Interview exclusive de Yaron Gamburg, porte-parole de l’ambassade d’Israël en France

Nous avons été reçus dans les locaux de l’ambassade d’Israël rue Rabelais dans le 8eme arrondissement de Paris.

Récemment en Belgique, une jeune fille de 13 ans a été rouée de coups parce qu’elle était juive. En France il y aurait régulièrement des « dérapages » et agressions anti-juives, est-ce que vous pensez qu’il y a une montée alarmante de l’antisémitisme en France, et en Europe plus spécialement ?

Yarom Gamburg : Le porte-parole de l’ambassade française en Israël a publié les chiffres des attaques antisémites en France et ce chiffre est en baisse, on ne peut donc que s’en réjouir. Il s’agit d’une étude réalisée en coordination avec le CRIF et le ministère de l’Intérieur. Malheureusement, les attaques sont de plus en plus violentes et agressives. On travaille beaucoup avec la France. On partage la volonté de coopérer. Le problème est que malheureusement le conflit au Moyen-orient a un impact et il entraine via une exportation du conflit la multiplication de ces attaques sur le sol français. On sait que « l’Opération plomb durci » par exemple a entraîné une augmentation de ces actes de violence. On remarque également que l’antisionisme cache souvent le visage net de l’antisémitisme. Après, d’autres pays sont responsables. On ne peut pas comparer la situation en France avec les systèmes autoritaires,  totalitaires… Personnellement je viens de l’ex-Union soviétique et l’URSS était réellement antijuive par exemple.

Pensez-vous que l’importance de l’immigration des juifs français vers Israël est le signe d’un malaise au sein de cette communauté ?

Il y a par an entre deux et quatre mille juifs français qui immigrent vers Israël en moyenne, mais je ne pense pas que ce soit le signe d’une mauvaise santé de la société française, mais plus d’une mouvance « spirituelle ».

Sur votre blog, vous avez repris récemment un article de Daniel Shek (l’ancien ambassadeur d’Israël en France) qui disait qu’il existe seulement une minorité de médias qui cherchent à nuire à Israël, et qu’il ne fallait pas verser dans la paranoïa. Êtes-vous vraiment convaincu aujourd’hui que les médias français soient totalement partiaux vis-à-vis du conflit israélo-arabe ?

Je pense que les médias Français ne sont pas du tout objectifs à propos d’Israël. Cependant, il faut différencier le gouvernement israélien et la culture israélienne. Les médias français expriment presque toujours une attaque à l’égard d’une décision du gouvernement israélien. Je ne dis pas que les médias français sont antisémites ou anti-israéliens, mais ils sont souvent très critiques à l’égard de notre pays. Pour ce qui est de la culture en revanche je pense que la vision des médias est plutôt positive et favorable tels la médiatisation par Le Monde du film Footnote ou récemment du dernier best seller de David Grossman. Certes, il existe des journalistes qui critiquent délibérément Israël par haine ou idéologie et c’est dommage car il faut opposer les faits aux opinions. Il y a peut-être un manque d’informations dans la presse au sujet du conflit israélo-arabe. Certains journaux m’ont boycotté par exemple via un refus de publication, c’est dommage d’un point de vue de la déontologie journalistique. Heureusement il reste en France de bonnes personnes qui soutiennent Israël, et de bons journalistes.

Est-ce que vous pensez que la communauté juive française est mobilisée à l’égard du sionisme ?

Cette communauté est très chaleureuse. Elle a une volonté d’aider la cause israélienne.  Ce soutien est très important pour nous, notamment pour faire passer nos messages. C’est une communauté incroyable, extrêmement bien organisée et exemplaire en Europe.

Que pensez-vous de la situation de l’Alyah (appellation officielle désignant l’immigration d’un juif de la diaspora vers Israël, « alyah » signifiant retour en hébreu) ? On sait notamment qu’en 2010, l’immigration des juifs français vers l’Etat d’Israël a fait un bond de 10 %, ce qui représente 16.633 individus. Êtes-vous satisfait de ces résultats ou visez-vous malgré tout une augmentation significative de l’immigration de cette communauté ?

Je ne sais pas, c’est très difficile à dire. La France est un pays démocratique, civilisé, ces gens n’ont pas de raison vitale de partir.  Quand j’étais en Union soviétique  j’ai attendu trois ans avec ma famille pour obtenir les visas. Il est difficile de parler des prévisions. Ces chiffres ont longtemps stagné d’ailleurs. Certains pensent à leur avenir en Israël et cela peut aussi être intéressant d’un point de vue économique. L’Alyah reste une décision personnelle donc je ne peux pas me prononcer.

N’est-il pas difficile de travailler dans un pays (en l’occurrence la France) où certains partis politiques prônent la lutte contre le sionisme ?

Quand je travaillais aux Etats-Unis c’était encore plus sympa : j’étais à Los Angeles, il y avait la plage, le soleil… (rires). Israël reste un pays très démocratique, le seul de la région d’ailleurs, et la réaction de ces partis politiques français reste incompréhensible de notre point de vue. Par exemple, Israël est un pays extrêmement écologique, nous sommes par exemple très avancé dans le développement des énergies alternatives, ainsi le parti écologique français pourrait être notre meilleur allié, et pourtant il est très souvent anti israélien. Israël est trop souvent accusé à tort de tous les maux. Malheureusement certains partis français ou cercles politiques font souvent preuve d’un manque d’écoute volontaire.

Que diriez-vous aux juifs de France qui seraient tentés de voter Marine Le Pen aux prochaines élections présidentielles ? Qu’en est-il de cette rencontre en novembre dernier entre Marine Le Pen et l’ambassadeur d’Israël aux Nations Unies (Ron Prosor) à New York ?

Pour ce qui est du vote pour la campagne présidentielle Française, mon rôle m’empêche de m’exprimer.

En ce qui concerne la rencontre, on a dit que c’était une erreur. Depuis 1995 et les dérapages antisémites de Jean Marie Le Pen, nous n’avons aucun contact avec le FN.

Nicolas Sarkozy a déclaré à maintes reprises pendant son mandat qu’il était un ami fidèle d’Israël, pensez-vous que ce soit réellement le cas encore aujourd’hui ? Surtout après son soutien à la Palestine à l’Unesco ou ses déclarations douteuses sur le premier ministre israélien ?

Nous avons des divergences d’opinions avec Monsieur Sarkozy. Le vote de l’Unesco à l’égard de la « Palestine », soutenu par le gouvernement français fût très décevant. Cependant, Nicolas Sarkozy est beaucoup plus proche de nos idées pour ce qui est de la vision de la Palestine à l’ONU ; la France a voté contre la création d’un Etat Palestinien unilatéral à l’ONU. Il ne faut pas oublier non plus que le mandat de Sarkozy s’est accompagné d’une hausse du commerce mutuel entre les deux pays (entre 15% et 30%), et cela ne devrait qu’augmenter. La relation culturelle entre nos deux pays progresse également, le film israélien Footnote par exemple est passé au festival de Cannes et le dernier livre de mon concitoyen David Grossman fut un succès ici, en France. Le dernier festival du Bourget fut aussi l’occasion d’un grand moment d’amitié entre la France et Israël. Même si les diplomates disent qu’il faut regarder ces relations sur le long terme, je pense globalement par exemple que le mandat de Sarkozy nous fut plus bénéfique que celui de Jacques Chirac.

Que pensez-vous de l’affaire Lee Zeitouni ? (affaire impliquant deux Français ayant accidentellement tué une Israélienne à Tel-Aviv, les deux Français se sont enfuis et sont rentrés en France). Reprochez-vous à la France de ne pas avoir été plus solidaire avec Israël dans ce dossier ? Notamment avec l’extradition de ses deux ressortissants.

Nous sommes en contact avec les autorités judiciaires françaises pour la résoudre. C’est une affaire très grave qui a fait beaucoup de bruit et de polémiques en Israël. Certaines initiatives sur Facebook ont demandé l’extradition de ces deux personnes. Cela n’a malgré tout pas terni l’image de la France en Israël. Nous avons encore beaucoup de respect pour la France.

Que pensez-vous des sabotages iraniens sur l’ambassade britannique après les récentes condamnations anglaises sur le programme nucléaire iranien ? Êtes-vous pour les frappes préventives israéliennes (et américaines) ou est-ce que vous pensez comme de nombreux journalistes israéliens de gauche notamment que ces frappes pourraient mettre Israël dans une situation encore plus difficile et entraver les relations entre l’Etat hébreu, Damas, le Hezbollah et le Hamas ? Ces frappes ne risqueraient elles pas d’embraser tout le Moyen-orient ?

Notre gouvernement est en faveur de sanctions très fortes, c’est la meilleure solution au problème Iranien. Il faut des sanctions paralysantes. Israël est menacé par l’Iran, mais l’Europe aussi, il ne faut pas l’oublier. Nous n’avons jamais exclu l’option militaire, mais ce sera en dernier recours. Ce n’est pas une décision facile, tant pour nous que pour nos alliés. Beaucoup de pays sont troublés par cette impasse car ils sont aussi concernés par cet enjeu.

Mais l’option militaire n’est elle pas déjà prévue? Aux vues des derniers entrainements de l’armée israélienne avec celle de l’Italie, de la rencontre de l’ancien directeur du Mossad (services secrets Israélien) avec l’exécutif Saoudien pour obtenir le droit de survol de l’espace aérien Saoudien en cas d’une attaque de l’Iran ?

On se prépare, on ne sait jamais…

Les printemps arabes  se sont clairement transformés en hivers islamiques aujourd’hui. On peut citer notamment « les Frères musulmans » qui sont au pouvoir en Egypte et qui pourraient menacer le traité de paix israélo-égyptien, le chef d’Ennahda Ghannouchi qui déclare ouvertement vouloir anéantir Israël, Al-Qaïda qui s’est installé en Libye ou encore la menace islamiste qui pèse en Syrie, êtes-vous pessimiste quant à l’avenir d’Israël ? Comment voyez–vous l’avenir de ce pays dans la région ?

Vous savez, on ne peut pas se permettre d’être pessimiste quand on est israélien ! Il faut voir comment ces régimes vont évoluer et on suit cela de très près, notamment la montée des mouvements extrémistes comme les salafistes. Selon des spécialistes, Al Asad finira également par tomber dans quelques mois. Ce n’est qu’une question  de temps. Concernant Israël, le premier ministre Netanyahou a ouvert une page Facebook en arabe pour pouvoir dialoguer avec ces nouvelles forces politiques. Beaucoup de gens assimilent ces révoltes au printemps de Prague ou aux révoltes de 1917 en Russie, mais selon moi elles sont plus proches par exemple de celle de 1979 en Iran, la révolution islamique qui avait amené à renverser un dictateur laïc par un régime islamiste.

Le ministère libanais des Affaires étrangères a déposé une plainte contre Israël à l’ONU, pour avoir « violé la souveraineté libanaise mardi dernier », alors que les tirs d’artilleries de Tsahal sur le sud du Liban était une réponse aux roquettes libanaises du 29 novembre qui sont tombées dans une localité juive. Ca n’était pas arrivé depuis deux ans, est-ce que vous pensez que ces tirs apparemment affiliés aux brigades de Abdallah Azzam (Al-Qaïda) soient une nouvelle menace de plus pour l’état hébreu ?

Il faut faire très attention au Hezbollah, ils ont obtenu un grand stock d’armes et notamment de missiles depuis la dernière guerre israélo-libanaise de 2006. Cette organisation islamiste bénéficie d’une armée à elle toute seule, mais ce serait anti constructif pour eux d’attaquer Israël…

Que pensez-vous de l’accord de réconciliation entre le Fatah et le Hamas ?

Cette réconciliation a quelque chose de troublant. Ici, il ne s’agit pas de réconciliation entre pays légitimes, démocratiques et ouverts au dialogue .Le Hamas est une organisation qui a toujours refusé de parler avec Israël. Ce sont des  partenaires pour parler avec le Fatah mais pas avec Israël. Les négociations doivent absolument être directes pour qu’elles puissent fonctionner, or on voit que Gaza s’isole et est sur le point de devenir un nouveau Singapour.

Beaucoup de journalistes français se sont émus du renvoi d’un certain nombre d’immigrés clandestins arrivés en Israël par le gouvernement israélien, qu’en pensez-vous ?

En Israël il y a des lois et il faut les respecter. Il faut tout d’abord prévenir ces entrées illégales et c’est pourquoi nous construisons un nouveau mur dans le Sinaï. Je pense qu’il y a un consensus, Israël a fait le plus possible pour les accueillir, leur donner du travail et respecter leurs droits. Mais Israël reste un petit pays, et il est difficile de trouver une solution à cette immigration massive.  Accueillir trop d’immigrés pourrait entrainer un problème social. Garder et protéger les frontières reste une solution optimale. Surtout que la plupart des ces immigrés sont des ressortissants de pays en guerre contre Israël comme le Soudan, de ce fait nous ne pouvons pas risquer de potentielles incursions terroristes.

J’aimerais conclure cette interview en disant qu’Israël est trop souvent perçu comme un pays en guerre, alors que c’est un pays qui révèle une véritable société démocratique, une innovation technologique, une culture, une presse libre et j’en passe, et c’est sur ces points que les Français devraient aussi s’intéresser.

Nathan Cahn

Ilana Ferhadian 

Edouard Nguyen

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Etudiant Parisien en droit et en journalisme. Partial mais juste La vingtaine Elève de l'ESJ Paris et de la Sorbonne Paris I (L2 Droit) Armé d'ambitions Aime le Whisky

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