François Hollande : l’auto-destruction programmée ?

François Hollande François Hollande

Prise de distance avec le projet socialiste, non respect de l’accord avec EELV, un flou s’est abattu ces derniers jours sur la campagne de François Hollande. Plus qu’un simple problème de réglage, ce début de campagne est révélateur du paradoxe insoluble entre volonté de parlementarisation du régime portée par la gauche et tentation présidentialiste de notre pratique constitutionnelle.

La volonté de rupture avec la présidentialisation de la Vème République n’est pas nouvelle, rappelons nous le livre de François Mitterrand « Le coup d’Etat permanent » (on sait ce qu’il en advint.) Elle trouve aujourd’hui un contexte rêvé pour envoyer au placard de l’histoire la figure de monarque Républicain. L’omni présidence de Nicolas Sarkozy a fatigué l’opinion. Elle a peut être même abimé la démocratie à l’image du Parlement devenu une simple chambre d’enregistrement et des secrétaires de l’Elysée des quasi-ministres dans le processus législatif. Et puis c’est un adage socialiste presque doctrinaire que celui de favoriser le parlementarisme au présidentialisme. Adage concrétisé dans le projet de VIème République d’Arnaud Montebourg qui, fort de ses 17 % aux primaires montre que la dynamique populaire est du côté de la rupture institutionnelle.

Du « Président normal » à l’accord EELV : le vœux d’une parlementarisation.

Autant de causes qui expliquent la posture initiale du candidat Hollande et les tractations politiques de ces derniers mois.

Dès le mois de mai, François Hollande assure qu’il sera un « président normal. » Derrière cette normalité est bien sur recherché un effet de rupture avec l’image du Président Sarkozy. Mais il y a également l’idée selon laquelle le Président de la République doit présider et non pas gouverner. Un président normal, finalement, ce n’est rien d’autre qu’un Président de régime parlementaire, un Président, en fait, dans les termes initiaux de la constitution qui « arbitre », « assure le fonctionnement des institutions » et laisse au Premier Ministre le rôle de conduire la politique de la Nation.

Et puis en novembre il y eut les primaires socialistes dont la logique était de donner un visage humain à un projet élaboré par le parti avec la collaboration des militants et accepté par tous les cadres. D’avantage qu’un outil visant à éviter les bis bis de la campagne de 2007, ce projet traduit la position anti-présidentialiste de la gauche : le Président ne doit pas être seul aux manettes du pouvoir. Avec un projet partisan qui l’engage et dont il n’est pas l’unique rédacteur, le Président doit composer tant avec ses ministres qu’avec le parlement, rétablissant ainsi l’équilibre entre les institutions.

Enfin, en décembre, le PS a poussé la logique de volonté de parlementarisation à son paroxysme en signant un accord avec EELV. Avec cet accord programmatique et le partage des circonscriptions c’est un message fort que les deux partis ont voulu envoyer aux citoyens : non seulement nous mettons fin à l’omniprésidence mais en plus nous cassons la logique du bloc majoritaire. Gouverner avec une sorte de coalition typique aux régimes parlementaires, voilà le but d’une manoeuvre incomprise par les Français.

Le siphon de la Vème République

Tout aurait pu être clair, le vœux de rupture institutionnelle compris par les Français et François Hollande de devenir le premier Président d’une Vème République parlementarisée. Sauf que cette logique est entrain d’être happée par la logique de la Vème. Car pour qu’un parti accède au pouvoir il lui faut passer par l’élection au suffrage universel direct et donc présenter un homme fort, s’adressant directement aux Français, au dessus des logiques partisanes. Et cette contradiction avec la doctrine socialiste François Hollande l’a comprise : pour gagner il doit s’affranchir et de l’accord EELV et du projet socialiste. Mendès France, Delors, au nom de cette contradiction avaient refusé de se lancer dans la course, renonçant ainsi à modifier le système.

Et puis il y a le poids d’une histoire de 60 ans de Président fort : difficile de résister à la tentation de personnalisation quand on est porté par les sondages.

C’est donc la rencontre de ces deux dynamiques contradictoires, l’une prenant jour après jour le dessus sur l’autre qui explique le flou dans la campagne socialiste. Les Français sont perdus : le PS agit selon une logique parlementaire alors que son candidat prend le tournant présidentiel.

Reste à savoir si une fois élu, François Hollande, après avoir joué le jeu de l’omni candidat inhérent à la campagne présidentielle, résistera à la tentation de devenir, lui aussi, un omni président.

Romain Halbfisch

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Passionné de la vie publique et ses méandres, coordinateur du site Politique.com Twitter : @politique

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