Lettre aux Français : le retour de Mitterrand 88

Comme un air de Mitterrand plane sur la scène politique française. Si François Hollande est taxé parfois de « copieur » en reprenant la gestuelle du seul Président socialiste sous la Ve République, Nicolas Sarkozy, lui, a choisi pour sa part d’adresser une « Lettre au peuple français ». Un procédé déjà utilisé par François Mitterrand, quelques semaines avant sa confortable réélection en 1988.

« Mes chers compatriotes, il n’est rien de plus beau en démocratie que l’amour de son pays ». C’est en ces termes, écrits à la plume, que Nicolas Sarkozy s’est adressé à la France et aux Français. Il n’y a pas que Nicolas Sarkozy qui s’exprime ainsi, mais aussi François Mitterrand, en 1988. Vingt-quatre ans plus tard,  l’actuel chef de l’Etat a repris le même procédé en écrivant une lettre longue de 34 pages à ses concitoyens. Et en assume son inspiration. « Cela ne lui a pas si mal réussi », a-t-il constaté hier en saluant la performance du président socialiste, réélu avec 54,02 % des voix. A la seule différence près que «  la sienne était plus longue », quelque 120.000 signes contre 80.000 pour celle de Nicolas Sarkozy et que le titre est différent.

Etre proche des gens

A chaque parti son candidat. A chaque candidat son slogan de campagne. Si le président Mitterrand concluait par la « France unie », cette année, Nicolas Sarkozy choisit « la France forte ». L’intuition est la même. Et ce n’est pas un hasard : auprès des deux présidents on retrouve un même homme, Jacques Séguéla.  Le publicitaire qui était proche de François Mitterrand, à qui on doit notamment « La force tranquille » est aujourd’hui dans l’entourage de l’ancien maire de Neuilly. A conseiller en commun, objectif commun : instaurer une relation personnelle entre l’auteur et l’électeur.

L’introduction ainsi que la conclusion écrite de manière manuscrite en témoigne : Nicolas Sarkozy se veut être « proche des gens ». La dimension épistolaire permet cela. Et Nicolas Sarkozy de dire dès la troisième page « Je veux m’adresser à chacun de vous. Je veux le faire le plus directement possible, sans aucun intermédiaire ». Et parce que une lettre n’est ni un tract ni un programme chiffré (le chef de l’Etat sortant ne cite qu’une dizaine de propositions chiffrées, François Mitterrand une trentaine). Nicolas Sarkozy a voulu présenter la philosophie générale d’un projet sans entrer dans le détail des propositions. Un choix différent de celui de François Hollande qui a préféré quant à lui un « document de campagne ».  « Un document de campagne, c’est trop court, un livre, personne ne le lit », a  ainsi taclé Nicolas Sarkozy.

Le parallèle avec le Mitterrand version 1988 ne s’arrête pas là : il est aussi politique. « Il est dangereux de confier toutes les responsabilités à une seule formation politique », a dit hier le candidat UMP pour justifier son choix d’une dose de proportionnelle et son désir de poursuivre « l’ouverture ». « Il n’est pas bon qu’un seul parti gouverne » avait lui prévenu Mitterrand, exaucé par les Français, qui ne donnèrent ensuite au PS qu’une majorité relative. Aux hommes de droite qui critiquent ouvertement François Hollande pour ses mimiques piquées directement à l’autre François, Mitterrand bien entendu, sachez que l’esprit de Jarnac ne s’arrête pas à la rue Solférino.

Jordan Allouche

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