Interview exclusive de Nicolas Dupont-Aignan

M. Nicolas Dupont-Aignan a accepté de répondre aux questions de Politique.com. Interview exclusive.

– M. Dupont-Aignan, on lit sur le site officiel de votre parti  que certains de vos soutiens regrettent la candidature récente de Jean Pierre Chevènement à l’élection présidentielle de 2012. Son programme politique étant extrêmement similaire au vôtre, certains membres de votre parti s’inquiètent d’un potentiel éparpillement des voix tournées vers le souverainisme national. Souhaitez vous par conséquent une potentielle alliance avec M. Chevènement dans le cadre de ces  élections ? Ou pensez vous pouvoir passer outre cet énième obstacle apporté à vos chances de victoire à l’élection présidentielle  ?

Nicolas Dupont-Aignan : M. Jean-Pierre Chevènement partage en effet de nombreux points communs avec l’idéal gaulliste et républicain que je défends. A cet égard, nous avons pu à de multiples reprises nous retrouver côte à côte dans notre combat pour que la France recouvre sa liberté, pour que la République soit de nouveau notre bien commun et que l’intérêt général prime sur les intérêts particuliers.

Cette proximité a d’ailleurs fait que de nombreux compagnons de route de Jean-Pierre Chevènement lors de sa campagne de 2002 ont décidé de nous apporter leur soutien pour cette échéance capitale de l’élection présidentielle. Je pense notamment à MM. François Morvan ou Laurent Pinsolle, respectivement aujourd’hui vice-président et porte-parole de Debout la République.

Je n’ai par conséquent aucune crainte ou regret relativement à la candidature de M. Chevènement. Je ne puis, au contraire, que me réjouir de voir que les idées que j’ai été parmi les premiers à défendre, notamment aux côtés de Philippe Séguin, soient aujourd’hui reprises dans le débat politique, comme l’a fait Arnaud Montebourg lors des primaires PS ou plus récemment François Bayrou sur le « produire français ».

Vous déclarez régulièrement qu’un potentiel rapprochement à l’égard du Front national (FN)est contraire à vos idées, FN qui pourtant est politiquement assez proche de vous, notamment à l’égard de votre vision de l’immigration et de la monnaie commune. Quelles sont donc les véritables différences qui vous opposent avec les partisans du parti frontiste ?

Je ne peux que me réjouir de voir que Marine le Pen semble avoir rejoint mes positions sur des sujets importants comme l’euro ou le protectionnisme sélectif, thèmes que je défends depuis 1992 aux côtés de Philippe Séguin, alors que le programme économique du FN était encore très atlantiste et libéral.

Le véritable clivage de la vie politique française n’est d’ailleurs plus aujourd’hui entre la gauche et la droite, mais entre les mondialistes qui rêvent d’une Europe fédérale qui uniformise et les patriotes qui savent que la liberté et la démocratie ne sont garanties que dans le cadre national.

Ce contexte, Marine Le Pen semble l’avoir compris. Mais justement, pour pouvoir redresser la France et la libérer de ses féodalités extérieures et intérieures, il faudra le rassemblement de tous les Français qui respectent les lois de la République au service de l’idéal universel français.

Or aujourd’hui, je constate que Marine Le Pen est encore prisonnière d’un Front National qui a tendance à distinguer entre plusieurs catégories de Français, à confondre patriotisme avec nationalisme.

De même, sur les questions sociétales ou la politique internationale, certaines propositions du FN ne correspondent pas tout à fait au sérieux avec lequel j’exerce depuis 15 ans mes responsabilités de maire et d’élu de la nation.

L’avenir nous montrera si Marine Le Pen arrive à s’extraire de ses ambiguïtés pour bâtir un projet véritablement capable d’accéder aux responsabilités, plutôt que de servir d’alibi au système de l’UMP¨et du PS qui jouent encore du FN pour décrédibiliser notre projet patriotique et pour se maintenir au pouvoir.

– Vous avez déclaré lors de l’émission « On est pas couché » sur France 2, que la véritable frontière politique n’était plus celle entre la gauche et la droite mais celle entre les « pros » et les « anti »-mondialistes. Sur quoi cet antagonisme repose-t’-il exactement ?

Aujourd’hui, la vie politique française repose sur un faux clivage. S’il y a bien sûr des différences entre l’UMP et le PS, il y a aussi (et surtout) de fortes convergences sur le modèle politique et économique qu’ils ont mis en place depuis trente ans.

Le PS, et l’UMP ont en effet tous deux défendu et signé tous les traités européens qui – de l’Acte unique au Traité de Lisbonne en passant par Maastricht – ont soumis notre pays aux pouvoirs supranationaux et aux intérêts privés.  De sorte qu’ils sont aujourd’hui, PS comme UMP, comme le disait le regretté Philippe Séguin, les détaillants du même grossiste européen.

Le véritable clivage est donc bien aujourd’hui entre ceux qui acceptent ce système euro-libéral qui conduit à une mondialisation inhumaine, ou ceux qui défendent un modèle alternatif. Je suis bien sûr dans le camp des seconds.

Quelle serait votre première réforme en cas d’une victoire de votre part à l’élection présidentielle ?

Vu l’état dramatique de la situation économique de notre pays, deux grandes mesures doivent être mises en œuvre rapidement pour redresser la situation de l’emploi en France. Car c’est bien sûr du retour de la croissance que découlera le sursaut et que l’on pourra enfin envisager de réduire la dette.

Il faudra donc (par référendum) au plus vite la transformation de l’euro monnaie unique en monnaie commune où l’euro-franc, l’euro-marck, l’euro-drachme…  fluctueraient selon la productivité des économies nationales, et seraient adossés à une monnaie de réserve européenne pour les banques et les grands groupes. Cela permettra également à la France de retrouver sa liberté monétaire et donc de s’extraire de la domination des marchés financiers sur lesquels l’Etat est aujourd’hui contraint d’emprunter.

Il faudrait par ailleurs instaurer un protectionnisme intelligent afin de rétablir la loyauté de l’échange entre la France et les pays à bas coûts, comme par exemple la Chine. C’est le seul moyen de préserver notre industrie et de restaurer sa compétitivité. Il faut refuser le nivellement social et environnemental généralisé par le bas.

– Sur le plan économique vous adoptez une posture particulièrement anti-libérale comme la lutte contre les agences de notation et les banquiers, et les points communs que vous entretenez à l’égard de l’extrême-gauche ne se comptent plus. Seriez-vous favorable à la création d’un vaste parti anti-libéral regroupant toutes les tendances de ce mouvement, des identitaires aux communistes, de Montebourg à Philippe de Villiers ?

Au contraire de ceux qui veulent construire une Europe fédérale et uniforme qui nie les démocraties, je défends l’instauration d’une Europe des projets, à la carte, où chaque nation puisse s’associer selon ses projets à ses voisins. Au lieu d’unifier les faiblesses, on mutualiserait ainsi les forces et les énergies. Airbus, Ariane, et la réconciliation avec l’Allemagne n’ont pas eu besoin de l’euro et de M. Barroso !

J’ai un peu la même optique en ce qui concerne les « alliances » politiques au sein du camp des patriotes. MM. Mélenchon, De Villiers, Chevènement, Montebourg, peuvent chacun se retrouver sur certaines positions que je défends. Nous avons pourtant tous nos particularités, et je refuse notamment toute compromission avec l’UMP comme le PS mondialistes. Par conséquent, il ne peut y avoir d’alliance dans la mesure où il n’y pas de projet commun.

– On vous sait en difficulté à l’heure actuelle dans l’obtention des 500 parrainages nécessaires à l’élection présidentielle. Défendez-vous cette mesure et à l’heure actuelle pensez vous pouvoir avoir la certitude d’obtenir ce sésame nécessaire à temps afin de pouvoir vous présenter à l’élection ?

S’il est bien sûr de plus en plus difficile pour un candidat qui n’est pas issu du système bipartisan d’obtenir ses parrainages, je suis au contraire sur une dynamique très positive. Nous avons dépassé les 450 parrainages et nous sommes sur un très bon rythme. Les maires ont compris qu’il fallait donner la possibilité à une voix alternative et sérieuse de s’exprimer en 2012. Je serai donc candidat en 2012.

En outre, le sérieux de notre programme et ma totale indépendance jouent je le crois dans la décision des maires de nous parrainer. J’ai également pu compter sur une très bonne organisation avec plus de 200 missionnaires actifs sur tout le territoire.

– Dans le cas d’une défaite de votre part à ces élections, votre campagne risque de n’être pas remboursée. Cela annoncerait-il une faillite annoncée à l’égard de votre parti ? ou pensez vous qu’un échec serait quel qu’il soit surmontable, financièrement et politiquement ?

Nous avons toujours réussi à financer nos campagnes (européennes et régionales notamment) grâce au soutien et au dévouement de nos adhérents et sympathisants. Je ne suis absolument pas inquiet sur nos capacités à sortir indemnes financièrement de cette élection présidentielle. Nous ne ferons aucune dépense superflue et nous n’emprunterons pas : nous resterons dans le cadre du budget de campagne alloué par l’Etat à chaque candidat ayant rassemblé 500 parrainages.

– On sait que votre parti est loin de se composer d’autant de membres que la plupart des « grands partis » français et vos partisans ne sont pas réellement médiatisés. Si vous deviez devenir Président, seriez vous favorable à la composition d’un gouvernement d’ouverture ? ou pensez vous que « Debout la République » a la matière pour composer plus ou moins intégralement un gouvernement ?

Médiatisation n’est pas toujours synonyme de qualité ! Vous découvrirez pendant cette campagne que je suis entouré de nombreux talents et nombreux élus. En outre, j’ai déjà annoncé qu’ une fois élu je formerai un gouvernement de « salut public » rassemblant tous ceux qui souhaiteront libérer la France et la rassembler.

– On vous accuse souvent de vouloir isoler la France des grands enjeux mondiaux en voulant vouloir refuser tout pouvoir supranational tels que le droit communautaire et la monnaie unique. Que souhaitez vous répondre à ces attaques ?

C’est bien sûr tout le contraire : c’est de ma volonté de rendre à la France toute sa place dans les grands enjeux mondiaux que découle mon désir de lui rendre sa souveraineté. La voix de la France n’est entendue que lorsque la France est libre. Souvenez-vous de la portée dans le monde entier du refus par Jacques Chirac d’engager la France en Irak.

La soumission de la France aux pouvoirs supranationaux et aux féodalités privées n’a eu au contraire pour conséquence que de favoriser les grands groupes, de laisser prospérer les pays qui jouent sur l’esclavage comme la Chine, et de soumettre le continent européen tout entier aux puissances financières. Où donc est passée l’Europe puissante qu’on nous vantait tant ?

Je crois au contraire que c’est en s’appuyant sur ses peuples – et non sur quelques technocrates non-élus – que notre continent pourra de nouveau peser sur les affaires du monde, et en premier lieu rompre avec cette mondialisation inhumaine.

 Nathan Cahn

Tags: , , , , , , , , , , , , , ,

Etudiant Parisien en droit et en journalisme. Partial mais juste La vingtaine Elève de l'ESJ Paris et de la Sorbonne Paris I (L2 Droit) Armé d'ambitions Aime le Whisky

Aucun commentaire actuellement

Laisser un commentaire