La démocratie israélienne est-elle en danger ?

Affiche dans le quartier de Beit Shemesh/Decembre 2011 Affiche dans le quartier de Beit Shemesh/Decembre 2011

Le bras de fer

La bataille entre l’Etat d’Israël et les ultra-orthodoxes fanatiques fait rage et s’intensifie aux yeux du monde, au moment même où une fillette orthodoxe de 10 ans, Bluma Spitzer, est victime d’une haine gratuite de la part de militants d’extrême-gauche. Cette petite fille qui a voulu prendre un bus à Jérusalem s’est retrouvée face à deux jeunes dits « laïcs » qui l’ont prise à partie en lui disant que ce bus n’était « pas pour les religieux », en lui crachant au visage et en la projetant à coup de pied aux fesses en dehors du bus. Une façon de lui faire vivre la même humiliation dont fut victime cette autre fillette religieuse de Beit Shemesh (un quartier très religieux de Jérusalem), qui s’est fait cracher dessus il y a quelques semaines par des ultra orthodoxes fanatiques estimant que sa tenue était « indécente ».

Alors, la démocratie israélienne est-elle en danger ? l’Etat Juif a t-il vraiment réussi à associer identité juive et laïcité ? et qui sont ces ultra orthodoxes extrémistes aux allures de masochistes psycho maniaques ? pourquoi aller jusqu’à manifester en arborant une étoile jaune, symbole fort, voire sacré, de la persécution des juifs pendant le régime nazi ? Selon les organisateurs la manifestation du 31 décembre visait à dénoncer l’hostilité des médias à l’égard des ultra-orthodoxes. Ces derniers seraient accusés de vouloir imposer à la société israélienne et surtout à Jérusalem leurs codes religieux, qui impliquent notamment une « ségrégation » à l’égard des femmes, comme la séparation des sexes dans les bus.
Tout d’abord, il faut rappeler que ces derniers représentent en Israël un mouvement très minoritaire.

Les responsables des incidents et des manifestations de Beit Shemesh et de Mea Shearim s’apparentent à une secte religieuse, les Sikrikim ( les Sicaires, du nom d’un groupe juif qui, avant et pendant la première Guerre judéo-romaine, assassinaient Romains et Juifs ), affiliés au groupe extrémiste Neturei Karta (ils estiment que l’Etat d’Israël dans sa forme actuelle est une aberration et une insulte à la promesse messianique d’un retour des Juifs en Terre promise, ils soutiennent les extrémistes arabes palestiniens, ainsi que le dictateur iranien), et seraient une cinquantaine de familles. Le mode de vie très rigide et la haine du sionisme fait parti de leur quotidien. Ils ont toujours refusé l’existence d’Israël et son autorité. Présents en terre sainte depuis des siècles, ils n’ont jamais accepté que les « sionistes » leur imposent des lois et ils ne supportent pas la présence policière et militaire. Toute accusation quelconque du gouvernement sur un individu du genre provoque des émeutes. Ces extrémistes ne sont guidés par aucun rabbin, qui à l’inverse serait plutôt tenté d’évoquer ces problèmes sociaux et d’apaiser les tensions. D’ailleurs la majorité de la communauté orthodoxe de Beit Shemesh aspire à voir la police israélienne agir contre ces fanatiques qui leur empoisonnent l’existence.

Ce type de religieux extrémistes ne représentent donc pas du tout les orthodoxes israéliens, taxés d’ « obscurantistes ». En effet, ce qui distingue surtout ces ultra-orthodoxes des orthodoxes « classiques » est leur rapport à l’Etat hébreu. La plupart des religieux israéliens ne font pas l’armée car ils estiment qu’être soldat les empêcherait de consacrer tout leur temps à Dieu et à l’étude de la Torah. En revanche, ces orthodoxes sont respectueux des lois et participent à la vie politique en étant représentés par divers partis. Ils jouissent également de différents droits propres à la caractéristique juive de l’état d’Israël, instaurés par Ben Gourion : pas de services publics le samedi ni les jours de fêtes importantes, nourriture casher dans les cantines du service public, monopole sur les questions familiales (naissance, mariage, divorce, décès) accordés aux tribunaux rabbiniques etc. Cela permet ainsi à l’Etat d’exister et aux populations de co-exister.

Le rôle des médias

Les journalistes de plusieurs grands médias occidentaux se sont saisis de ces incidents en y accroissant démesurément l’importance. La campagne d’hostilité médiatique anti-harédim (littéralement « ceux qui craignent Dieu ») s’intensifie. On laisse entendre que la démocratie et l’égalité entre les hommes et les femmes sont menacées en Israël. Des inepties : la démocratie tout comme l’égalité entre hommes et femmes sont au contraire très vivantes en Israël, n’en déplaisent à ceux qui mettent en exergue des actes isolés commis par des gens très minoritaires et d’ailleurs tous condamnés vivement par la justice et l’ensemble de la société israélienne. Le président israélien Shimon Peres a dénoncé les agissements d’une « petite minorité » et le Premier ministre Benjamin Netanyahu a promis de sévir contre tous ceux qui s’en prendraient aux femmes.

Une petite mise au point s’impose :

La femme israélienne est l’égale de l’homme, elle fait l’armée et n’a à subir aucune pression ni religieuse ni policière. Les homosexuels ont tous les droits, contrairement à la plupart des pays arabes. La justice israélienne est qualifiée d’exemplaire, la presse est libre et plurielle, les partis politiques sont variés et s’expriment librement. Israël est classé comme le pays le moins corrompu du Proche-Orient. Le Premier ministre israélien a crée la surprise en janvier dernier en publiant sa feuille de paye sur Facebook. Les ONG israéliennes reçoivent pour la plupart des fonds de la part de pays résolument hostiles à l’Etat hébreu, ce qui serait punissable aux Etats-Unis ou dans l’Union Européenne (malgré des fuites évidentes).

Certains journalistes occidentaux présentent les choses de manière sélective et pas du tout représentative de la vie israélienne, tout comme ils ont parfois tendance à commettre amalgames et autres généralités. Je pense ainsi à ceux qui ont accusé la droite nationaliste israélienne d’ébranler la démocratie parce que voulant réformer les deux « castes » indépendantes de l’état : les médias et la Cour suprême. Puis je pense aussi à l’utilisation de l’agression d’un colonel de Tsahal par un jeune extrémiste pour stigmatiser l’ensemble des « jeunes des collines » et pour blâmer les quelque 300 000 habitants juifs de Judée-Samarie. Les fanatiques ne représentent pas non plus le monde orthodoxe. Chaque groupe a ses parias et ses marginaux. Cela est malhonnête de ne pas faire de distinction. L’unité et le respect entre les différentes branches de l’identité juive a toujours constitué le pilier de l’Etat d’Israël, et entend le rester pour longtemps.

Bonus : Des femmes dansant à Beith Shemesh pour protester contre la ségrégation sexuelle, le 06.01.12

Ilana Ferhadian

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Etudiante en journalisme, se spécialisant dans les questions internationales. Intraitable, polémiste quand ça lui prend et d'une subjectivité monstrueuse.

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