un « code de la laïcité » rendant légalement répréhensibles certaines pratiques jugées contraires à l’ordre public telle la « prière de rue ». La gauche avait crié à la stigmatisation des citoyens musulmans et avait refusé de voter le texte à l’Assemblée nationale, critique qu’elle s’était pressée de renouveler après le décret du ministre de l’intérieur Claude Guéant, interdisant les prières de rues. Il faut également rappeler que le parti présidentiel avait été également l’investigateur des projets de loi relatifs aux signes religieux ostentatoires à l’école en 2004 et à la fameuse burqa en 2010 (projet critiqué par de nombreux députés socialistes).

De ce constat, le PS est depuis longtemps fragilisé par une certaine absence de position concrète à l’égard de ce dossier, jugé mineur pour beaucoup au vu de la conjoncture actuelle. Pourtant Martine Aubry avait pris position en scandalisant son propre camp après avoir permis aux femmes de confession musulmane d’avoir des horaires séparés de ceux des hommes pour pouvoir se baigner dans les piscines municipales de Lille. Manuel Valls s’était d’ailleurs lui attiré la sympathie d’un grand nombre d’électeurs en affirmant haut et fort son attachement à une laïcité dite répressive, ce qui lui avait permis de se détacher « favorablement » de ses concurrents.

L’absence d’un réel débat de fond sur ce sujet avait d’ailleurs choqué de militants socialistes à l’occasion des primaires, enfonçant l’idée que la laïcité est un sujet de droite, opportuniste aux relents de xénophobie latente, et que la « gauche n’avait pas à y tremper ».

Cela explique peut-être la contre-offensive menée par François Hollande sur ce point et s’illustrant notamment par l’organisation d’un débat parlementaire le 6 décembre dernier sur la question. Cette riposte selon Jean Glavany, proclamé « spécialiste de la laïcité » au PS, cherche à trouver « la synthèse entre des militants laïcs très rigoureux, pour qui tout compromis est une compromission, et d’autres plus partisans du multiculturalisme. » Afin de contrecarrer les 26 propositions de l’UMP, le PS proposera prochainement un « Guide pratique de la laïcité », qui listera les « bons usages » qui devraient être adoptés par les collectivités locales afin de répondre aux conflits récents en la matière (usagers « communautaires » de crèches, établissements scolaires ou hôpitaux versus l’administration afférente).

Pour l’opposition PS il s’agit avant tout de casser l’idée dominante d’une gauche qui serait excessivement favorable à des concessions trop grandes à l’égard du communautarisme, un reproche persistant au fil des scrutins. Le guide devrait néanmoins afficher une volonté d’éviter que « des élus ne versent dans des dérives communautaristes face à des demandes identitaires », selon Glavany. On peut également souligner une initiative parlementaire récente des sénateurs socialistes à propos d’un élargissement du principe de « neutralité religieuse » aux assistantes maternelles, en l’occurrence celles qui seraient voilées, exerçant dans les crèches privées ou à leur domicile ainsi que pour les « sorties scolaires ». M. Hollande a d’abord laissé entendre qu’il ne s’y opposait pas, avant de préciser qu’il était bien « favorable à l’interdiction ». Pour François Hollande, le principe de laïcité n’est pas officiellement négociable.

Nathan Cahn

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Etudiant Parisien en droit et en journalisme. Partial mais juste La vingtaine Elève de l'ESJ Paris et de la Sorbonne Paris I (L2 Droit) Armé d'ambitions Aime le Whisky

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