Interview : la nouvelle France d’EELV par Yves Contassot

Vendredi 8 juin 2012, Politique.com avait rendez-vous avec Yves Contassot, conseiller de Paris et du 13e arrondissement pour le groupe EELV [1]. Afin de mieux connaître son engagement au quotidien dans la vie des Français, quelle vision de l’Europe est défendue par son parti, quelles leçons les Verts doivent tirer des présidentielles et leurs projets pour la France, Yves Contassot répond à toutes nos questions.

Politique.com- Comment se passe votre implication au sein du 13e arrondissement ? Est-ce qu’il y a des grands projets que vous souhaiteriez mener ?

Yves Contassot- Il y a surtout ceux que l’on combat. Par exemple les aménagements de tours sur la Rive gauche. C’est très compliqué parce que les arrondissements ont très peu de capacité d’initiative. C’est la Mairie de Paris qui propose aux arrondissements tels ou tels aménagements. Ce ne ne sont pas eux qui ont en main les grands projets d’urbanisme, c’est très centralisé. Nous nous sommes d’ailleurs prononcés très clairement pour qu’il y ait un grand Paris dans lequel ce ne serait pas la ville de Paris qui serait représentée mais les arrondissements qui deviendraient des communes de fait, de plein exercice. Quand on a des arrondissements comme le 13e qui font 180.000 habitants, ce n’est pas très sérieux de leur refuser le statut de « commune de plein exercice ».

On veut une vrai décentralisation, y compris budgétaire. Pas à 100% cependant parce qu’on pense qu’il y a une partie qui doit rester centralisée pour faire de la péréquation.

On veut une vrai décentralisation, y compris budgétaire

Politique.com- Comment expliquez-vous le score d’Eva Joly aux dernières présidentielles, de 2,31%, que l’on peut considérer comme décevant par rapport aux attentes du Parti EELV ?

Yves Contassot- Il y a plusieurs raisons. D’abord cela a été très compliqué en interne avec cette primaire qui a quand même laissé des séquelles : on a vu Nicolas Hulot qui s’était engagé et qui a ensuite refusé de « tenir sa parole » [2], des gens qui avaient soutenu Nicolas Hulot qui du coup ne se sont pas sentis non plus impliqués dans la campagne. Une autre difficulté était le fait de devoir gérer à la fois une candidature à la présidentielle et un accord législatif EELV-PS.

Par ailleurs, y a eu des erreurs dans la campagne, très clairement. Par exemple la gestion de l’accord où Eva Joly n’était pas associée. On ne l’a pas préparée et elle s’est retrouvée en porte-à-faux au moment où l’accord a été signé. Et évidemment, on l’a vu le lendemain, elle est passé de 6 à 3% dans les intentions de vote et on n’a jamais redécollé. Autre erreur, « l’histoire du 14 juillet », pas préparée. Même si sur le fond elle avait « raison », c’était une erreur. L’histoire des « jours fériés pour les musulmans » en était une autre. Il y a eu une série d’erreurs de communication, des coups médiatiques qui n’ont pas eu les effets escomptés. Et je crois aussi qu’il y avait le souci du vote utile, une volonté de faire perdre M. Sarkozy qui a balayé un peu tout le reste. De plus le système électoral est tel qu’on est pris dans un cirque politico-médiatique et Eva Joly n’est pas faite pour ça. Elle manque d’expérience. Quand un journaliste lui posait une question elle répondait directement par « oui » ou « non » : aucun politique ne fait ça.

Il y a eu une série d’erreurs de communication, des coups médiatiques qui n’ont pas eu les effets escomptés

Politique.com- D’autre part, on sait que vous avez comme projet d’accélérer le développement des industries vertes, comment est-ce que cela s’organiserait au niveau du territoire ?

Yves Contassot- Objectivement, aujourd’hui, il n’y a pas de politique d’aménagement du territoire, elle est abandonnée en France depuis des années. Donc il faut avoir aujourd’hui des projets globaux avec une vraie vision de ce qu’est la France. Un premier élément à noter est que les gens sont nomades, on voit bien que la notion de l’espace et du temps est bouleversée. Deuxièmement, quand on parle « d’aménagement du territoire », il faut définir ce qu’est le « territoire ». C’est la commune ? C’est l’intercommunalité ? C’est la région ? C’est nos micro-régions françaises ?

Si on veut être efficace il faut une Europe des régions et donc prévoir des grandes euro-régions, par exemple huit ou neuf sur lesquelles on peut avoir un véritable projet territorial ou l’espace, la cellule de base, n’est plus la micro-commune telle qu’on la connaît mais l’intercommunalité et, à partir de là, on peut avoir des vrais projets de territoires. Il faut aussi une volonté politique pour opérer une transition écologique. Pour un kilowattheure produit dans le nucléaire, il faut six fois plus d’emplois que pour produire ce même kilowattheure dans le renouvelable ; et ces emplois ne sont pas délocalisables. De plus, pour la filière photovoltaïque, on constate aujourd’hui que le rythme des innovations technologiques permettant de faire baisser les prix est aussi rapide que celui qu’a connu le secteur informatique dans les années 1980. Il faut qu’en France on recrée nos filières. En face, le nucléaire est une aberration économique, le démanteler ou le maintenir, on le sait, coûte la même chose.

Si on veut être efficace il faut une Europe des régions

Politique.com- On voit actuellement, aux Etats-Unis, que le secteur du photovoltaïque n’est pas compétitif face aux produits chinois, moins chers. A supposer que la France rattrape son « gap technologique et éducatif » concernant la filière « énergies nouvelles », comment compter vous affronter la concurrence chinoise, qui met déjà en difficulté le « made in USA » ?

Yves Contassot- Ce n’est pas seulement vrai pour le photovoltaïque, c’est vrai pour tout ce qui est importé. Ce que nous pensons, c’est qu’il faut des écotaxes à l’entrée de l’Europe de manière à ce qu’il n’y ait pas un dumping social ou environnemental de la part d’entreprises qui fabriquent dans des conditions sociales scandaleuses – avec l’emploi d’enfants. Avec ce système d’écotaxes on peut retrouver une compétitivité réelle à moyen-terme, à condition qu’il y ait une vraie volonté politique d’aide aux filières. Mais la solution doit se faire au niveau européen. Pour cela, il faut qu’il y ait une volonté politique commune. Il faut cesser d’adopter des stratégies nationales et préférer une politique commune. Nous ne sommes pas pour « l’Europe des pays » mais pour « l’Europe des régions » de manière à avoir une vraie Europe fédérale où il y ait une dynamique qui se crée et qui ensuite porte ça au plan international.

Il faut cesser d’adopter des stratégies nationales et préférer une politique commune

Politique.com- Quelle Europe politique voulez-vous construire ?

Yves Contassot- Aujourd’hui, personne ne peut prétendre parler au nom de l’Europe. Le jour où l’on élira des députés européens non pas au niveau de chaque micro-circonscription mais sur une liste européenne unique, là, ça changera tout. Parce qu’ainsi on pourra créer une opinion publique européenne. Actuellement on a des opinions publiques complètement éclatées, avec des discours anti-européens comme on connaît bien en France et ailleurs : tout ce qui va mal est la faute de Bruxelles et tout ce qui va bien c’est grâce au gouvernement français. On parle de plus en plus d’union bancaire, c’est une bonne chose. Avant, quand on évoquait ces questions-là, on vous riait au nez en vous disant « pas question » ; on voit bien que ça progresse. Nous sommes évidemment pour une Europe fédérale.

Nous sommes évidemment pour une Europe fédérale

Politique.com- Comment prendre en compte les différences de culture en Europe ? Peuvent-elles poser un problème pour la convergence économique et sociale à laquelle vous prétendez ?

Yves Contassot- Culture ne veut pas dire condition sociale ; on peut avoir des cultures radicalement différentes et pour autant avoir des normes sociales et environnementales qui soient les mêmes. Je crois qu’il ne faut pas mélanger les deux. On est effectivement pour le droit à la culture différenciée. Il n’est pas question de les gommer. Surtout que, en période de crise, les replis identitaires sont toujours à l’œuvre. Il faut alors les dépasser en disant : certes il y a des problèmes mais regardons comment, en sortant par le haut, on peut aller plus loin et prendre la diversité comme un atout et non pas comme une faiblesse. C’est notre pari.

On est effectivement pour le droit à la culture différenciée

Edouard d’Espalungue, CGD (crédit photo : CGD)

Notes-

[1] EELV, Europe Ecologie Les Verts, dont la secrétaire nationale est Cécile Duflot

[2] Plus récemment, Nicolas Hulot a déclaré « J’ai voté Mélenchon à la présidentielle », au micro de RMC/BFM TV, 20 juin 2012

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