Laurent Fabius, le rival de l’Elysée ?

Trop franc, pas assez langue de bois Laurent Fabius ? Ce serait son défaut, d’après plusieurs parlementaires socialistes cités, mercredi 20 février, par le Parisien. Un défaut qui en fait rire certains et en offusque d’autres. Et si Laurent Fabius avait simplement décidé de mettre des bâtons dans les roues de François Hollande ? Simple hypothèse. Mais en y réfléchissant, l’idée n’est pas impossible. Probable ? Nous n’irons pas jusque-là. Éléments de réponse :

C’était mardi 19 février 2013, en marge d’un déplacement dans les bureaux de RTL. Au micro de Jean-Michel Aphatie, l’ancien Premier Ministre balance : « Il y avait une prévision de croissance qui était au départ de 1,2. Ensuite, elle a été revue à 0,8 et maintenant comme au niveau de l’Europe, les choses n’ont pas l’air d’aller d’une manière bien fameuse, on va être obligé de la revoir en baisse ».

En plein bourbier économique, alors que la Cour des Comptes a rendu un compte rendu pour le moins critique, les propos de Laurent Fabius ne sont pas passés. Dans l’entourage du Président, les mots de l’actuel ministre des affaires étrangères, numéro 2 du gouvernement, sont le signe d’une désolidarisation. Voire d’une « trahison ». Levée de boucliers, réactions qui fusent, invectives de certains…. Le gouvernement n’avait pas besoin de cela.

Certains tempèrent, comme le vice-président du groupe PS à l’Assemblée nationale et député du Gers, Philippe Martin, qui explique cet écart en évoquant l’honnêteté intellectuelle du Ministre : « Laurent Fabius a un défaut, il répond aux questions qu’on lui pose» Ne connaitrait-il donc pas la langue de bois ? Même son de cloche pour  le porte-parole des députés socialistes, Thierry Mandon, qui affirme qu’ « il dit tout haut ce que tout le monde pense« .

Tout le monde ? Pas si sûr. Pour un élu du Palais Bourbon qui préfère rester anonyme, si Laurent Fabius se permet ces déclarations, c’est dans un esprit revanchard, de celui qui n’a pas encaissé de ne jamais avoir pu concourir pour l’Élysée. Ainsi fuse, dans les colonnes du Parisien, un :  « Il a du mal à abdiquer. »

Abdiquer ? Se coucher ? S’exécuter ? Non, décidément, Laurent Fabius ne le souhaite pas. D’où cette interrogation : jouerait-il les troublions du gouvernement, par simple rivalité à l’égard du Président de la République ?

Flash Back

François Hollande Président ? On rêve

Qu’on se le dise, les deux Hommes se connaissent bien… pour avoir été, dans des temps passés des « rivaux ».

Qui ne se souvient pas de l’invective lancée par Laurent Fabius à l’égard du candidat Hollande : « François Hollande Président ? On rêve ».  Le schisme entre les deux éléphants était inévitable.

Le premier s’était lancé dans la course des Primaires socialistes en 2006 pendant que l’autre soutenait la candidature de l’un de ses adversaires, Ségolène Royal. Le premier avait tout fait pour que Martine Aubry, au Congrès Reims, emporte la présidence du parti, pendant que le second soutenait Bertrand Delanoë… puis Ségolène Royal, encore elle. Le premier avait soutenu la candidature de DSK dans le cadre des primaires de 2011, tandis que l’autre se lançait lui-même dans la course. Le directeur du FMI hors course ? Laurent Fabius se range derrière Martine Aubry sans la moindre hésitation. François Hollande, lui, essuie ses invectives.

Depuis, l’eau a coulé sous les ponts. L’ancien premier secrétaire a gagné les primaires, a remodelé son équipe de campagne, a inclus son rival… Moqué, méprisé, la force de « Flanby » alias « Fraise des bois », « Monsieur petite blague », ou encore « Opposition caoutchouc », a été de ne pas répondre, voire d’oublier, quand ses proches le pressaient de répondre et de se venger. Les deux socialistes tiennent même un discours ensemble à Rouen, ville natale du Président, fief électoral de l’ancien premier ministre. Le premier se fait passer la parole par le second. Le symbole est fort, Hollande lâche « j’ai besoin de Laurent, j’en aurai encore davantage besoin après l’élection présidentielle ». Celui qui est considéré comme « le jumeau politique » d’Alain Juppé, se voit confier le même poste que le Maire de Bordeaux : Ministre des affaires étrangères. Il n’en demandait pas mieux.

Depuis ?

Le vieux briscard de la vie politique française, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, accumule les sorties embarrassantes pour le gouvernement. La plus belle des « gaffes » remonte au début de l’intervention militaire française au Mali : le 13 janvier, invité du Grand jury RTL-LCI-Le Figaro, il avait avoué que « l’Algérie avait autorisé le survol sans limite » de son territoire par les avions tricolores en direction du Mali. L’information a provoqué la colère du gouvernement algérien, confronté à une opinion publique chatouilleuse sur la question des relations avec l’ancienne puissance coloniale. Mise au point de François Hollande, lors du conseil des ministres suivant, selon le Canard enchaîné: « Vous n’êtes pas des experts militaires, vous n’avez pas à donner des détails militaires! »

Cette remontrance n’a pas empêché Laurent Fabius de récidiver dès le 5 février, toujours à propos du Mali. « Je pense qu’à partir de mars, si tout se passe comme prévu, le nombre de troupes françaises devrait diminuer« , indique le chef de la diplomatie française dans un entretien au quotidien gratuit Métro.

Laurent Fabius, mouche du coche ou vrai gaffeur ? Indélicat ou véritable pyromane ? Et si le Ministre des affaires étrangères jouait délibérément les trouble-fêtes ? La question est posée.  Pour l’instant, François Hollande décide, son ministre n’exécute pas toujours.

Jordan Allouche

 

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Autoproclamé "meilleur d'entre nous". Et si j'étais jaloux de M.Juppé ?

Une réponse à “Laurent Fabius, le rival de l’Elysée ?” Subscribe

  1. Stéfane 21 avril 2013 at 1 h 11 min #

    A fond dans la liberté, cet article ouvre bien une opportunité pour moi !! merci pour cet info.

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