IVG : entre débat social et calcul politique

« Non à l’IVG, oui à la chasteté » tel aurait pu être le slogan de ces jeunes manifestants le 19 janvier a Paris. Quarante ans après la loi Simone Veil, le débat semblait enterré et le droit accepté. Il revient en force au travers d’un mouvement qui gangrène l’Europe. Tour d’horizon.

Interdit à Malte et en Irlande, restreint au Luxembourg et en Finlande, le mouvement anti IVG espagnol n’est pas –contrairement à l’inconscient collectif- un mouvement isolé. Les manifestations parisiennes et espagnoles mettent en exergue le fait que l’IVG ne serait, pour une partie de la population, toujours pas acceptée.

Au sein du projet de loi de la famille –finalement reculé– ce sont  les questions de l’IVG, la GPA et la PMA qui font le plus débat. Il y a le gouvernement d’un côté qui veut  ouvrir la porte à tous les droits : mariage pour tous, concrétisation de l’égalité homme/femme, droit de la femme à disposer de son corps ; Et de l’autre, l’opposition civile, qui  ressemble plus à une réunion du dimanche sur la place Saint Pierre qu’à une vraie colère populaire. Et pourtant, ce mouvement ne manque pas de se faire entendre et de prendre de l’ampleur.

Les catholiques sortent de chez eux, plus combatifs qu’on ne l’aurait pensé – le marché de Neuilly est à deux doigts de la banqueroute. 109 ans après la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ils souhaitent un retour de l’influence religieuse dans les décisions sociétales et s’indignent de, selon eux, la décadence des mœurs. Leur première victoire fut finalement le recul de la loi de la famille, et on serait presque touché de les voir enfin atteindre leur but après tant de persévérances, peu importent leurs motivations.

Un débat orienté et fermé

La société a évolué, certes c’est une évidence. Les interdictions des films de La société de Lutetia ou de la religieuse en 1966 paraissent dater d’une autre époque, d’une autre ère. Images pornographiques, clips de Rap US douteux et femme tournée en produit marketing sont des images auxquelles nous sommes confrontées tous les jours. Mais le débat qui entoure ces droits restreint la femme à deux images fermées. D’un coté la femme catholique, qui accepte la domination masculine, sa place est au foyer et son rôle majeur est la procréation – dans cette hypothèse, comment accepter l’avortement, celui-ci apparaît comme une abomination – ; de l’autre côté, la femme libre, disposant de son corps, n’hésitant pas à le montrer sous toutes les coutures avec ce féminisme 2.0 créé par des mouvements tels que les Femen.

Vers un féminisme 3.0 ?

Femme au foyer contre femme objet, totale liberté contre absence totale de droit, à croire que, dans notre société, les extrêmes priment et qu’il n’existe pas de demi-mesure. Le plus regrettable étant d’accepter l’image véhiculée par notre société de la femme « libre » suivant les dictats imposés par la presse féminine , ou les valeurs phares sont consommez afin d’être « consommés ». Il serait peut être temps de relire Zola et de savoir si la véritable domination masculine n’est pas plus subtilement cachée. Il est temps pour le féminisme de passer au 3.0.

L’IVG comme mascarade politique

La vraie question reste de savoir pourquoi remettre en cause l’IVG alors qu’il était accepté en France jusque-là ?

Pilule devenue gratuite et anonyme pour les mineurs, pilule du lendemain, préservatifs, cours d’éducation sexuelle, IVG en cas de détresse, viol ou malformation, la femme avait de quoi se protéger et disposer de son corps librement.

Alors la vraie question reste Pourquoi ? La pertinence des mesures prises par le gouvernement et des débats qu’il met à l’agenda politique montre bien évidement son besoin de dissimuler les vraies questions de fond sous couvert de débats houleux.

La crise économique malmène l’Europe et rend de ce fait les débats sociétaux  extrêmement précieux aux yeux des politiques, ayant pour vocation d’occuper les esprits et de les détourner des vrais problèmes.

L’opinion publique paraît malmenée et manipulée en fonction des intérêts d’une classe politique dirigeante : intégration et immigration d’un coté et droits pour tous de l’autre, cet interminable refrain est connu mais dangereux. Dangereux au point de faire reculer François Hollande qui, de peur de perdre des voix aux municipales, a préféré se retirer cette épine du pied en choisissant de plutôt mettre en avant un projet – enfin – concret économiquement avec son pacte de responsabilité et de croissance. Mais attention, la machine est enclenchée et il est dur de revenir en arrière : la colère du peuple semble être inarrêtable, celui-ci ne pouvant plus s’appuyer sur l’économie pour prospérer, il faut pour la société un socle, des valeurs communes à partager. Celles-ci se retrouvent dans une volonté de retour en arrière, le « c’était mieux avant » est de rigueur. Le manque de régulation des flux se traduit en un besoin de régulation des mœurs.

Attention donc aux élites dirigeantes de ne pas donner encore plus de raisons au peuple de se diviser et de se révolter,  la dernière crise économique – 1929-  a malheureusement eu des conséquences dramatiques dont les prémices semblent inlassablement se répéter. Il serait donc temps de calmer les esprits, d’apprendre des erreurs du passé et peut être, pour François Hollande, de commencer à respecter les femmes avant d’essayer d’en être leur porte parole et de – soi-disant – en comprendre la subtilité. A bon entendeur !

Victoire Pichard

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