SeaFrance : chronique d’un échec politique

Lundi 09 janvier 2012, le tribunal de commerce de Paris a décidé la liquidation judiciaire de la compagnie maritime SeaFrance, non sans faire face à quelques scènes d’indignation. 880 emplois sont en jeu, de nombreux projets de reprise ont été envisagés et l’affaire a pris une tournure très politique. Que penser de cette affaire ?

On s’étonne toujours de voir à quel point les politiques utilisent la moindre occasion de se montrer lorsqu’une fenêtre de tir se présente. L’affaire SeaFrance, puisque c’est ainsi qu’il faut l’appeler, en est un bon exemple. Elle a connu des rebondissements que personne n’aurait souhaité imaginer.

On sait que le secteur des liaisons maritimes était mal en point, d’autant qu’Eurotunnel leur livre une concurrence acharnée. Mais SeaFrance avait eu une proposition de rachat ! Sauf… que certains dirigeants de la CFDT s’y sont opposés, espérant attirer une meilleure offre. La polémique est née, et on découvre alors les dessous des syndicats, si besoin était. Car depuis, c’est la descente aux enfers pour les 880 employés de la compagnie maritime.

Commence alors la surenchère : les salariés devront verser leurs indemnités pour créer une SCOP (Société COopérative et Participative). Mais au risque de tout perdre. La SNCF, actionnaire majoritaire, annonce une aide pour relancer l’entreprise, suivie de peu par l’Etat, qui propose alors une alliance pour permettre le sauvetage des marins. Ensuite, Eurotunnel propose 36 millions d’euros pour racheter les bateaux, réembaucher des centaines d’ouvriers de la compagnie. C’est enfin le tandem Louis-Dreyfus Armateur – DFDS qui envisagera de racheter deux navires et de conserver 300 emplois. Aujourd’hui encore la confusion règne sur le devenir de l’entreprise.

Politique de l’autruche

Les hommes publics se sont, depuis quelques semaines, extraordinairement remués pour faire de cette affaire une affiche politique. Et, encore une fois, Nicolas Sarkozy est sur le devant de la scène. Spectacle comique ? Dramatique ? Tragique ? En tous cas, on ne peut pas dire qu’il ait brillé par ses capacités à sauver l’entreprise. Envoyant ses différents ministres (Eric Besson, ministre de l’Industrie, en avant-poste, Nathalie Kosciusko-Morizet non loin derrière, sans compter le leader de la Droite populaire, Thierry Mariani, ministre des Transports), dont on s’interroge sur la vraie capacité d’action, il essaye de transformer SeaFrance en vitrine de sa politique de sauvegarde de l’économie française.

On se demande alors si les ouvriers ont eu le droit d’exprimer leur opinion dans ce processus. Et si certains n’étaient pas d’accord pour donner l’ensemble de leurs indemnités dans un projet qui n’est pas obligatoirement pérenne ? D’autant que l’entreprise a clairement des défauts structurels.  Et si elle sombrait à nouveau, que deviendraient ces économies qui auraient pu servir à maintenir les familles modestes la tête hors de l’eau, le temps de retrouver un emploi ?

Certes, sauvegarder ces emplois est d’une importance capitale, mais comment les hommes politiques peuvent-ils prétendre agir dans l’intérêt du Peuple quand leurs uniques actions sont restreintes au cas par cas ? Qu’en est-il de la politique de l’emploi, de sauvegarde de la compétitivité, du maintien de l’industrie et des transports en France ? Il nous faut une politique nationale, qui permettrait de fixer les emplois, au lieu d’essayer de les sauver au dernier moment.

Nous n’avons pas fini d’entendre parler de ces affaires de suppressions d’emplois, de délocalisations et de perte de parts de marché. Françaises, Français, nous sommes sur un bateau qui prend l’eau et dont le capitaine colmate les fuites au fur et à mesure. Espérons qu’un jour, un capitaine efficace prenne la barre et que, cette fois-ci, il sauve notre navire du naufrage.

CGD

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Etudiant. Ne pratique pas la langue de bois, et n’aime pas qu’on la pratique. Passionné de politique, aime en étudier la face cachée. Sans concession et en toute objectivité.

2 réponses à “SeaFrance : chronique d’un échec politique” Subscribe

  1. Félicité 16 janvier 2012 at 22 h 26 min #

    « Espérons qu’un jour, un meilleur survienne »
    Inch’Allah…

  2. JM 24 janvier 2012 at 20 h 35 min #

    Ce qu’il nous faut c’est un vrai capitaine, pas un capitaine de pédalo

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