Ces Français qui soutiennent Mitt Romney

Pierre Toullec, un breton de 26 ans, étudiant à L’Ecole supérieure de commerce Bretagne-Brest et diplômé de la Rouen Business School en gestion des entreprises, est celui qui a fondé le comité de soutien « Romney France ». Un comité très actif sur internet, qui rassemble près de 500 sympathisants, mais aussi sur le terrain. Ce comité défend les valeurs du Parti républicain. Pour lui, il est nécessaire d’expliquer aux Français pourquoi ils devraient soutenir Mitt Romney.

Interview de Pierre Toullec, président du comité MittRomney France.

  • Ilana Ferhadian : Combien de personnes sont actives dans votre comité et surtout de quelle couche sociale viennent ces militants ?

Pierre Toullec : Nous avons à ce jour 34 personnes activement engagées en tant que bénévoles. La grande majorité de ces personnes sont des étudiants, la moyenne d’âge étant de 24 ans. Le reste des militants sont des salariés, des auto-entrepreneurs ou des chefs d’entreprise.

  • IF : Quand est-ce que s’est produit en vous cet intérêt pour la politique américaine ?

PT : Cela remonte à très longtemps, j’ai commencé à m’y intéresser à l’époque du 11 septembre 2001. Cela dit, c’est le traitement de la victoire Démocrate par les médias qui m’a vraiment encouragé à m’engager fin 2006.

  • IF : Qu’est-ce qui vous a poussé à soutenir les valeurs de la droite américaine ?

PT : J’avais déjà des convictions principalement libérales, au sens français du terme. En 2006 j’ai senti qu’il manquait quelque chose dans l’information, dans la manière dont les choses étaient dites et en particulier sur la droite américaine. D’ailleurs, c’était juste après les élections des Mid-Term aux Etats-Unis lorsque les républicains venaient d’être défaits. C’est donc sur ce sujet que j’ai eu envie de m’exprimer, pour expliquer pourquoi j’étais moi aussi passionné par la politique américaine et surtout pourquoi en tant que que libéral je me retrouvais très bien dans les valeurs de la droite américaine.

Mitt Romney est un personnage admirable, moral

  • IF : Quel est l’objectif concret de Mitt Romney France ?

PT : L’objectif est double. La première chose, c’est que nous souhaitons préparer autant que possible par la communication les citoyens français pour éviter qu’il y ait, comme en 2000, un clash extrêmement énorme envers les Etats-Unis lorsque le président Bush a été élu. On désire que les français découvrent qui est Mitt Romney, quel est son programme, quelle est sa vie etc. Mitt Romney est un personnage vraiment admirable, qui a travaillé très dur toute sa vie, qui a toujours été moral, qui s’est toujours très bien comporté et qui a les compétences pour diriger son pays. Il est important que les français le sachent, ainsi si Mitt Romney est élu président, il y aura beaucoup moins de chance qu’il y ait un retour de bâton comme en 2000.

La deuxième chose, c’est que la France et l’Europe en général sont dans une période politique, économique et sociale désastreuse. Mitt Romney propose de nombreuses solutions que nous pourrions reprendre dans l’ensemble de l’Europe pour régler de nombreux problèmes, notamment en économie et en politique. Nous souhaitons donc expliquer cet objectif aux Français pour qu’ils aient une vision plus étendue sur la manière dont la droite américaine agit et résout les problèmes.

En France, il n’y a aucune compréhension de l’économie

  • IF : En quoi le programme de Mitt Romney serait bénéfique pour la France s’il est élu ?

PT : Pour deux raisons. Premièrement, si Mitt Romney est élu président, les conséquences de sa présidence seront pour nous directement une bonne chose. Les Etats-Unis constituent 20 % du PIB mondial, donc ils représentent une part majeure de l’économie pour le monde entier. Suite à la crise de 2008, il n’y a pas eu un retour de la croissance, donc ce pays stagne. La conséquence est que le monde entier stagne. S’il n’y a pas un retour rapide de la croissance, nous allons continuer à stagner. Bien entendu, la situation européenne est aussi en grande partie la conséquence des politiques des européens.

Le programme de Mitt Romney est extrêmement concret. Pour donner un exemple, en France nous vivons de plein fouet la crise de l’énergie. Le programme de Mitt Romney est d’arriver à l’indépendance énergétique de l’Amérique du Nord ; c’est réellement possible puisqu’il y a des réserves au Canada et sur de nombreux territoires américains, que Barack Obama a empêché de voir se développer aujourd’hui. Si les Etats-Unis parviennent à cette indépendance énergétique, ils n’auraient plus besoin du pétrole du Moyen-Orient. Par conséquent, notre dépendance par rapport à ce pétrole là sera vu différemment, puisque ces pays auront perdu des clients très importants et seront obligés eux-mêmes de diminuer leurs prix. Par conséquent, le prix à la pompe de l’essence sera bien inférieur.

Deuxièmement, avec le gouvernement actuel, l’état est omniprésent ; il n’y a aucune conception économique et aucune compréhension de l’économie. Je vais vous donner un exemple très simple : Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif a dit sur BFM TV que sa politique fiscale n’allait pas du tout contre les entrepreneurs parce que justement, si un entrepreneur paye son entreprise et la garde, plus il la gardera d’années, moins il payera d’impôts. Le projet de Montebourg a pour objectif de forcer, par l’incitation fiscale, les entrepreneurs à rester à la tête de leurs entreprises. Or, certains entrepreneurs peuvent être de très bons manageurs, mais d’autres peuvent être très mauvais. Un entrepreneur n’est pas un manageur. L’entrepreneuriat est différent du management d’une entreprise. De plus, si les impôts sont élevés sur la revente d’une entreprise, en particulier nouvellement créée par un entrepreneur, alors cela décourage l’entrepreneur potentiel de créer cette entreprise, et donc décourage l’entrepreneuriat. C’est là qu’on voit qu’Arnaud Montebourg ne comprend absolument rien à l’économie.

Mitt Romney propose un plan économique qui est exactement l’inverse, qui consiste à cesser de taxer autant que possible les petites entreprises, et diminuer les régulations qui empêchent les gens de créer. Si nous appliquons ça en France, nous pourrions relancer le réseau des petites entreprises et le monde de l’entrepreneuriat.

L’Europe a un complexe par rapport à ses minorités

  • IF : Selon un sondage Harris Interactive réalisé pour le journal Marianne, 88 % des français se déclarent en faveur de la victoire de Barack Obama, comment expliquez-vous cet engouement et cette popularité à l’égard du président sortant ?

PT : Le Président Obama est un symbole. Il est le premier président afro-américain dans une Europe qui, à l’heure actuelle, a un énorme complexe par rapport à ses minorités, et qui n’a pas su, d’une manière générale, gérer ses minorités. Si vous n’êtes pas blanc, vous n’arrivez pas à vous en sortir. Non pas à cause d’un pseudo-racisme comme on l’entend toujours, mais simplement parce que vous vous enfermez en tant que personne qui, entre guillemets, n’est pas de la « majorité », ancré dans une culture de l’assistanat qui dit qu’on ne va pas s’en sortir. Donc ce qu’on va faire, c’est taxer tout le monde, limiter les opportunités de trouver du travail, tout en préservant en revanche l’importance de donner de l’argent public à ceux qui en ont besoin. Ce qui fait que vous vous retrouvez dans cette situation de précarité et de dépendance par rapport à l’état, qui n’arrive pas à développer les compétences qui permettront aux gens de trouver un travail, de monter dans la société et de potentiellement devenir élu.

Je sais très bien que ce fantasme n’est pas prêt de se réaliser si Barack Obama est ré-élu. Mais tout ce que les gens savent du président Obama, c’est qu’il parle bien et qu’il mène continuellement une politique sociale. On dit aux gens qu’il fait une politique sociale mais on ne leur explique pas que le taux de pauvreté n’a jamais été aussi élevé aux Etats-Unis et qu’une personne sur 6 souffre de pauvreté. On ne leur dit pas que le nombre de chômeurs à doublé en 4 ans, on ne leur explique pas que le président Obama, pour sa grande dépense de santé, a pris l’argent qui était garanti pour la retraite et la santé des seniors ; cela afin de financer son grand plan qui ne plait pas aux américains. Ainsi si on ne leur explique pas tout ça, forcément les gens ne trouvent rien à redire au président. Obama a une très belle image, qui donne envie de voter pour lui mais si on regarde dans les détails, c’est là ce que ça bloque.

  • IF : Mais est-ce que vous ne pensez pas justement que les français ne sont pas vraiment prêts pour ce libéralisme à l’américaine, quand on sait que la France est un pays extrêmement socialisant, voire socialiste ?

PT : Oui, je pense qu’il y a un véritable problème à ce sujet. Cependant je pense que face aux problèmes que nous avons, si les français avaient la possibilité d’entendre un discours différent, cela changerait les choses et nous faciliterait la vie. C’est d’ailleurs l’objectif de Mitt Romney France. Il y a beaucoup de choses horribles dites sur Mitt Romney, donc la plupart des gens ne comprennent pas comment c’est possible de soutenir le gouverneur Romney. Les gens nous demandent : « Mais comment pouvez-vous soutenir un tel monstre ? », et c’est là qu’on commence à discuter avec eux, qu’on leur présente le vrai programme de Mitt Romney et ses accomplissements. Le choc intellectuel est tellement fort, puisque la réalité est tellement loin de ce qu’ils entendent tous les jours, qu’ils se disent que cela requiert simplement de la logique de vouloir soutenir Mitt Romney. Voilà notre travail : apporter une vision entièrement différente de ce qu’est le libéralisme, en particulier dans la droite américaine.

  • IF : Pensez-vous qu’il y a une volonté de la part des médias français de détruire l’image de Mitt Romney ?

PT : Je pense que c’est un très gros problème culturel. Dans le monde entier en général, les médias sont plutôt de gauche. Mais à côté de ça, il y a une forte différence culturelle avec les Etats-Unis qui est liéé à la religion, la liberté, la place de l’individu dans la société. Lorsque vous avez baigné dans une culture socialiste toute votre vie, même si vous essayez de faire volontairement un bon travail de journaliste, vous vous retrouvez avec un système que vous ne comprenez absolument pas et qu’il vous faut essayer d’expliquer. Pour moi la volonté des journalistes Français d’être « objectifs » est le problème. L’objectivité n’est pas possible car elle implique la capacité à se détacher de ses opinions. Il faut que les journalistes acceptent d’avouer leurs opinions mais qu’ils agissent de manière impartiale. Si nous avions un système journalistique impartial qui dit : « Je ne peux pas être objectif, j’ai des opinions et voici mes opinions, par contre à côté je vais être impartial et voici les faits », un peu comme ça se passe aux Etats-Unis, et bien je pense que les français comprendraient beaucoup mieux que les journalistes eux-mêmes, et pourraient faire plus facilement leur travail par rapport à la politique américaine.

  • IF : Avez-vous reçu des messages de soutien outre atlantique, de personnalités politiques américaines par exemple ?

PT : Non. Mais ce n’est pas non plus notre objectif. Nous sommes citoyens français et nous n’essayons pas d’influencer la politique américaine, puisque nous considérons qu’en tant que citoyens français, nous n’avons pas à dire pour qui les américains doivent voter. Notre travail est de l’information dirigée à l’égard des français. Nous avons eu quelques contacts, notamment avec la campagne de Romney, ce qui est parfaitement normal puisque nous existons, mais selon la loi américaine, nous ne pouvons pas travailler en direct avec la campagne de Mitt Romney. Nous n’essayons pas de toucher les gens aux Etats-Unis.

 

La ré-élection de Barack Obama créera une crise politique sans précédent

  • IF : L’élection américaine a lieu dans 9 jours, est-ce que vous pensez que les sondages, dont le sondage Gallup qui donne gagnant Romney à 51 % pour 46 pour Obama, sont sérieux ? Pensez-vous que Romney est en bonne voie pour gagner ces élections à l’heure du jour ?

PT : Je suis très optimiste. En général, les sondages ont toujours tendance à favoriser le candidat de gauche. Les gens lorsqu’ils sont de gauche sont très fiers de le dire et quand ils sont de droite, un peu comme en France, ils vont le dire un peu moins. Même si la société, de manière générale est de droite, on a tendance à un peu moins l’assumer.

Dans les états traditionnellement de gauche, Barack Obama est plus impopulaire que la plupart des autres candidats et dans les états de droite, Mitt Romney est très populaire. Mais vous avez les swing states, où le président Obama a réalisé une campagne extrêmement active et agressive à l’égard de Mitt Romney. Il semblerait qu’il soit possible que le gouverneur Romney remporte une très large victoire avec le vote populaire et que le président Obama parvienne quand même à être ré-élu. C’est ma plus grande crainte. Si cela se passe, avec un parlement qui sera républicain et une population qui aura voté contre le président en place mais qui aura quand même perdu avec un président extrêmement impopulaire, je pense que cela créera une crise sans précédent aux Etats-Unis, et la politique américaine serait extrêmement négative au moins dans les deux années qui suivraient.

  • IF : Comment envisagez-vous l’avenir si Obama est ré-élu ?

PT : Le problème, c’est que le président Obama a toujours joué au bras de fer avec les Républicains ; simplement quand il leur parlait, d’ailleurs très souvent il refusait même de leur adresser la parole. Je vais vous donner un exemple ; avant que le parti républicain ne repasse au pouvoir dans une des deux chambres en congrès en 2010, lorsque le président Obama a tenté de faire passer son projet de réforme de santé, le président a passé son temps à dire : « Moi j’ai essayé de travailler avec les républicains, mais eux n’ont pas voulu ». Sauf que pour faire passer ce projet de réforme de santé, il l’a fait rédiger, il l’a présenté administrativement au parlement et une fois qu’il a été validé et enregistré, le lendemain il a appelé les républicains pour dire : « j’aimerai avoir votre soutien sur cette loi » ; une demande réalisée après avoir déposé la loi donc aucune négociation autre que législative, dans le Parlement, n’était possible.

A la suite de la victoire des républicains au congrès, la situation était encore pire, puisque Barack Obama n’a voulu jouer que le bras de fer. A tel point que le Sénat a refusé de voter ses propositions de budget. Donc si on se base d’un point de vue de l’expérience, le président Obama risque d’être encore plus cerné face aux républicains, assailli de partout puisqu’il aurait été le premier Président à être ré-élu sans le vote populaire. Par conséquent, il n’aura pas la force politique pour faire des échecs et n’aura pas la volonté de négocier avec les républicains. Je crains que si Barack Obama est réelu, il y ait un blocage de l’ensemble politique américain pour au moins deux ans, voir 4 années jusqu’à qu’un nouveau président américain arrive.

Ilana Ferhadian

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Etudiante en journalisme, se spécialisant dans les questions internationales. Intraitable, polémiste quand ça lui prend et d'une subjectivité monstrueuse.

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