Cannabis : qu’en pensent les candidats ?

Alors que le cannabis concernerait 4 millions de Français dont plus d’un million d’usagers réguliers, les candidats à l’élection présidentielle sont toujours ennuyés lorsque les journalistes leur demandent leur avis sur la question. Devant le décalage entre la réalité et la législation en vigueur, comment se positionnent François Bayrou, Nicolas Sarkozy et consorts ? Et que proposent-ils ?

Le président sortant Nicolas Sarkozy est fermement contre une modification des lois actuelles. Comme l’ensemble de l’UMP, qui ne croit pas à la théorie d’une dépénalisation provoquant ensuite la diminution du trafic, mais plutôt à celle d’une augmentation globale de l’insécurité. Par ailleurs, l’UMP prétend craindre les répercussions sur la santé des consommateurs réguliers.

Le Parti Socialiste lui est divisé sur la question, comme sur beaucoup d’autres sujets. Certains rue de Solférino militent pour une légalisation contrôlée par l’Etat de la marijuana (comme ce qui est en vigueur aux Pays-Bas). C’est le cas notamment de Daniel Vaillant, ancien ministre de l’Intérieur (2000-2002) au sein des gouvernements Jospin. François Hollande quand à lui s’est prononcé pour une dépénalisation de la consommation occasionnelle de cannabis (notamment pendant la campagne pour les primaires socialistes), mais est fermement opposé à une légalisation totale du produit et de ses usages. Le candidat socialiste pense qu’une réflexion européenne commune est nécessaire sur la question de la légalisation du cannabis.

François Bayrou, l’éternel troisième homme, n’est plus aussi convaincu qu’en 2007, où il était contre la légalisation du cannabis. Le candidat du MoDem ne se dit « pas fermé à la discussion« , même s’il « pense que la légalisation augmenterait la consommation« . Le député de la deuxième circonscription des Pyrénées-Atlantiques propose plutôt de repenser la façon dont la lutte contre la drogue, « un fléau » est menée. Il recommande également de s’inspirer des résultats constatés chez nos voisins européens, dont les politiques en matière de cannabis et de drogues diffèrent souvent entre-elles.

Et le Front national, dans tout ça ? Interrogée sur Europe 1 fin 2011 suite à la publication du rapport de Daniel Vaillant, Marine Le Pen voit dans la légalisation une « solution de facilité dangereuse« , constatant les conséquences « dramatiques » sur la santé publique et la criminalité dans les pays ayant déjà dépénalisé l’usage de stupéfiants. Elle a salué les politiques antérieures pour ne pas avoir céder à cette « fausse bonne idée qui circule depuis 60 ans« . Le Front National s’oppose donc à un allègement législatif envers les usagers du cannabis. Le parti d’extrême-droite prévoit même un durcissement de la répression à l’encontre des consommateurs et trafiquants de tous les produits illicites.

Dans la tradition classique des Verts, Eva Joly se positionne clairement pour la légalisation du cannabis. Selon elle, la pénalisation du cannabis « fait travailler policiers et magistrats dans le vide et génère une économie criminogène« . Meilleur moyen selon elle d’endiguer le trafic, Eva Joly propose une régularisation pure et simple du cannabis, « à l’image de ce qui se fait aux Pays-Bas » où le nombre de fumeurs de cannabis est proportionnellement moins élevé qu’en France (la France se situe au deuxième rang européen ; les Pays-Bas au neuvième – Etude ESPAD 2007). Enfin, la candidate d’EELV prône l’installation de « salles de shoot« , déjà utilisées en Norvège, en Belgique et aux Pays-Bas, permettant la diminution des risques sanitaires liés à l’utilisation de drogues dures.

Le très en verve candidat du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon préconise la dépénalisation de la consommation de cannabis. Selon lui, « il est complètement absurde de punir les consommateurs parce que c’est disproportionné« . Mais l’ancien socialiste promet de vouloir continuer « la traque des producteurs« .

Philippe Poutou, le candidat anticapitaliste, est pour la légalisation du cannabis. Il estime que « la prohibition favorise le développement des trafics sans pour autant réduire le nombre de consommateurs« . Encore une fois, la dépénalisation de la consommation semble être la première mesure envisagée par les candidats. « Ne plus faire du consommateur un délinquant est le préalable à toute politique de santé qui vise à réellement aider les gens » conclut-il.

Nathalie Arthaud, la candidate de Lutte ouvrière, n’a pas encore d’avis tranché sur la question, même si elle juge « inefficace, inutile et ridicule » la répression des consommateurs.

Nicolas Dupont-Aignan, député-maire de Yerres (Essonne) et candidat de Debout La République, s’oppose avec véhémence à la légalisation du cannabis. Il propose même « d’attaquer les trafics » selon deux axes : le premier serait de «  mettre en place une vraie politique économique qui permettra à chacun de vivre décemment« . Pas de propositions concrètes. Le second axe serait « la mise à mal de cette oligarchie française, en mettant la même aise qu’ont eu les policiers à stopper les émeutes des banlieues que dans la condamnation des fils et filles de, habitants dans les beaux quartiers et grands consommateurs« . Nicolas Dupont-Aignan se positionne donc comme l’un des plus fervents défenseurs d’une répression de la production, la vente et la consommation de cannabis.

Enfin, le très mystérieux Jacques Cheminade n’a pas souhaité se prononcer sur la question. Il a simplement estimé, sur les antennes d’iTélé, ne pas vouloir légaliser le cannabis, « pour que la consommation de drogue garde un caractère exceptionnel« . Il pencherait néanmoins pour une dépénalisation de l’usage simple de stupéfiants.

Alors quel bilan faut-il tirer des positions de chacun concernant la marijuana ? 4 candidats sont pour la légalisation totale ou partielle du cannabis (Eva Joly, Philippe Poutou, Nathalie Arthaud et Jean-Luc Mélenchon) ; 3 ne se prononcent pas (François Hollande, François Bayrou et Jacques Cheminade) ; et 3 candidats sont totalement contre (Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan). Mais sur ce sujet, qui revient sur la table des promesses électorales tous les cinq ans, il y a peu de chances que l’élection à venir apporte des évolutions, dans un sens ou dans l’autre. Et vous, qu’en pensez-vous ? On se retrouve tous autour d’une table avec quelques cigarettes qui font rire pour en discuter ?

Florian de Paola

EDIT : Lors d’un meeting le 18 avril à Dijon, François Rebsamen, chargé des questions de sécurité pour François Hollande, a confié « J’ai proposé à François Hollande que l’on transforme le délit de consommation de cannabis en contravention« , tout en indiquant ne pas savoir si le candidat socialiste retiendrait cette proposition. Selon le député-maire de Dijon, « il y a 142000 procédures de consommation de cannabis par an, cela représente des centaines de milliers d’heures de travail pour les policiers et elles ne donnent lieu qu’à 24000 poursuites. » arguant qu’avec ce genre de pratiques, Nicolas Sarkozy fait monter le taux d’élucidation des délits et s’inscrit donc dans sa politique chiffrée mais trompeuse. « Aujourd’hui, un jeune en France qui a fumé une fois un pétard peut se retrouver dans un fichier; par contre, si vous êtes un grand délinquant, alors vous n’êtes pas dans les fichiers » a t-il conclu.

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Un jour pas si éloigné, un professeur d'histoire m'a dit "la politique et l'Histoire, c'est qu'une question de pouvoir, de sexe et d'argent". Arguments convaincants qui m'ont rapidement transmis le virus.
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Une réponse à “Cannabis : qu’en pensent les candidats ?” Subscribe

  1. Elgaspacho 12 avril 2012 à 12 h 04 min #

    Très bon article, je n’avais pas encore vu les avis des candidats rassemblés en un article. Perso le paragraphe d’Eva Joly m’a convaincu, je suis d’accord avec elle, la légalisation pure et dure…

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