Hollande cible la rigueur !

Étant donné qu’il manque 8 milliards d’euros à l’État pour boucler son budget annuel, François Hollande, par l’intermédiaire de son Premier ministre Jean-Marc Ayrault, va appliquer une « discipline budgétaire ministérielle ».

L’euphorie de la victoire à la Présidentielle et aux législatives se termine enfin pour François Hollande. Celui-ci se voit contraint de faire un brusque retour à la réalité. En effet, la conjoncture budgétaire délicate de la France le pousse à appliquer une politique impopulaire et pourtant nécessaire : la rigueur budgétaire. Cependant, les efforts budgétaires seront répartis dans les frais de fonctionnement des différents ministères et ne seront pas imputés aux prestations sociales, qui frapperaient directement la consommation des ménages. Ainsi, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a envoyé une lettre de cadrage aux différents ministères afin de leur imposer une limitation de leurs différents budgets et donc de leur train de vie, même si certains ministères ne sont pas concernés.

Les ministères de l’Éducation nationale, de la Justice et de l’Intérieur épargnés

Dans son programme présidentiel, François Hollande avait promis de créer 60.000 postes dans l’Éducation nationale durant son quinquennat, c’est pourquoi il ne peut se permettre de trop galvauder une de ses promesses de campagne en réduisant drastiquement le budget de l’Éducation nationale. Ainsi, à la rentrée 2012, Vincent Peillon a annoncé que 1.000 postes de professeurs des écoles allaient être créés, de même que 6.000 dans le secondaire ainsi que 75 postes de CPE, et environ 1.500 postes d’employés de vie scolaire afin d’imprimer un effet de balancier strictement inverse à celui imprimé par l’ancien gouvernement Fillon.

De plus, la prime de rentrée scolaire sera augmentée de 25% à la rentrée prochaine afin de faciliter l’achat des fournitures scolaires en temps de crise, ce qui nécessite donc une rallonge du budget ministériel. Pour finir, Michel Sapin a annoncé la création de 80.000 emplois aidés supplémentaires dont la plupart seront affectés budgétairement à l’Éducation nationale, ce qui coûtera environ 400 millions d’euros à l’État. L’austérité ministérielle est donc ici inapplicable dans un contexte électoral où Hollande avait promis de faire de l’Éducation nationale l’un de ses chantiers prioritaires.

Du côté des ministères de l’Intérieur et de la Justice, François Hollande avait aussi promis durant la campagne présidentielle de renforcer les effectifs de la police, de la gendarmerie et de la justice de 1.000 postes par an, soit 5.000 sur l’ensemble du quinquennat afin de consolider la sécurité dans les zones sensibles avec notamment le retour de la police de proximité chargée de normaliser les relations entre les habitants des quartiers et la police. La rigueur ministérielle est là aussi impossible par rapport aux promesses électorales de François Hollande au niveau des ministères régaliens.

Rigueur budgétaire pour tous les autres ministères

François Hollande a ainsi demandé à Jean-Marc Ayrault d’adresser à tous les autres ministères une lettre de cadrage. Celle-ci est un ordre à la discipline budgétaire avec une réduction des fonctionnaires de 2,5% par an jusqu’en 2015 ainsi que celle des frais de fonctionnement des ministères de 7% en 2013. Ainsi, le matériel et le personnel à disposition des différents ministres seraient donc largement réduits et pourraient les pousser à utiliser l’enveloppe budgétaire allouée de façon raisonnable.

Le but de ces mesures est évidemment symbolique car le gouvernement souhaite ainsi se placer sur un pied d’égalité par rapport aux Français qui subissent la crise de plein fouet. Le gouvernement veut ainsi mettre en place une harmonisation des efforts par rapport à la crise afin d’être en résonance avec les Français. Cependant, le symbole sert de camouflage à la situation économique difficile du pays.

L’état délicat des finances publiques : principale cause de l’austérité budgétaire

La crise économique qui a frappé le pays est assurément l’élément moteur de l’austérité budgétaire. En effet, avec une croissance fixée à 0% pour le premier trimestre 2012, l’État ne va pas retrouver de sitôt des recettes liées à la consommation des ménages et à la production des entreprises. De plus, avec un pouvoir d’achat au plus bas depuis 1984 avec un net recul de près de 1,2% en 2012, la consommation est bel et bien bloquée pour le moment et donc les recettes liées à la TVA vont progressivement se dégrader.

Ce contexte de ralentissement économique est également néfaste pour le gouvernement car il réduit sa marge de manœuvre pour d’éventuels ajustements liés à des dépenses imprévues. Par ailleurs, le déficit du commerce extérieur français estimé à 70 milliards d’euros ne permet pas au gouvernement de bénéficier de revenus associés à la vente de produits à l’étranger. Les nombreux plans sociaux prévus en France reflète parfaitement la désindustrialisation subie par le pays, et donc illustre idéalement le grand déficit du commerce extérieur français.

L’objectif de la rigueur : rassurer l’Union européenne et les marchés financiers

Avec un sommet européen portant sur des solutions liées à la sortie de crise de la zone euro, autant dire que la discipline budgétaire reste la seule solution envisagée par Bruxelles pour maintenir la monnaie unique. Hollande souhaite ainsi respecter son engagement européen de réduire le déficit public à 4,5% du PIB fin 2012 et montrer l’exemple par rapport à ses partenaires européens qui appliquent la discipline budgétaire. De plus, Hollande veut aplanir les tensions avec l’Allemagne, pour qui la rigueur budgétaire reste la règle d’or qu’elle souhaite imposer à l’Europe communautaire.

Aussi, Hollande veut (et doit ?) rassurer les marchés financiers. En effet, son projet d’Eurobonds n’étant pas vraiment d’actualité pour Merkel, il doit pour le moment se contenter d’apaiser les marchés financiers afin de maintenir son double A, et donc de maintenir le taux d’intérêt de ses emprunts à 3%. L’emprunt à un taux d’intérêt réduit sur les marchés financiers reste donc pour le moment la seule solution viable de François Hollande pour assurer le fonctionnement des différents budgets de l’État, mais aussi le respect au moins relatif de l’ensemble de ses promesses électorales.

Nordine Khouane

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Étudiant en Master Science Politique à Lille 2. Je suis partisan d'une actualité réflexive où les faits donnent place à des pistes d'analyse variées et sans langue de bois.

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