Hollande / Ayrault : la reconquête

Après avoir été la cible privilégiée des « bashings » dès la rentrée 2012, le couple à la tête de l’exécutif connaît pour la première fois une hausse de sa cote de popularité dans l’opinion. Fin d’une descente aux enfers ou simple rebond conjoncturel ?

Il y a encore un mois, il était devenu habituel d’entendre parler ouvertement de possibles remplaçants à Jean-Marc Ayrault au poste de Premier ministre. Les multiples « couacs » au sein de la majorité, la prise de parole de Vincent Peillon sur la légalisation du cannabis, l’affrontement avec Arnaud Montebourg sur Florange, avaient fini de saper l’autorité du chef du gouvernement. A Matignon, les équipes de communication et le Premier ministre lui-même semblent avoir pris la mesure des changements à opérer.

Nouvelle année, nouvelle com’

Dès les premiers jours de l’année 2013, Jean-Marc Ayrault lance sa contre-attaque : elle prend la forme d’un « nouveau modèle français » que le chef du gouvernement met en avant à deux reprises lors d’allocutions sur le perron de l’Elysée, et dans une tribune publiée dans le Monde du 3 janvier 2013. Il annonce le lendemain son retour sur Twitter avec la réactivation de son compte officiel suspendu depuis son entrée en fonction.

Mais il ne suffit pas d’user des outils de communication pour améliorer son image. Face à des membres du gouvernement turbulents et une majorité plurielle vindicative –en témoignent les critiques ouvertes de Jean-Luc Mélenchon au Front de Gauche, ou de Jean-Vincent Placé chez les Verts- il était temps de soigner ses relations politiques. En ce sens, la journée du 29 janvier 2013 marque un nouveau tournant dans la stratégie du Premier ministre : il rencontre le groupe écologiste à l’Assemblée, se présente pour la première fois à la réunion du bureau national du Parti Socialiste et lance une consultation des groupes parlementaires sur les réformes constitutionnelles (parmi lesquelles figure le droit de vote aux étrangers). Jean-Marc Ayrault se veut plus proche de ses alliés et cherche le rassemblement autour de thèmes fédérateurs.

Si le dernier sondage BVA indique pour la première fois un changement de dynamique dans la popularité du Premier ministre qui passe à 40% d’opinions favorables (+3 points), il est encore trop tôt pour lier cette hausse à l’action même de Jean-Marc Ayrault. La nouvelle carrure de François Hollande, qui se « présidentialise » et aiguise son image de chef de guerre au Mali, bénéficie sans doute aussi largement à ce revirement. « C’est un phénomène de mécanique des fluides. A partir du moment où le président se ‘présidentialise’, le premier ministre se ‘premier ministrabilise' », entend-on à l’Elysée.

Hollande chef de guerre

Lui aussi peut donc se féliciter de sa première hausse de popularité (+4 points à 44%) depuis le début du quinquennat. Lui aussi avait décidé de revoir sa communication dès janvier en nommant Claude Sérillon à l’Elysée. Au-delà de sa fermeté sur le dossier du « mariage pour tous », et du relatif succès des accords patronat-syndicats sur la compétitivité, François Hollande semble surtout avoir bénéficié du double-effet de la libération de Florence Cassez et de la guerre au Mali sur son statut présidentiel.

La rapidité de l’action au Mali, l’unanimité politique dans ce combat et l’autorité de François Hollande sur le sujet ont conféré au Président un nouvel habit de « chef de guerre » qui lui confère, de fait, une nouvelle posture. En restant discret au retour de Florence Cassez, laissant sa compagne Valérie Trierweiler accueillir la jeune femme à l’Elysée et en évitant toute récupération politique du dossier, où Nicolas Sarkozy avait lui-même été un acteur majeur, François Hollande aurait donc trouvé « la bonne posture » qu’il évoquait au moment de ses vœux aux journalistes en début d’année.

Pourtant, l’exécutif ne saurait crier victoire trop vite tant les prochains sujets à débattre préfigurent de nouveaux défis politiques. A l’étranger, l’avenir de l’action armée au Mali sera décisif pour l’opinion. Si le conflit venait à s’éterniser, enlisant le pays dans un nouveau bourbier militaire, les conséquences pourraient être désastreuses. A l’intérieur des frontières, si la majorité peut se satisfaire d’une grande unité sur le sujet de l’ouverture du mariage, il sera sans doute plus difficile de jouer avec les composantes à gauche lorsque viendront les débats sur la réforme bancaire ou le vote des accords de compétitivité.

La grève du 31 janvier 2013, menée par les fonctionnaires, frange importante de l’électorat socialiste, sème aussi le doute sur la force du lien entre le président et ses électeurs. Le dernier sondage BVA montre ainsi que 49% des sympathisants de gauche estiment que la politique du chef de l’Etat n’est « pas assez à gauche ». A force de jouer les équilibristes sur le fond de son action politique, comme sur la forme de sa communication, François Hollande risque aussi de mécontenter les deux ailes de son électorat. Ce regain de popularité sonnera alors comme un lointain souvenir.

Raphaël Moreaux

 

Tags: , , , , , , , , , , , , , , , ,

Autoproclamé "meilleur d'entre nous". Et si j'étais jaloux de M.Juppé ?

Aucun commentaire actuellement

Laisser un commentaire