Que reste-il du gaullisme ?

Dans une époque où les notions conjuguées de charisme et de respectabilité des dirigeants se font rares, la tentation est grande pour nos politiques de s’approprier la figure tutélaire du Général de Gaulle. L’héritage est alléchant : une image de père de la nation et une figure de la résistance.

Le courant politique du gaullisme est ancré dans les fondements de notre présente Constitution. Malgré tout, il reste néanmoins une notion floue voir incomprise. Le RPR (Rassemblement pour la République) fut le dernier grand parti politique français se réclamant du gaullisme politique. Aujourd’hui, le parti ayant succédé au RPR, l’UMP, actuellement au pouvoir, est t-il un parti respectant les « codes » du général ? Dans la négative, qui d’autre ?

Le gaullisme est avant tout une philosophie qui prône la « grandeur » de la France par l’intermédiaire d’un «Etat fort». Sur le plan politique, le gaullisme traditionnel prône une indépendance de la France fantasmée, qui s’est traduite dans l’histoire par le refus d’une certaine soumission de l’Hexagone à des organismes supranationaux tels que l’ONU, les institutions européennes ou l’OTAN (que De Gaulle quittera délibérément en 1966) ainsi qu’à des superpuissances telles que l’hégémonie américaine à la sortie de la Seconde guerre mondiale.

Ce rempart diplomatique étant à double tranchant, le gaullisme a toujours revendiqué l’idée d’un refus de ce que on appelle aujourd’hui le « droit d’ingérence » dans les pays tiers (tel le refus de s’engager au Vietnam ou le discours de Brazzaville en 1944). Sur le plan intérieur, le gaullisme est un mouvement « présidentialiste » dans lequel le pouvoir exécutif se doit d’être fort et stable, conférant inévitablement au président de la République un rôle primordial. Cette primauté de l’exécutif a toujours été compensée par un lien direct entre le chef d’Etat et le peuple tels que l’élection du chef de l’État au suffrage universel direct ou le recours fréquent au référendum. Dans le gaullisme, le président de la République n’a malgré tout pas un pouvoir sans limite car sa responsabilité politique peut être engagée lors des référendums, permettant alors au peuple de rester libre de son destin.

La critique de la « politique des partis » et le rassemblement de tous les Français, au-delà du clivage gauche / droite est un objectif prédominant de cette idéologie. Le refus de l’ultra-libéralisme économique et du capitalisme démesuré, au profit d’une économie orientée par l’État en vue d’un développement volontariste (la planification, l’aménagement du territoire, les grands projets publics, le relance par la consommation etc.) est également une caractéristique phare de ce mouvement. Ce refus du capitalisme (et du socialisme révolutionnaire au profit d’une alternative sociale) a permis au gaullisme de rester un courant iconoclaste et indépendant durant la Guerre froide.

Mais est ce que l’UMP marquerait la mort du gaullisme ? Le mandat de Nicolas Sarkozy, dans la lignée de la dislocation des idées du Général, amorcée par Georges Pompidou, fut la preuve indéniable que le « gaullisme historique » est mort et enterré. La conversion aux idées européennes, l’application « soumise » aux directives de Bruxelles, la ratification de l’ensemble des traités européens à valeur coercitive marquent pour certains une volonté délibérée de l’actuel président de recaler l’indépendance nationale au bas fond des priorités politiques. Les missions militaires en Libye et la ré-intégration de l’OTAN forment également les stigmates d’une France à nouveau figée dans la subordination diplomatique. Les timides réformes en faveur d’une réglementation de l’activité financière n’effacent pas la volonté délibérée de factions importantes de la droite française de favoriser la libre circulation des capitaux, et ce qui serait sa conséquence : un capitalisme de masse sous les ordres d’une libre concurrence autoritaire dictée par la commission européenne.

Le gaullisme ne serait donc plus qu’un vestige historique, relégué au banc des partis politiques, et seuls quelques «résistants » tels Nicolas Dupont-Aignan peuvent encore prétendre à la « valeur ajoutée » gaullienne nécessaire à son accomplissement. Le gaullisme, auquel souhaite se voir rattacher le « souverainisme » (courant prônant le retour de l’ensemble des pouvoirs régaliens de l’Etat aux mains du gouvernement), n’est plus qu’un courant minoritaire et contestataire, contraint à être dans une lutte permanente à l’égard de l’Union européenne, véritable fossoyeur des indépendances nationales. Les mouvances « souverainistes » étant de plus en plus regroupées à l’extrême droite de l’échiquier politique (à l’instar du Front National et de Philippe de Villiers), on peut aisément supposer que le gaullisme mourra d’une mort peu flatteuse : le baiser mortel du nationalisme.

Nathan Cahn

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Etudiant Parisien en droit et en journalisme. Partial mais juste La vingtaine Elève de l'ESJ Paris et de la Sorbonne Paris I (L2 Droit) Armé d'ambitions Aime le Whisky
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Une réponse à “Que reste-il du gaullisme ?” Subscribe

  1. Le Marquis 6 avril 2012 à 2 h 12 min #

    A noter que Melenchon a des cotés gaullistes quand il parle notamment de la nécessité de sortir de l’OTAN ou de renégocier les traités voir d’en sortir ( comme le traité transatlantique signé dans notre dos, qui aura pour effet de lier dés 2015 l’UE et les USA économiquement puis politiquement ).
    Retrouver la souveraineté nationale est la condition sine qua none pour avoir le droit ne serait-ce que légal d’être socialiste. C’est pourquoi Melenchon et les autres hommes de la gauche réelle ( chevenement à l’époque ou il ne collaborait pas ) sont de ce fait « gaulliste ». C’est pourquoi également un Dupont Aignant est plus à gauche qu’un Hollande…

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