Il était une fois la farce israélo-arabe cybernétique…

Il était une fois la farce israélo-arabe cybernétique…

Les « cyber-attaques » n’ont jamais joui d’une grande popularité sur la scène politique, dont les acteurs principaux ne sont d’une part guère familiarisés avec cet univers et d’autre part accaparés par des soucis plus « centraux ». Après tout, n’est-ce pas un simple passe-temps pour geeks en mal de reconnaissance ?

Dans le fond, c’est assez amusant, la chose est moins brutale que la guerre, la vraie : pas de violence physique, pas de sang, pas de morts. C’est comme une partie de ping-pong à laquelle on assisterait avec un air amusé. Bien que le sujet soit vendeur, la pseudo-guerre cybernétique n’en est en fait qu’à ses balbutiements et non à la guerre impitoyable qu’on nous décrit.

La polémique a commencé il y a deux semaines lorsque des hackers supposés saoudiens divulguaient sur Internet plus de 6.000 cartes de crédit israéliennes. Quelques semaines plus tard, un pirate informatique, qui agit sous le pseudonyme de OxOmar se présente comme un wahhabite qui dit avoir comme objectif de pirater des données israéliennes, dont de nombreux sites stratégiques israéliens. En réalité, selon l’excellent site NANO JV, ce jeune homme serait iranien. Un détail qui a toute son importance : si OxOmar est iranien et que c’est l’Arabie Saoudite qui est attaquée en représailles, les conséquences diplomatiques pourraient s’avérer inédites.

Ce hacker estime être « capable de faire tomber n’importe quel serveur internet » et raille : « personne ne peut me trouver, personne ne peut m’arrêter, c’est une guerre unilatérale. » Il déclare notamment à Ynet, un des principaux médias israéliens, vouloir « atteindre Israël par tous les moyens et faire souffrir les autorités israéliennes.  » Il stipule que les attaques diminueront si Israël « s’excuse » ; il exige par exemple une excuse officielle pour Sabra et Chatila, un massacre commis par des phalangistes chrétiens libanais en 1982, après l’assassinat du Premier ministre libanais Bechir Gemayel.

Ainsi, OxOmar aurait fait tomber lundi les sites de la bourse et de la compagnie aérienne El Al, des sites qui remarchaient cependant tous deux normalement dans la même journée. Voyez ici et . Ni les transactions boursières, ni les vols d’El Al n’ont donc été touchés par ces attaques qui ne seraient en réalité ni destructrices ni assez perfectionnées, car elles restent des attaques utilisant les célèbres services DDoS, mettant en jeu une saturation des serveurs pour en bloquer le fonctionnement, ou le remplacement de page d’accueil (homepage) par un slogan ou une image (ici des diatribes anti-israéliennes en arabe). Pas de quoi devenir hystérique : l’attaque d’OxOmar est bien moins handicapante que ce que furent des attaques Stuxnet par exemple. Les plus sophistiqués dans le milieu du hacking, comme la Russie ou la Chine auraient donc de quoi en rire à s’en décrocher les mâchoires.

Les effets de ces opérations sont très peu signifiants : les numéros israéliens mis en ligne par les hackers ont été rapidement désactivés par les banques israéliennes et les mots de passe des comptes électroniques ont été modifiés. La National Information Security Authority (NISA), service de contre-espionnage (dont certaines banques israéliennes ont par ailleurs refusé la « protection »), maintient que les pirates informatiques n’ont pu pénétrer dans aucun des systèmes d’infrastructure stratégique israéliens, tels la Water Authority, Israel Electric Co., etc.

Comme dans tout bon western, un autre joueur du même acabit est entré sur le damier : l’israélien vengeur OxOmer (en référence à son ami OxOmar), qui lui s’est régalé en publiant des éléments confidentiels, comme les numéros de 200 cartes de crédits saoudiennes avec les dates d’expiration, les noms des propriétaires, leurs numéros de téléphone et leurs mails, tout en annonçant qu’il possédait également 300.000 autres numéros qu’il n’hésitera pas à mettre en ligne si les attaques perdurent.

Un cessez-le-feu alors ? Dan Meridor, le ministre israélien chargé des Services de renseignements a critiqué ces faits là en déclarant qu’il ne « fallait pas encourager ce genre de pratique.  » Une position qui ne serait pas du goût d’autres ministres comme Silvan Shalom ou Yuli Edelstein pour la petite histoire…

Les fans d’OxOmar seront donc heureux d’apprendre que ces cyber-attaques sont pour le moins anecdotiques, des cyber attaques d’autant plus qui ne s’attaquent qu’à des sites civils, commerciaux ou bancaires. Dans quelques temps, on réanimera sans doute la question d’un complot orchestré par le Mossad, qui sait, si ça se trouve Israël tire profit de ces attaques… Et d’ailleurs, si Israël en tirait vraiment un bénéfice ? le hoax d’OxOmar pourrait en effet renforcer la capacité israélienne dans la cyberdéfense, déjà plutôt bien évoluée aux dires d’experts. Quand à OxOmar… peut-être sera-t-il lui emprisonné dans les geôles saoudiennes pour avoir trahi ? Soyons fous :)

Ilana Ferhadian

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Etudiante en journalisme, se spécialisant dans les questions internationales. Intraitable, polémiste quand ça lui prend et d'une subjectivité monstrueuse.
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