Jeanne d’Arc, 600 ans de séduction

Tous les ans, c’est le même rituel immuable. Tous les ans à la même époque, une certaine partie des Français commémorent la naissance de Jeanne d’Arc. Une partie ? Oui, car jusqu’alors, les célébrations autour de Jeanne d’Arc étaient réservées au Front National, avec le traditionnel défilé suivi du discours de Le Pen place des Pyramides à Paris. Mais en cette année d’élection présidentielle, la communication politique passe avant tout. Ainsi, ce n’est plus uniquement le parti d’extrême-droite qui rend hommage à la pucelle d’Orléans. Décryptage.

Peu d’icônes historiques n’auront été, dans l’histoire de notre République, sujet à autant de récupération politique. Si aujourd’hui, il est de bon ton de se tourner vers l’Histoire pour assurer sa légitimité partisane, à l’instar de la notion de gaullisme qui n’en finit pas d’être utilisée, c’est bien la martyre Jeanne d’Arc qui fait de nos jours recette chez nos politiques. En effet, cette sainte de l’Eglise catholique est le symbole du courage et de la dévotion. L’Histoire retient que Jeanne d’Arc s’est donnée pour sa patrie, sa nation. Elle est partie en guerre contre « l’Anglois » par amour de la France. Elle est morte pour son idée de la France. Avec une telle dévotion pour son pays, il n’est donc pas étonnant que Jeanne d’Arc devienne un symbole pour les Français, mais surtout pour la classe politique.

Le Front National, un « opportuniste de l’Histoire » sans limites alors que l’UMP tente de suivre

Le parti frontiste est devenu un spécialiste en matière de récupération politique : un fait divers, un discours… toutes les occasions sont bonnes pour occuper l’espace médiatique. Mais la commémoration de la figure historique de Jeanne d’Arc ne date pas d’aujourd’hui. C’est dès la prise du pouvoir à la tête du Front National que Jean-Marie Le Pen, en 1972 , a décidé de faire de la martyre « son » symbole, celui qui «  n’appartient sûrement pas aux partis qui n’en parlent jamais ou qui n’en parlent que dans les périodes électorales », a déclaré ce samedi le Président d’honneur du F.N. , ni « aux partis qui ont livré la France à l’européisme et au mondialisme, qui veulent la dissoudre dans une Europe fédérale […] ce qui ne respecte aucun des principes qui ont fait agir Jeanne et qui l’ont fait mourir ». Tous les ans, la commémoration parisienne du F.N. n’attire pas beaucoup de militants. Cependant, pour les 600 ans, c’est l’actuel chef de l’Etat qui, à Domrémy, n’a pas hésité à flirter avec la laïcité en saluant « l’incarnation des plus belles vertus françaises, du patriotisme ». Pour se défendre d’une quelconque récupération politique, Nicolas Sarkozy a aussi insisté sur le fait que « Jeanne n’appartient à aucun parti […] à aucun clan. Jeanne, c’est la France dans ce que la France a de plus singulier et de plus universel  […] Jeanne, c’est la France dans ce qu’elle a de plus noble et de plus humble ». Cependant, en cette période d’élection et avec ses déclarations, difficile de croire que l’actuel président, et candidat « naturel » non déclaré de l’UMP, n’est pas là pour faire la chasse aux voix du FN. Bien que cette opération ait marché en 2007, le parti frontiste version Le Pen ne compte pas se laisser faire. Marine Le Pen a réagi suite au déplacement de Nicolas Sarkozy : « le symbole de Jeanne d’Arc n’appartient pas à ceux qui ont livré la France à l’Européisme et au mondialisme, qui veulent la dissoudre dans une Europe fédérale […] qui dénient la légitime priorité nationale, [...] ce qui ne respecte aucun des principes qui ont fait agir Jeanne et qui l’ont fait mourir ». Que ce soit clair, Jeanne d’Arc est désormais la « chasse gardée » de l’extrême-droite.

Quel symbole apolitique pour la France ?

En observant l’espace politique, on constate que chaque courant a ses hommes, élevés au rang d’idoles politiques. La gauche a François Mitterrand, cité et commémoré à outrance. Le centre et la droite ont le Général de Gaulle, là encore parfois trop utilisé. Et, nous l’avons vu, Jeanne d’Arc a été récupérée par le Front National, faute de leader charismatique qui aurait occupé la fonction présidentielle. Alors, il y a-t-il aujourd’hui un symbole apolitique pour représenter l’ensemble des Français ? A cette question, beaucoup seront tenté par répondre non. Et il est vrai qu’il est difficile d’admirer Mitterrand en étant de droite, ou d’adhérer aux valeurs du gaullisme en étant de gauche. Au-delà des recherches sur d’hypothétiques valeurs que porterait telle ou telle figure historique, ne peut-on pas simplement se réjouir de constater que ce sont des valeurs démocratiques qui symbolisent et représentent la France, et non une personne ?

Pierre Dumazeau 

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Etudiant Parisien en droit et en journalisme. Partial mais juste La vingtaine Elève de l'ESJ Paris et de la Sorbonne Paris I (L2 Droit) Armé d'ambitions Aime le Whisky

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