Produire en France : la grande farce de 2012

En cette année électorale, nombre de Français se sont rendus compte que la présence des ouvriers dans notre pays avait son importance. Autrefois décriée et stigmatisée, cette classe sociale en voie de disparition, en raison des effets d’un libéralisme économique débridé, serait devenue, malgré elle, le symbole d’une France qui se voudrait puissante et travailleuse. Cette industrie française, pointée du doigt y compris par les marxistes-progressistes et les écologistes, est devenue le « cheval de bataille » de cette présidentielle,  le « soldat Ryan » à sauver coûte que coûte pour restaurer une certaine idée de la « grandeur » de la France.

L’industrie a toujours été un gage de puissance pour un Etat. On se rappelle par exemple de l’une des premières actions françaises au sortir de la « Grande guerre », consistant à occuper les riches plaines industrielles allemandes de la Ruhr, l’un des symboles d’une Allemagne dominatrice. Cette subite considération à l’égard du prolétariat ouvrier et la valorisation récente du travail manuel surprennent dans un pays développé comme le nôtre, où le savoir purement « livresque » est le seul véritablement respecté tandis que les « ouvriers qualifiés » ont bel et bien remplacé les stakhanovistes d’autrefois et leurs aspirations à la grandeur populaire.

Mais une industrie française, outre l’existence d’un savoir-faire de qualité, c’est également nombre d’emplois, un bouclier contre le chômage des non-qualifiés, des exportations, une contribution à la consommation des ménages et des taxes pour les caisses de l’Etat. Il a fallu un certain temps pour que les cénacles parisiens s’alarment de la misère ambiante des anciennes régions industrielles de l’Hexagone, dont la Lorraine et le sud de l’Alsace restent des exemples frappants.

Dans une période de crise identitaire, rien de tel que de redorer notre blason national en communiquant sur les cendres d’une industrie autrefois puissante. La jalousie à l’égard de l’Allemagne est une belle illustration de la frustration gauloise  vis-à-vis de la puissance industrielle de notre voisin d’outre-Rhin, qui ne semble pas, loin s’en faut, souffrir de la mondialisation.

De la droite sarkozienne à la social-démocratie de Hollande, en passant par les extrémismes mélenchoniste et frontiste, voire même jusqu’à ce Modem si « consensuel », beaucoup revendiquent l’importance du « Made in France » et de ce qui serait la panacée, le retour à un protectionnisme dissimulé ou assumé, qui serait LA solution pour permettre à notre industrie de renaître.

Mais au bal des promesses hypocrites, les candidats pro-européens se posent là. En effet l’article 81 du traité de Rome de 1957 (acte fondateur de la Communauté économique européenne, ancêtre de l’Union Européenne), interdit les accords entre entreprises pouvant affecter le commerce entre Etats-membres de l’Union et ayant pour objet ou pour effet, d’empêcher, de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence à l’intérieur du marché commun. Les accords entre entreprises – quelle que soit leur forme juridique – sont notamment interdits lorsqu’ils ont pour effet ou pour objet de fixer artificiellement les prix du marché. Au-delà de ces termes juridiques, l’idée est pourtant bien là : l’UE interdit à la France (via son principe essentiel de libre concurrence) de favoriser son industrie, et par conséquent, de la sauver du mondialisme et du dumping social. Les délocalisations, poisons permanents pour notre tissu industriel, sont bel et bien encouragées par ce conglomérat pseudo-fédéral qui empêche tout favoritisme national. Le système social français reste trop coûteux au regard de la différence d’avec les salaires moyens des pays d’Europe de l’Est qui se sont intégrés à l’Union depuis 2004.

Cette différence du coût du travail nécessiterait de fausser la concurrence via des mesures protectionnistes. Et ce n’est pas la proposition d’un  » Buy European Act « , pâle copie de la préférence industrielle à la sauce américaine, qui sauvera la France d’un exode des travailleurs les moins qualifiés, du fait même que l’idée de « frontières » douanières entre les Etats signataires est tout bonnement et simplement interdite.

La solution est donc évidente pour les souverainistes : pour instaurer un protectionnisme industriel, il faut abroger le Traité de Rome (toujours en vigueur) et les nombreuses directives européennes qui ont suivi. Or, à l’exception de Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et de quelques « petits » candidats tels que Nicolas Dupont-Aignan, aucun des « grands » challengers à la présidentielle ne s’est positionné pour une refonte totale ou partielle du Traité.

Cette vision pro-Traité ne serait qu’un des derniers étendards aux mains d’une classe politique en perte de vitesse, dépossédée de son pouvoir et de sa légitimité en raison de ses concessions à Bruxelles. Mais il ne faudra pas oublier que ceux qui payeront l’addition seront comme toujours les plus démunis, ouvriers sans-usine en tête. Car même si il n’y a qu’un pas entre le stéréotype de l’ouvrier alcoolisé, à celui du travailleur charmé, les conséquences seront les mêmes pour ces sacrifiés du libéralisme d’hier et d’aujourd’hui.

Nathan Cahn

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Etudiant Parisien en droit et en journalisme. Partial mais juste La vingtaine Elève de l'ESJ Paris et de la Sorbonne Paris I (L2 Droit) Armé d'ambitions Aime le Whisky
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Une réponse à “Produire en France : la grande farce de 2012” Subscribe

  1. Stephanie 14 avril 2012 à 16 h 24 min #

    Votre argument sur les prix et la concurrence n’est pas la reponse.

    Rendons nos produits plus competitifs en qualite, durabilité, etc.

    Faisons-le avec une vraie strategie pro pme, avec fierte et interssons-y les employes…

    Bref appliquons les solutions proposees par F. Bayrou.

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