La Grèce doit-elle sortir de la zone euro ?

Ici et là, il est de bon ton ces derniers temps de se positionner « pour ou contre » une sortie de la Grèce de la zone euro. Citoyens européens, institutions internationales… exposent tour à tour leurs points de vue sur la question, lesquels, on l’aura compris, ne convergent pas forcément. Considérée par certains comme une épine dans le pied de l’Europe, cette sortie grecque ne serait cependant pas sans conséquences plus générales.

Politiquement correct

On ne peut que constater que les gouvernants européens sont inquiets de la situation grecque. Et certains n’hésitent pas à mettre en cause l’équilibre fragile d’une Union qui souffre déjà lourdement de la crise de la dette souveraine. En Allemagne, le ministre des Finances Wolfgang Schäuble envisage la faillite d’Athènes et le ministre de l’Intérieur Hans-Peter Friedrich plaide pour un départ volontaire de la Grèce afin que leur pays, de son côté, retrouve croissance, compétitivité et prospérité. L’Allemagne, déjà plusieurs fois remise en cause pour son conservatisme face à la crise (il est vrai qu’elle ne l’a pas connue longtemps), ne souhaite pas porter à bout de bras une Europe lourdement endettée et structurellement fragile.

Mais pour d’autres l’Europe est avant tout une union, et c’est ensemble que ses membres pourront renouer avec la croissance, surtout dans la situation de compétition internationale qui a déjà fait plusieurs victimes. Les Eurobonds, que l’Allemagne présente comme l’aboutissement d’un processus d’assainissement, et que la France appelle tout de suite et maintenant pour éviter la contagion, pourraient permettre à la Grèce et à de nombreux autres pays du Sud de l’Europe, comme l’Italie, l’Espagne ou le Portugal, de ne pas souffrir de taux d’intérêt étouffants. Cette mutualisation des dettes donnerait un bol d’air à plusieurs pays qui ne connaissent que des impasses depuis des mois.

Quant aux institutions internationales, OCDE et FMI en tête, qui ont un poids non négligeable dans les négociations économiques et monétaires et qui ont surtout, jusque-là, soutenu les Grecs en injectant des liquidités publiques, elles se prononcent en faveur du maintien de la Grèce dans la zone euro. Christine Lagarde, directrice générale du Fonds Monétaire International (FMI) met ainsi en garde l’Union Européenne des conséquences de cette exclusion.

Quelles conséquences ?

Tout d’abord pour la Grèce, qui a jusqu’ici survécu grâce aux perfusions européennes. Un retour à la drachme serait inévitablement suivi d’une dévaluation, ce qui alourdirait considérablement les dettes de l’Etat. Alors que l’Europe ne voit pas comment se débarrasser des siennes, comment un pays seul, au système fiscal déliquescent et aux dépenses difficilement réductibles davantage, pourrait y arriver ? La dette des particuliers augmenterait également. D’autant que la Grèce vit principalement du tourisme européen et d’une production tournée vers l’Europe. Sa sortie pourrait donc entrainer de nombreuses faillites. Les Grecs seraient ensuite pris par un mouvement de panique. Des retraits massifs d’euros avant la dévaluation entraineraient des faillites bancaires en cascade. Mais cela n’empêcherait pas la population de voir son niveau de vie diminuer, du fait de la baisse des salaires et de la hausse du chômage. Ajoutons à cela la méfiance des investisseurs, et on obtient le cocktail parfait pour une instabilité politique, économique et sociale. Une monnaie différente aurait donc des conséquences difficilement calculables mais facilement imaginables pour Athènes.

Pour l’Europe ensuite, qui n’en sortirait pas grandie. Laisser la Grèce sortir, c’est laisser une porte ouverte vers l’inconnu à tous les pays en difficulté. Et, compte tenu de la taille des économies espagnoles et italiennes, leur sortie, à leur tour, représenterait un grave danger pour l’Union toute entière. Déjà affaiblie par l’incapacité politique et l’atonie économique, l’Europe ne peut se permettre de perdre le peu de crédibilité qu’elle a encore. Et les banques européennes commencent à s’inquiéter. Selon Patrick Artus, économiste chez Natixis, cela leur couterait 166 milliards d’euros. Il pourrait donc y avoir des conséquences dans tous les pays européens. L’abandon éventuel de l’appartenance à la zone euro par Athènes semble donc n’avoir que des conséquences négatives.

L’Europe se déchire sur la question grecque. Il faut désormais que les gouvernants se mettent d’accord pour éviter que la crise latente se transforme en crise patente qui se répandrait dans tous les pays européens surendettés. Et la croissance semble être la seule solution pour que l’Europe ne soit pas la région perdue de l’économie mondiale. Le bras de fer entre l’Allemagne, favorable à la rigueur, et la France, soutenant la croissance, doit rapidement donner un gagnant, sans quoi l’immobilisme fera une nouvelle victime.

CGD

Pour information : Selon les premières estimations du Ministère de l’intérieur grec, le parti Nouvelle Démocratie (droite), favorable au maintien de la Grèce dans l’Europe, a gagné les élections législatives, avec 128 sièges sur 300. Un gouvernement de coalition avec le Pasok socialiste serait à l’étude.

Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Etudiant. Ne pratique pas la langue de bois, et n’aime pas qu’on la pratique. Passionné de politique, aime en étudier la face cachée. Sans concession et en toute objectivité.

No comments yet.

Leave a Reply